HARVARD UNIVERSITY Library of the Muséum of Comparative Zoology APR8 1929^ '''•''^^ i^r-f' HISTOIRE NATURELLE DES REPTILES. *1> ..-. « • HISTOIRE NATURELL J DES REPTILES, avec figures dessinées d'après nature ; Tar C. S. SONNINI , Homme de Lettres^ Naturaliste, et P. A. LATREILLE y Membre associé de l'Institut national. TOME IL *'-,'-Ul^A^'*%B»- PREMIERE PARTIE. QUADRUPÈDES ET BIPÈDES OVIPARES. DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET. A PARIS, Chez Deterville , rue du Battoir, n" 16. AN X. ^ pi. r>i. t_)
aç.2. êm WÊi ^^ ^ Vs^^-c^ ^"^^'^t^I^^ DeÈS CAMELEONS. 9 nière presque des perroquets. Leur queue est d'ailleurs longvie et douée d'une assez grande force ; ils s'en ser- vent comme les singes qu'on appelle sapajous, en la repliant autour des corps auxquels ils veulent se pendre. Les caméléons ont aussi une espèce de goitre , de même que les iguanes , mais bien moins sensible. Ces animaux sont fort doux; et comme ils détruisent beaucoup d'insectes , qu'ils ne font au- cun mal , les Indiens les voient avec plaisir dansleurs maisons : ils n'ont rien d'ailleurs qui puisse les rendre agréa- bles à la vue. Leurs mouvemens sont assez lents , et ce n'est qvi'avec une sorte de circonspection , qu'après avoir tâtonné , qu'ils avancent quelques pas. Les baies des jardins du Caire , les lieux couverts, ceux principalement qui sont le long des rivages du Nil, sont remplis de ces reptiles , dont les vipères , les cérastes et les mangoustes font une grande consommation. Le caméléon n'a Reptiles. II. a 10 HISTOIRE NATUllELLF. reçti presque aucune arme pour se dé- fendre : ne marchant qu'avec beaucoup de lenteur , il ne peut échapper , par la fuite , à la poursuite de ses ennemis. 11 doit dès4ors être fort timide , et sujet à éprouver souvent des agitations intérieures. C'est à ces mouvemens de trouble et de crainte que Pline attri- buoit les changemens de sa couleur. Hasselquist veut le faix'e provenir d'une maladie , d'une espèce de jaunisse. On a remarqué que ses couleurs devenoient plus foibles lorsqu'il étoit en repos , et privé sur-tout de l'iiifluence des raj'^ons solaires , qu'il pâlissoit même la nuit, îl jouit à un degré éminent du pouvoir d'enfler les différentes parties de son corps , de leur faire acquérir un volume considérable , et de demeurer dans cet état pendant quelque temps. Ferrant pense qu'il peut faire sortir de ses pou- mons l'air qu'il respire , et le faire glis- ser entre les muscles et la peau. Cette augmentation de volume peut lui être DES CAMELEONS. Il favorable pour s'élever sur les arbres et y grimper de branche en branche, Le Caméléon commun, Chamœleo vulgaris. Les anciens ont débité bien des fables sur ce lézard. On a supposé qu'il chan- geoit souvent de forme, qu'il n'avoit point de couleur en propre , mais qu'il prenoit celle des objets dont il appro- clioit ; qu'il se nourrissoit d'air. Les poètes ont embelli ces fictions , et le caméléon est ainsi devenu le miroir fidèle du courtisan , l'emblème de la basse et vile flatteiie. Ecartons de cet animal ces qualités fabuleuses , et fai- sons-le voir tel qu'il est. Nous connoissons actuellement qua- tre espèces de ce genre; trois plus par- ticulières à l'Afrique, et dont est celle- ci : et une propre aux Grandes-Indes , décrite récemment par le citoyen Bron- gniart. I2 HISTOIRE NATURELLE lue caméléon ordinaire et les autres espèces d'Afrique , ont le museau court et entier ; on ne peut ainsi les confon- dre avecle caméléon fourchu des Gran- des-Indes, qui semble avoir une espèco de bec refendu : une saillie sur l'occi- put , en forme de pyramide à cinq fa- ces , ou une sorte de capuchon plan en dessus , entier ; telle est la note indica- tive de l'espèce que nous nommons ca- méléon ordinaire. Sa taille varie : les plus grands n'onf guère 2olus de quatorze pouces de lon- gueur totale. Sa peau est parsemée de petites éminences , de petits grains qui la rendent chagrinée. On voit un rang de dentelures sur les saillies de la tête , sur le dos , sur une partie de la queue , et en dessous du corps , depuis le mu- seau j usqu'à l'anus. Sa couleur , lorsqu'il est libre, sans inquiétude et se portant bien , est d'un beau vert , à quelques parties près, qui offrent une nuance aiiclée de brun roiigeâtre ou de blanc DES CAMÉLÉONS. }3 gris. Mais son corps est susceptible d'a- voir , suivant les circonstances , des modifications dans la couleur domi- nante qui peut passer au vert de Saxe , au vert foncé, en tirant sur le bleu, et au vert jaune. Inquiété ou menacé de quelque danger , l'animal passe alter- nativement par ces trois nuances dô vert. Si on le laisse mourir de faim , c'est le jaune qui domine, et la putré- faction arrivant, ce jaune se cliauge en couleur de feuille morte. L'observateur qui nous a fait connoî- tre ces singularités , d'OpsonvilJe, les explique ainsi : le sang du caméléon est d'un bleu violet , et sa peau , ainsi qu© les tuniques de son corps , sont jaunes. Il en résulte que , selon que la passion ou une impression quelconque fait pas- ser plus de sang du cœur à sa surface et aux extrémités, le mélange du bleu, du violet et du jaune , produit plus ou moins de nuances différentes à travers l'épiderme qui est transparent. Dans l4 HISTOIRE NATURELLE l'ëtat de santé , le bleu du sang doit dominer sur le jaune , et la peau doit paroître d'un vert bleuâtre. Au con- traire j lorsque l'animal est foible , ma- lade ou mourant, c'est le jaune, cou- leur des tuniques du corps, qui doit l'emporter. Lia tête du caméléon commun est applatie par-dessus et sur les côtés. Du museau qui est court, arrondi, et sur lequel sont situées les narines , partent deux arêtes élevées ; elles passent pres- que au-dessus des yeux , et vont se réunir en pointe derrière la tête ; elles V rencontrent trois autres saillies , don t deux venant de la gueule, et une troi- sième prenant naissance du sommet de la tête. On n'apperçoit point d'ouver- ture extérieure pour les oreilles : on avoit même cru que cet animal étoit privé do l'ouïe -, mais M. Camper vient de lai découvrir cet organe. Les yeux gont gros, très-saillans, et recouverts par une membrane qui leur est adhérente DES CAMELEONS. l5 et qui suit leurs mouvemens. Cette membrane est divisée par une fente ho- rizontale , à travers de laquelle on ap- perçoit une prunelle vive et de couleur d'or. On voit ici une pre'caution de la nature , qui a voulu prémunir ces or- ganes contre Fini pression trop forte que ]a lumière du soleil , plus éclatante dans ces climats , auroit pu produire sur eux. Ces yeux ont encore cela de particulier , qu'ils sont mobiles , indé- pendamment l'un de l'autre -, moyeu qui remédie à la petitesse de la fente servant de passage aux rayons lumi- neux. Les deux mâchpires sont composées d'un os dentelé qui tient lieu de vérita- bles dents. La langue du caméléon est longue de cinq à six pouces , creuse , attachée à une espèce de stylet cartilagineux qui entre dans sa cavité , et sur lequel l'ani- mal peut la retirer : elle est enduite d'une matière gluante qui retient les l6 HISTOIRE NATURELLE mouclies , les sauterelles , et en un mot, tous les insectes dont il se nourrit. Elle est terminée par un nœud gros et spon- gieux. L fig. 5 , 4» aG HISTOIRE NATURELLE ^ Le Stellion orbiculairCj Stellio orbicularis. Cette espèce ( lacerta orhicula- ris. Lin. ) a pour caractères clistinc- tifs un corps arrondi et trapu , avec le dos et le sommet de la tête garnis d'as- peri tés , et la queue moyenne dans sa longueur. : Sa longueur totale est de six pouces environ , et sa queue est un peu plus courte que le corps. Sa tête ressemble un peu à celle d'un caméléon, à cause de sa forme elRlée en devant, et grosse par-derrière , son corps ramassé et parsemé en dessus de piquans , lui donne un aspect telle- ment hideux, que Séba a joint à son nom. de tapayaxin celui de crapaud épineux^ Sa couleur est d'un gris-cendré clair ^ ombré de taches brunes plus ou moins foncées. DES STELLIO-NS. 27 Il habite dans les montagnes et les creux des rochers de l'Amérique mé- ridionale , principalement an Me- xique, i '•'- Ray prétend, d'après le tcmpignage des voyageurs , qu'il n'est ni méchant ni dangei'eux y et qu'on peut aisément l'apprivoiser , même l'habituer aux caresses. Séba est le seul auteur qui ait figuré ce lézard ( 1 ) , et sou dessin est conforme aux divers individus que j'ai observés dans les collections de Paris. Il a été décrit sous le nom de Tapaye par Daubenton et par Lacépède. Le Stellion plissé , Stellio plica» Ses caractères sont d'avoir la cjueue à peine verticillée, mince, et du double plus longue que le corps , l'occiput cal- (1) Séba , Thés. tom. 1 , pi. 10g , fig. 6 -j pi. Ô3,fig. 1,2. i2f8 HISTOIRE NATITRELLI? îeux, muni d'une verrue niuri(5;ue6 près de chaque oreille , et le cou verru- queux sur ses côtés j ayant en dessous un double pli prolongé jusque sur les pieds de devant et replié sur le milieu du dos. Il est à peine plus long que le doigt. Par-tout sa peau est recouverte d'é- cailles coniques. Les sourcils sont un peu crénelés , membraneux en dessus , avec un sillon transversal et divisé en trois parties. La suture dorsale est comme créne- nelée antérieurement; de plus, la queue est couverte de très - petites écailles ; enfin les doigts sont longs , hérissés en dessous d'écaillés aiguës , avec leurs ongles comprimés. Selon Linnée , on trouve ce stellion dans l'Amérique australe et dans l'Inde. Le cit. Lacépède le regarde comme voi- sin de l'umbre, et il soupçonne le la- certa helioscopa de Pallas comme sy- nonyme. Tonv.JZ. PcLi/. a^ ^^l^' J)e Sa longueur, depuis le nez jusqu'à In. queue, est de quatorze pouces et sept lignes; sa peau est sans écailles, légère- ment chagrinée , de couleur noire , tirant un peu siu' le bleu ; la tête est élevée , nii peu alongée, avec les yeux jaunes; la prunelle bleue, les narines très-ouver- tes, et ayant un rebord charnu; son museau est pointu; sa bouche est bien fendue , et a deux rangs de petites dents crochues ; sa langue est large , d'un beau rouge, tenant, par sa base, au gosier qui est pourvu d'un jabot fort large, que l'animal peut contracter et gonfler com- me une vessie; les oreilles lui manquent, comme à tous les lézards aquatiques de liinnée : cet animal a, depuis la tête jus- qu'à l'extrémité de la queue, une espèce de crête découpée. Les pattesantérieures sont plus courtes que les autres, ont cinq doigts, sans membrane, et terminés par vin cartilage arrondi qui remplace l'on- gle. La queue est étroite, arrondie à sa b,ase , s'élai'git vers la pointe en forme 54 HISTOIRE NATUR.ELLE de spatule de près do deux pouces de largeur , et dont les bords sont découpés en scie, ( Molina , Hist. du Cliil. trad. de Gruvelj, pag. igS. ) Tout cela ne peut convenir qu'à une salamandre aqua- tique. Le Gecko tête-plate , Geclco finihriatus. Cette espèce, décrite par le cit. Lacé- pède , ressemble au caméléon par la for- me de sa tête et de son corps , par ses couleurs ; et aux salamandres aquati- ques , par sa queue bordée d'une mem- brane. Les plus grands individus sont longs de huit pouces six lignes. La tête de ce reptile est fort applatie en dessus et en dessous , triangulaire ; les yeux sont gros et saillans, et l'ouver- ture de la gueule les dépasse; les mâ- clioires sont garnies d'un grand nombre de petites dents \ la langue est plate çt t) E s GECKOS. 55 foiircliLie", les ouvertures des oreilles sont très-petites et placées auprès des angles de la gueulé ; le museau va en pente. Tout le corps est hérissé de petites élévations qui rendent la peau chagri- née : on voit sur chacun de ses côtés une membrane frangée , qui commence au museau, s'étend sur les flancs et se termine aux pattes postérieures; cette membrane est formée par un prolonge- ment de la peau. La queue est garnie , de part et d'autre , d'une expansion semblable , ce qui la fait paroître fort large, et ressembler à une espèce de rame: elle est bien plus courte que le corps, n'ayant guère que le quart de sa longueur. Le dessous du corps de ce gecko est constamnientd'un jaune éclatant ; mais le dessus éprouve des variations de cou- leurs, et peut oflrir successivement du touge , du jaune , du vert et du bleu. Cet animal n'est point Venimeux. Il passe ordinairement le jour sur les ar-=^ 56 HISTOIRE NATURELLE bves , sautant avec assez d'agilité de branche en branche , pour attraper des insectes donlil se nourrit, et se retire , la nuit, dans les Irons de ces arbres, ou dans les fentes des murailles. On Fa découvert à Madagascar et au Sénégal. Le Gecko spulateur , Geclo sputalor» Sparman l'a décrit, le premier, dans les Mémoires de l'Académie des Scien- ces de Stockholm, ann. 1784. Cette es- pèce de lézard avoit été envoyée de l'iie ;Saint-Eustache. Le cit. Lacépède a décrit le même animal d'après un indi- vidu venant de Saint-Domingue. La longueur totale est de deux pouces, et ïa queue en fait la moitié : toutes ses écailles sont luisantes le dessous du ven - tre est blanchâtre , et le reste du corps d^un gris varié de brun foncé ; la mâ- choire supérieure est bordée d'un brun Tarn JI. Paç . ôû . ^«Ni ^ V "% Dej-eve I . 1,0 Si'iin qno toiiiimiM a . I.c Se . ■ 1 , Le Civxpatid commun . •2 . Le C . de Roesel . ô . Le C . l)OvSSi.i . Y>F. s CRAPAUDS» inj mes, de même couleur que le corps, qui est court et trapu ^ ainsi que les membres. * liC ventre est un peu plus pâle que le dos. On trouve communément ce crapaud en Europe , dans les lieux humides , près des habitations. Vers le soir, il quitte son trou souterrain pour chasser aux insectes : on le voit aussi sur la teri e après les pluies , parce qu'il craint l'eau. Lorsqu'on le tourmente , il lance son urine , et fait sortir de ses parotides une salive ëcumeu^e. L'accouplement a lieu dès les premiers jours du prinr temps, sur la terre, et la femelle va ensuite pondre dans les eaux ses oeufs, qui sont rangés deux à deux dans un long cordon , et enveloppés d'une glaire albumineuse. Le mâle , cramponné sur le dos de sa femelle , l'aide alors , à l'aide de ses pieds postérieurs , à pondre ses œufs , et il les féconde en même temps à mesure qitils paroissent au-dehors j el 108 HISTOIRE NATURELLÎÎ c'est sur-tout dans ce temps, après le coucher du soleil, que le mâle jette un coassement très-sonore. Nota. On a confondu jusqu'à ce jour, avec le cendré , un crapaud vert à ta- ches noirâtres , qui est très - commun dans les contrées méridionales do l'Eu- rope. Nous le nommons Crapaud de JloeseL Le Crapaud de Roesel^ Bufo Roeselii, On peut le reconnoître très-aisément à son corps verdâtre , parsemé çà et là de verrues peu saillantes et noirâtres, à sa tête arrondie en devant , à ses pieds antérieurs demi - palmés , et à ses pos- térieurs palmés. Outre qu'il diffère du crapaud cendré par ses couleurs , il a de plus, près du double de grosseur ; son corps est moins ramassé et ses pieds moins courts. Le dessons du corps est d'un verdâ- tre cendré pâle. DES CRAPAUDS. lOtJ On le trouve assez comniunémcnt dans le midi de l'Europe et en Allema- gne. Il reclierche les bois humides , le bord des chemins , et se cache ordinai- rement sous des touffes d'herbes. Le Crapaud brun , JBufb fuscus^ Il est facilement reconnoissable à sa peau , presque lisse , d'un brun jaunâ- tre ou grisâtre, marquée de taches plus foncées , noirâtres sur leur bord , avec une raie sur le milieu du dos formée par le défaut de taches. Sa longueur est de deux pouces environ, et le mâle dif- fère de sa femelle par son corps \Ag.s gros, et par son ventre d'un blanc jau- nâtre uniforme. Les doigts des pieds antérieurs sont fendus, et ceux des postérieurs demi- palmés -, de plus^ les pieds postérieur» ont une petite saillie cornée qui imite un sixième doigt. Il habite dans les eaux du midi d©: IIO HTSTOIKE NATURELLE l'Europe , et nage en tenant ordinaire- ment sa tête élevée au - dehors ; rare- ment il va sur la terre , et il santé assez loin. Le cii du mâle imite un peu le coassement de la grenouille rousse, et la femelle a un petit grognement. Lors- qu'on tourmente ce crapaud , il fait sentir une forte odeur d'ail. Les œufs sont attachés en cordons aux roseaux. Roesel l'a figuié dans son ouvrage ( pi. 1 7, 18 et 19). Le crapaud rieur qnePallas a trouvé en abondance anx environs de la mer Caspienne, dans le Volga et l'Oural, est, suivant le professeur Lacépède , un synonyme du crapaud brun. Le Crapaud sonnant , Biifo hombinus. Le dessus du corps est d'un gris obs- cur parsemé de verrues, et le dessous est d'un jaune orangé, presque lisse, marbré de taches bleuâtres. DES CRAPAUDS. H! Sa longueur est d'un pouce au plus. La forme de sou corps est oblon<^ue j sous sa gorge on voit un pli transversal. Les pieds sont amincis , les doigts sont courts ; fendus aux pieds anté- rieurs , et demi-palme's aux postérieurs. On le trouve plus communément dans les eaux stagnantes et croupies des par- ties méridionales de l'Europe. Lors de l'accouplement, le mâle jette un gémissement lugubre, et pendant le reste de la belle saison , son cri imite un peu le son d'une cloche lorsqu'il est entendu dansl'éloignement, selon Lin- née. Il sort quelquefois de l'eau , et lors- qu'on le tourmente , il renverse sa tête sur le dos , et se replie ainsi sur lui- même. La femelle pond ses oeufs en plusieurs paquets ; et les têtards n'ac- quièrent leur état parfait qu'au bout de trois années , selon Roesel , qui en a donné la figure dans son ouvrage (pi. 22 et 2,3 ). La grp-nouille pluviale , et le crapaud couleur de feu des auteurs 112 HISTOIRE NATURELLE modernes, doivent être rapportés à ce crapaud , ainsi que le petit crapaud , hufo salsus , trouvé par Schranck dans les eaux stagnantes et salées du Bercli-= tesgaden en Autriche. Le Crapaud accouclieur, Bufo ohstetricans. Ce crapaud , d'un cendré verdâtre sale, marqué de petites taclies brunes irrégulières en dessus, et blanchâtre en dessous , diffère essentiellement du cra- paud de Roesel, par sa longueur, d'un pouce quatre lignes au plus, et sur-tout parce qu'il n'a aucune apparence exté- rieure de parotides. Ses yeux sont saillans , et ses iris dorés. Sa peau est parsemée de petits tuber- cules écartés. Les doigts des pieds antérieurs sont séparés, et ceux des postérieurs sont à peine demi-palmés. Tom . Jl. jPn vii'on. Il a une tête triangulaire , à nez pointu et à bouche ample. Le dessus du corps est d'un brun rouge parsemé de tubercules rougeâtres et ar- rondies comme des perles ; sur le dos, est une bande longitudinale d'un gris rouge âtre clair. Les pieds sont amincis ; les antérieurs ont quatre doigts tendus, et les posté- rieurs cinq demi-palmés. Cette espèce habite au Brésil , où elle est nommée aguaqua selon Séba, qui en a figuré plusieurs individus (tom i, pi. 71, fig. 6, 7, 8.), dont un a cinq doigts aux quatre pieds. C'est la gre- nouille perlée de Daubenton. Le Crapaud bossu ^ Bujoglbhosus, Cette espèce est facile à distinguer par son corps trapu , par sa tête petite dont la bouche est étroite ^ et par une îlO HISTOIRE NATUP.ELLK large ligue d'un bianc jaunâtre dentée en scie, et placée sur le milieu du dos, depuis le nez jusqu'à l'anus. Ilestlong de deux pouces et large d'un pouce et demi-, sa couleur est d'un blanc jaunâtre, excepté sur les côtés de la bande dorsale , qui sont bruns parsemés de points roussâtres. Derrière les yeux on voit une taclie brune ; tous les membres sont très- courts , avec les doigs fendus au nom- bre de quatre aux pieds de devant, et de six aux pieds de derrière. Ce crapaud, déjà décrit par plusieurs Naturalistes, existe dans les Indes orien- tales. Quelques individus ont le dos en- tièrement parsemé dépeints roussâtres, sans aucune trace de la bande longitu- dinale indiquée ci-dessus. Le Crapaud Vii[)a , Bufo Dorsiger. Cotte espèce est très-remarquable par son corps large, applati et granulé DES C R A 9 A U D S. l^l en dessus ; par sa tête courte, aussi large que le corps, et dont les coins de la bouche sont munies d'un appendice coriace crénelé ; et sur - tout par ses doigts ante'rieurs séparés ^ terminés chacun par quatre petites pointes. Sa longueur est de cinq pouces qua- ti^e lignes au plus, et sa largeur de trois pouces et demi. Les yeux placés sur la tête , sont petits et très-écartés; l'ouverture de la bouche est très-large; la couleur tire sur un olivâtre plus ou moins rembru- ni et parsemé de très-petites taches roussâtres ; la peau est raboteuse , avec quelques petites verrues sur les côtés dti corps et sur les cuivsses. Les pieds antérieurs sont un peu amincis, par rapport aux postérieurs, qui ont cinq doigts entièrement palmés et presqu'également langs. Cet animal dont l'aspect est hideux , habite sur le continent de l'Amérique méridionale ^ et se tient presque ton- 122 HTSTOIRK N VTUREÎXE jonrs dans les eaux. Il est nommé pipct par les liabitaiis de Surinam ;, tedo par ceux de la Guiane , et cururu par ceux de la Nouvelle-Espagne. La manière qu'il emploie pour pré- server et faire croître ses petits, l'a ren- du très-intéressant à connoître. Made- moiselle Mérian l'a d'abord décrit, en 171C), dans son histoire des insectes de Surinam ; Firmin a publié , en 1 766 , un petit livre intitulé: Développement par- fait du mvstère de la génération du fa- meux crapaud pipa ; Bonnet a fait im- primer un mémoire sur le même sujet, dans le journal de physique de 1779; Camper et Spallanzani ont ensuite ob- servé et décrit les organes sexuels et les métamorphoses de ce crapaud. D'abord on avoit soupçonné que les oeufs se form oient sur le dos de la fe- melle , et que le mâle venoit les y fé- conder ; mais des observations faites sur l'animal vivant, et son inspection ana- tomique , ont fait reconnoître la faus- DES CRAPAUDS. l23 seté cle cette opinion. On est assuré maintenant que la femelle pond ses oeufs comme les autres crapauds , et que le mâle , cramponné sur elle , la recou- vre de ses œufs après qu'ils sont fécon- dés. Les oenfs sont alors enveloppés d'une liqueur qui fait enfler autour de chacun d'eux la peau de la femelle , et ils sont logés par ce moyen dans des alvéoles rondes. Les têtards y naissent munis d'une queue membraneuse, s'y développent, et ne s'en vont au-deliors que lorsqu'ils ont acquis leur état par- fait ; leur longueur est alors de cinq ou six lignes. La femelle se dépouille en- suite de toutes les alvéoles, en frottant son dos contre des corps durs. Made- moiselle Mérian et Séba ont prétendu que la chair de ce crapaud sert quel- quefois de nourriture aux Nègres. 224 HISTOIRE NATURELLE lie Crapaud ventru , Biifo ventricosus, îl est remarquable par sa petite tête, par sa bouche très-étroite ^ et sur-tout par son corps trapu , dont la peau très- lâche peut se gonfler comme une ves- sie , et enveloppe les cuisses. Il a deux pouces et demi environ de longueur; ses yeux sont petits et non saillans; il a ses mâchoires lisses, carti- lagineuses, et on ne lui voit pas de paro- tides externes; sa couleur est brune, som- bre endesius^ etblanchàtre un peu tache" îée de noirâtre en dessous : on voit de plus sur le dos des verrues siniples et peu nombreuses. Les pieds sont courts, avec leurs doigts minces et petits; ceux des pieds- postei'ieurs sont à peine demi-palmés, et les autres sont fendus. On le trouve dans les Indes oiicn- DES CRAPAUDS. 125 lue crapaud systo7Jie,àécrii])a.Y Schnei- der d'après un individu appartenant à Bloch , est le même que le crapaud ventru. Cet auteur lui donne pour ca- ractères distinctifs, le corps ovale et marbré , les cuisses cachées dans la peau du corps, qui est lâche et gonflée , deux callosités près du pouce des pieds pos- térieurs , et de plus une bouche étroite. Tout son corps est blanchâtre, ta- cheté ou marbré de brun en dessus -, mie bande blanche et courbée, placée sur la paupière supérieure , se prolonge en devant , et une strie blanche est placée entre les narines et la lèvre supérieure. C'est encore à cette espèce qu'il faut rapporter le crapaud pentru de Lin- née , le goitreux de Daubenton , et peut-être mênie le crapaud du Brésil figuré par Séba ( tom. i , pi. 74, fig. 1). Le cit. Daudin m'a communiqué cette description. Î2G HISTOIRE NATURELLE Le Crapaud demi - luné , Bufo semilunatus. Ce crapaud est noirâtre, avec une taclie blanche ronde derrière les paro- tides , et avec une autre tache blanche en demi-croissant derrière le tympan , qui est d'un brun sombre; les doigts des pieds antérieurs sont séparés , et ceux des postérieurs demi -palmés. Sa longueur est de trois pouces en- viron. Il a les yeux saillans •, la tête lisse et déprimée dans son milieu ; tout le reste du corps et les membres couverts de verrues d'égal volume. Vers le mi- lieu du clos , de chaque côté , on voit une tache blanchâtre , lonr^ne et étroite ; la tache en demi-croissant a sa con- vexité tournée en devant ; les pieds antérieurs ont leurs doigts séparés , avec le pouce épais et le troisième doigt très-long ; les postérieurs ont leur cin- DES CRAPAUDS. 12/ quième doigt très-long ; tous les pieds ont en outre près du pouce une callosité qui ressemble un peu à un doigt. Ce crapaud , voisin par sa forme du criard , a été envoyé de Surinam au na- turaliste Bloch , et Schneider l'a décrit dans son histoire des amphibies. Le Crapaud criard, Bufo iniisicus. Cette espèce a la tête obtuse , pres- que lisse , et canaliculée entre les yeux, à cause des sourcils relevés. Son corps ramassé et trapu comme celui du crapaud cendré, est long de trois pouces , et large de deux pouces et demi. Les yeux sont très-saillans , avec le sourcil verruqueux brun, marqué d'une bande plus foncée ; le dessous des yeux est plus pâle, avec une bande oblique, foncée et verruqueuse ; l'iris est doré , les narines sont très-petites et presque rondes; la partie supérieure du cou est 128 HISTOIRE NATURELLE brune . avec des tubercules obtus ; et ses côtés sont blanchât res , avec des tu- bercules pointus ) ces deux parotides sont grosses , réniformes et poreuses , avec une taclie brune foncée au-dessous de chacune. Le corps et le ventre sont d'un brun foncé sur le dos et pâle sur les côtés, cou- verts par- tout de tubercules, avec de larges taches d'un brun foncé; le des- sous du corps et des membres est blan- châtre, sale et granulé. Les membres ont en dessus des ban- des transversales foncées sur un fond brunâtre, tout couverts de tubercules pointus. Les doigts des pieds antérieurs sont séparés, et ceux des postérieurs demi- palmés. Le naturaliste Bosc a fréquemment trouvé dans la Caroline ce crapaud, qui a un cri désagréable, ainsi que les autres crapauds, et non un cliant mu- DES CRAPAUDS. 129 sical comme c[uelcjiiies personnes l'ont cru. Le Grapand de Panama _, Bufo Panamensis, Son caractère consiste dans des glan- des parotides très-distinctes et prolon- gées en pointe sur les flancs , et dans ses pattes courtes à doigts demi-pal- més. 31 a la taille et la forme de notre cra- paud cendré \ sa peau est d'un cendré jaunâtre, parsemée de pustules, rem- brunies et un peu violettes , seidement à leur sommet ; son ventre est d'un blanc jaunâtre un peu granulé près de l'anus. Il habite dans quelques marais de l'isthme de Panama, selon Ruiz de Xelva, naturaliste espagnol très -zélé, qui a bien voulu communiquer au ci- toyen Daudin , quelques notes sur l'his- toire naturelle du Mexique. Heptiles. II. la 3 00 HISTOIRE NATURELLE Le Crapaud Agua , Bufo Agua, Ce crapaud qui est sans doute le plus gros du genre , puisqu'il a près d'un pied de longueur, a la paupière supé- rieure garnie de verrues et saillante, avec tout le corps couvert de gros tu- bercules , disposés entre des rides et agréablement varié de teintes et de niar« brures grises, jaunâtres et brunes sur un ^ fond cendré pâle. Le corps et la tête sont très- épais , les tubercules sont marqués de brun dans le milieu, sur-tout ceux qui re- couvrent les membres j et les parQtidcs sont très-grosses. Les doigts des pieds antérieurs sont courts et séparés , et ceux des posté- rieurs sont longs et demi -palmés A leur base. C'est principalement au Brésil et dans l'île de Cuba , qu'on trouve ce crapaud monstrueux. iSéba l'a figui^i ToTfi . ir. -Pat/ ' j3û DeES CRAPAUDS. l35 moins couverte de verrues épineuses. Ce crapaud, nomme le pustuleux »par Daubenton et Lacépède , hufo nie- lanostictus et scaher par Schneider , n'habite pas au Brésil , comme l'a cru Séba ( tom. i , pi. 74, fig. 1 ) , mais dans les Indes orientales. Le Crapaud goitreux, Bufo gutturosus* Les caractères qui doivent servir à le distinguer des autres crapauds, con- sistent dans le gosier qui est goitreux , et dans sa couleur d'un gris brunàtre- clair , marquée en dessus de plusieurs taches noirâtres. Sa longueur est de deux pouces et demi. Il a la tête pointue , avec des yeux saillans. Le dessus du corps et des membi^cs est garni de petits tubercules nombreux et bruns à leur pointe. l36 HISTOIRE NATURELLE Les pieds sont un peu courts , sur- tout les antérieurs, ainsi que tous les doigts qui sont tous séparés. Le goitre est rude et granulé , ainsi que le dessus du corps. La patrie de ce crapaud est incon- nue : il ne faut pas le corffondre avec le goitreux de quelques auteurs , que nous rapportons au crapaud ventru. X I I F GENRE. GRENOUILLE, Rana. Caractères génériques. Point de queue ; pattes postérieures une demi - fois au moins plus longues que le corps ; point de pelote visqueuse au bout des doigts : ils ne sont pas terminés par un empatte- ment. Si les grenouilles ont plusieurs points de ressem])lance avec les crapauds , ces êtres qui nous inspirent une lioiTeur DES GRENOUILLES, l."?? dont nous ne pouvons souvent nous deTendre, elles ont cependant plusieurs caractères qui les en éloignent , et elles ne doivent point partager leur disgrâce. On clierclieroit en vain dans les cra- pauds cette forme svelte , ces membres déliés et souples , ces couleurs variées et comme brillantes que la nature ac- corda aux grenouilles ; un corps d'une masse lourde , ne se traînant que dans la fange et dans les lieux ténébreux , dont la peau n'offre que des inégalités disposées presque toujours sans ordre , qui n'a pour couleur que des teintes sombres, tels sont les principaux traits qui signalent les crapauds. Mais les gre- nouilles, au contraire , loin d'être basse- ment accroupies dans la boue , ne vont que par sauts très-élevés , leurs pattes de derrière se pliant et se débandant comme un ressort. L'élasticité et la sensibilité de ces animaux sont telles , qu'on ne peut les saisir sans que leur corps ne prenne toutes les courbures, io8 HISTOIRE NATURELLE ne fasse tous les moiivemens nécessaires pour se débarrasser : elles clierclienl l'é- lément de l'air, et leur plus grand plai- sir est de jouir de la lumière , sur-tont lorsqu'elles y sont invitées par l'astre du jour. (( Qu'est-ce qui pourroit donc )) faire regarder avec peine , dit le ci- » toyen Lacépède , un être dont la taille » est légère , le mouvement preste , )) l'attitude gracieuse? Ne nous inter- )) disons pas un plaisir de plus -, et lors- }) que nous errons dans nos belles eam- 3) pagnes , ne soyons pas fâchés de voir )) les rives des ruisseaux embellies par » les couleurs de ces animaux innocens , )) et animées par leurs sauts vifs et lé- )) gcrs : contemplons leurs petites ma- )) nœuvres , suivons-les des yeux au i) milieu des étaugs paisibles dont ils )) diminuent si souvent la solitude, sans « en troubler le calme ; voyons-les mon- i) trer sous les nappes d'eau les couleurs » les pUis agréables , fendre en nageant » ce j eaux tranquilles ; souvent mémo DES GRENOUILLES. i5q î> en rider la surface , et présenter les » douces teintes que donne la transpa- » rence des eaux )>. Les grenouilles ont ordinairement quatre doigts aux pieds de devant et cinq aux pieds de derrière , comme dans les autres reptiles de cette divi- sion ; les doigts postérieurs sont réunis par une membrane ; l'intérieur est écarté des autres j et le plus gros à tous les pieds. Le cœur d'une grenouille conserve , quoique séparé du corps , son batte- ment pençlant sept ou huit minutes , et même plusieurs heures. Suivant Haller , le mouvement du sang est iné- gal ; il est poussé goutte à goutte et à de nombreuses reprises : dans sa jeu- nesse , la grenouille ouvre et ferme la bouche et les yeux à chaque battement du cœu.r ; les deux lobes du poumon sont composés d'une infinité de cel- lules, ressemblant à des alvéoles d'une ruche ; elles sont destinées à recevoir l4o HISTOIRE NATURELLE l'air; et leur contraclion ou leur dilata- tion , que Fanimal peut prolonger long- temps, augmente ou diminue sa pesan- teur relative. La grenouille est de tons les quadru- pèdes ovipares de cette section, celui dont l'organisation est la plus parfaite : il a meilleure vue , le corps plus souple et plus susceptible de grands mouve- mens , et plus de finesse dans l'ouïe ; les oreilles sont recouvertes par nne membrane qui fait , par son élasticité , l'elTet d'une corde , et qui communique les vibrations de l'air agi té par les corps sonores. Ces animaux sont voraces; ils avalent souvent des animaux pî us considérables qu'eux , de petits oiseaux, de jeunes souris, etc. ; mais leur nourriture or- dinaire consiste en insectes aquatiques que leur langue relient facilement , étant enduite d'une mucosité gluante. Il paroît cependant qu'elle a encore , jn aigre sa voracité, son ardeur àseje^ DES GRENOUILLES. l4l ter sur sa proie , une sorte de délicatesse dans son goût , ne saisissant que les corps en mouvement , ou les animaux dont les cadavres ne sont pas putréfiés ; leur œsophage est très-grand , se dilate beaucoup ; il en devient ainsi plus pro- pre à contenir une quantité considé- rable d'alimens. Dès que le printemps est de retour , îa grenouille se plaît , sur-tout la nuit^, à jeter un cri, souvent répété , com- posé de sons rauques, de sons discor- danset d'autant plus désagréables, qu'ils sont produits à la fois par un grand nombre de ces animaux: ces clameurs rudes et fatigantes sont connues sous le nom de coassement. Les mâles font le plus de bruit ; ils enflent , de chaque côté du cou , deux vessies , qui se rem- plissant d'air ^ deviennent pour eux des instrumens de musique. La femelle ne fait que gonfler sa gorge , et son cri no consiste que dans un grognement assez sourd. Les vessies du mâle se remar=- Beptiles. II. a3 l42 HISTOIRE NATURELLE quent fort bien , lorsqu'on presse leur corps, et lorsqu'on met ces animaux sous le récipient d'wie machine pneuma* tique. Tel est le chant ordinaire de ces animaux, si cependant on peut doinier ce nom à un cri qui blesse si fortement notre oreille. L'amour a son accent propre j c'est un son sourd et comme plaintif. Une matière graisseuse , renfermée dans le tronc de la veine-porte , ali- mente les grenouilles , lorsqu'engour- dies par le froid , elles se tiennent ca- chées dans le fond des marais , des lacs, ou dans des trous en terre : celles qui liabitent les régions équatorialcs ne doivent point , à raison de la chaleur du climat , tomber dans une torpeur ' semblable : on peut , par une chaleur ou par un froid artificiels, les rappeler à la vie , exciter chez elles les douces sensations qu'elles éprouvent au retoi'r de la belle saison ; ou bien au contraire* les priver de mouvement , convertir D ES GRENOiriLLES. l4a pour elles un beau jour d'été en un triste jour criiiver, elles engourdir to- talement : expériences cependant qui ne laissent pas de leur être funestes. Ces quadrupèdes ovipares muent fort souvent lorsqu'il fait chaud ; la peau dont elles se dépouillent alors , presque tous les liuit jours, ressemble à une mucosité délayée. Le moment de l'amour est annoncé dans les mâles par une verrue noire , à papilles , qui leur croît aux pieds de . devant ; c'est un mo5'^en de retenir plus facilement les femelles : ils montent sur leur dos , les embrassent étroite- ment, les doigts entrelacés , nagent ainsi , avec elles , pendant plusieurs jours , et ne se quittent point que la ponte n'ait été faite. On a coupé la tête à un mâle accou- plé , et il n'a pas cessé de féconder pen- dant quelque temps les œufs de sa fe- melle. liCS deux sexes sont réunis, et quel- l44 HISTOIRE NATURELLE qoes jours s'écoulent : au bout de ce temps la femelle fait onîeiidje un coas- sement un peu sourd, pond ses œufs qui forment un cordon , étant collés ensemble par une matière glaireuse : le mâle les arrose de sa liqueur sémi- nale , au moment où ils s'échappent de l'anus de la femelle. Telle est la seule manière d'accouplement qui existe en- tre ces animaux , de même que dans tous les reptiles de cette division. La fécondation une fois opérée, le mâle se sépare de sa compagne et reprend son agilité ordinaire. L'œuf, fraîchement pondu , consiste dans un globule noir d'un côté , blan- châtre de l'autre , placé au centre d'un autre globule glutineux, transparent, servant de nourriture à l'embryon : cette substance alimentaire est conte- nue dans deux enveloppes membra- neuses qui représentent la coque de l'œuf. Suivant un temps plus ou moins DES GRENOUILLES. l45 long et. qui dépend des diiïerens degrés de chaleur de l'atmosphère , le globule du centre se développe et prend le nom de têtard , gyriniis : cet embryon dé- chire alors les pellicules qui le recou- vroient, et nage dans la liqueur glai- reuse environnante , conservant pen- dant quelque temps son cordon ombili- cal qui est attaché à la tête : il sort un peu quelquefois de cette matière , y revient pour y prendre de la nourritu- re , grossissant toujours , de manière qu'on commence à lui distinguer la tête , la poitrine . le ventre et la queue. La bouche des têtards est placée sur la poitrine , ce qui les oblige , de même que les poissons qui sont dans ce cas , de se renverser sur le dos lorsqu'ils veulent saisir quelque objet nageant sur la surface de l'eau , ou chasser l'air renfermé dans leurs poumons : ces mou- vemens sont exécutés avec beaucoup de vitesse. Au bout de quinze jours les yeux 3 46 HISTOIRE NATURELLE commencent quelquefois à paroître-, encore fermés , et Ton apperçoit les ru- dimens des pattes de derrière ; la peau qui recouvre les line'amens de ces pattes s'étend à mesure qu'elles croissent ; les doigts sont indiqués par des boutons , et la forme du pied est reconnoissable ; les pattes antérieures demeurent encore cachées ; elles paroissent cependant quelquefois les premières. Deux mois après avoir commencé à se développer, les têtards prennent la vraie forme de grenouille : la peau du dos se fend près de la tête , et c'est par cette ouverture que sort peu à peu le nouvel animal , dont l'on voit d'abord la tête et les pattes de devant ; la dé- pouille est repoussée en arrière , et le reste du corps est à découvext , mais pourvu encore d'une queue qui dimi- nue insensiblement de volume , et finit à la longue par s'oblitérer. Tous les autres quadrupèdes ovipares de cette section subissent de semblables inéta- D ES GR EN QUILLES. 14/ morpLoses. Les couleurs des grenouilles pâlissent après l'accouplement , ce qui fait croire à des personnes du peuple que ces reptiles se changent Tété en crapauds. Les grenouilles doivent vivre assez long-temps : on peut tirer cette induc- tion de la ténacité de leur vie , qui n'est point détruite par une seule bles- sure partielle de leur corps , et qui est encore prolongée de quelques momens dans un individu auquel on a arraclié le cœur et les entrailles : elles sont ac- coutumées à demeurer quelque temps sous l'eau sans respirer , la circulation du sang ayant lieu chez ces reptiles d'une manière un peu différente de celle que l'on observe dans les quadru- pèdes vivipares, comme nous l'avons déjà dit en parlant de l'organisation générale des reptiles ; il n'est donc pas surprenant qu'elles résistent davantage à la privation de l'air; étant renfermées l48 lîTSTOIRE NATUREI.LÎ3 sous le récipient de la macliiiie pneu- nialifjiie. Ouire les serpens d'eau , plusieurs poissons , les oiseaux de rivage , diffé- rens quadrupèdes , les grenouilles , ont pour ennemis l'iiomme , auquel leur chair fournit un mets très-agréable : on les pêche à la ligne , avec des hame- çons garnis de vers , d'insectes , ou mieux et plus simplement avec un mor- ceau d'étoffe ronge : on les prend aussi avec des filets à la clarté des flambeaux, dont la lumière les effra^'^e et les rend immobiles. Les Suisses se servent de râteaux à longues dents. La médecine fait encore usage de ces animaux, ainsi que de leur frai. La Grenouille comumne , Rana esculenia, * Ce reptile est tellement connu, qu'il seroit superflu de s'appesantir siu' sa description. Il nous suffira d'énoncer \ts D ES GRENOUILLES. l49 caractères qui le font distinguer des autres espèces du même genre : sa cou- leur , en dessus , est d'un verd plus ou moins foncé , avec des taches noires qui s'agrandissent avec Fâge , et trois raies jaunes qui s'étendent le long du dos 5 les deux latérales forment une saillie , et celle du milieu au contraire est en- foncée : le dessous du corps est blanc ; le museau se termine en pointe; les yeux sont gros , brillans, avec l'iris de couleur d'or ; le dos présente quelques inégalités; les pieds de derrière sont réunis par une membrane : la longueur de la grenouille commune est , dans nos pays , de deux à trois pouces j depuis le museau jusqu'à l'anus ; les pattes postérieures ont quatre pouces de long. La grenouille commune se trouve dans les eaux douces et stagnantes de toute l'Europe, et à ce qu'il paroît, dans plusieurs contrées des autres par- ties du monde. Nous avons donné son l5o HISTOIRE NATURELLE liistoire , en traitant en général des ani° maux de ce genre. La Grenouille rousse , Rana temporaria. Cette espèce ne semble être , au pre- mier apperçu , qu'une variété de la grenouille commune ; mais sa couleur rousse ou jaunâtre , la tache noire qu'elle a entre les yeux et les pattes de devant, quelques différences dans les habitudes, doivent nous la faire distinguer, même spécifiquement , de la grenouille précé- dente ; son ventre est blanc et tacheté de noir, à mesure qu'elle vieillit ; les cuisses sont rayées de brun : on la re- présente avec une échancrure au bout de la langue : ses deux pointes , et plus encore la matière gluante dont elles sont enduites , sert à retenir les insectes , les vers dont cette grenouille se nourrit aussi , et sur lesquels elle s'élance avec la rapidité d'un trait. ro7n .II. 1^(^. ifio. Ded-eve Jel . Mtivef Oculv. 1 . La Gveiioxiille rôtisse 21 . La G . Q'aloinieo , maie 5 . La femelle , DES GRENOUILLES. l5l Des auteurs l'ont appelée la Muette , parce qu'elle n'a pas le cri désagréable et importun de la grenouille com- mune ; elle fait cependant entendre dans l'accouplement, ou lorsqu'on la tourmente , une sorte de grognement : celui du mâle est moins foible et plus souvent répété. Les grenouilles rousses passent une grande partie de la belle saison à terre , dans les jai'dins, dans les prés, les lieux couverts, et s'éloignent un peu de l'eau, habitude qui les distingue de la gre- nouille commune ; elles regagnent les endroits marécageux vers la lin de l'au- tomne, et passent l'hiver enfoncées dans la vase , ou dans quelque trou ; la cha- leur les ranime de bonne heure ; les jeunes se répandent dans la campagne j celles qui sont âgées de trois ou quatre ans , ou qui sont capables de se repro- duire , restent dans l'eau jusqu'à ce que ie temps de leurs amours soit passé ) l52 HISTOIRE NATURELLE elles demeurent unies pendant q^uatre jours environ. Les métamorphoses sont dans cette espèce les mêmes que celles de la gre- nouille commune , leur période est seu- lement un peu plus long ; ce n'est qu'an bout de trois mois que le développe- ment entier du corps est achevé. Les jeunes grenouilles profitent , dit-on, de la nuit pour quitter les lieux qui les ont vu naître et gagner les terres ; le jour elles se cachent sous les pierres et sous différens arbres. L'abondance de ces voyageuses est quelquefois telle . que le peuple s'est imaginé qu'elles étoient tombées des nues. On a débité aussi que les grenouilles rousses étoient venimeuses, mais on les mange sans éprouver le moindre acci- dent , dans plusieurs pays de l'Europe : ces animaux habitent presque la tota- lité de cette partie de l'ancien continent. Le cit. Lacépède conjecture que cette espèce est celle que Catesby nomme Torn .Jfl. FiU/ . 2Ô2> . Dégrevé Jel . Ifuher tPi'u//' ■ 1 . lia Greiioaiille iiiuonssante . 2 . liA G . tacliotoo . DES GRENOUTLLES. l53 grenouille de terre , et qui se trouve dans la V irginie et dans la Caroline. Il paroîtroit, d'après les observations de ce dernier Naturaliste , que cet animal préfère pour nourriture les insectes qui sont pliosphoriques ; il éprouva cons- tamment qu'il saisissoit de petits corps enflammés. La Grenouille mugissante , Rana pipiens» Cette espèce est remarquable par sa couleur verdâtre , parsemée de taclies irrégulières noirâtres , et par une bande longitudinale jaunâtre , partant du nez , tout le long du dos jusqu'à l'anus. C'est la plus grande espèce connue , puisqu'elle a huit pouces de long sur trois pouces et demi de large. Les yeux sont un peu saillans ; le tympan est grand et brunâtre , entouré d'un cercle jaunâtre -, la mâchoire su- périeure est munie de petites dents nom-, Keptiles. II. i4 V l54 HISTOIRE NATURELLE breuses , et le palais a quatre saillies , dont les deux du milieu sont garnies de dents ; le dessous du corps est d'un gris jaunâtre ; les pieds antérieurs ont quatre doigts courts et fendus , et les postérieurs en ont cinq longs et palmés. C'est principalement dans la Caro- line qu'on trouve cette grenouille , qui est nojiimée par les Anglo- Américains hull'frog , parce que son coassement imite en quelque sorte le mugissement d'un taureau : ce nom a aussi été donné à la grenouille ocellée et à la criarde : quelques personnes assurent qu'elle avale quelquefois des jeunes canards lorsqu'ils nagent sur les marais près des habitations. Il ne faut pas rapporter à cette espèce le rana pipiens de Sclireber , qui est le synonyme de la grenouille criarde. Nous observerons en outre que le ^citoyen Lacépède a réuni avec la gre- DES GRENOUILLES. l55 nouille mugissante , celle (j[ue nous nommons ocellée , d'après Linnée. La Grenouille grognante , Rana griamiens. Le dessus de son corps est brun ou noir , et le dessous est blanc , avec des nuances et des mouchetures plus ou moins brunes et variées dans leur forme. Elle a huit à neuf pouces de long de- puis le bout du nez jusqu'à l'extiémité des pieds postérieurs ; et c'est , selon Bartram , la plus grande grenouille que l'on ait vue dans la Floride et sur les côtes de la Caroline. Ses membres ont des bandes trans- versales noirâtres ; les environs de la bouche et des lèvres sont jaunes. Bartram a découvert cette grenouille dans les lacs et les grandes rivières des parties sud de l'Amérique septentrio- nale -, sa voix foible et désagréable imite le grognement d'un porc. Deux indi- l56 HISTOIRE NATURELLE vidus de cette espèce , placés an Mu- séum d'Histoire naturelle de Paris, ont tiii trait ou plusieurs points alongés , jaunâti:es, derrière l'œiL La Grcnonille ocellée , Raiia ocellata» Quoique les Naturalistes ayent con- fondu cette grenouille avec la mugis- sante, elle doit en être séj^arée, soit à cause de sa forme moins élancée , soit par des taclies rondes et brunes, entou- rées de jaunâtres et ocellées, qui sont répandues dessus le corps, sur-tout près des reins et sur les cuisses. Séba , qui a figuré cette grande gre- nouille dans le tome premier de son ouvrage (pi. yS , fig. i) , dit qu'elle est très-élégamment peinte de taclies rous- sâtres et veinée de jaunâtre dessus le corps, qui est d'un cendré sale-, le ven- tre est blanchâtre : elle a les yeux et le tympan pareils à ceux de la gre- nouille mugissante. DES GRENOUILLES. l5% Tous les doigts sont dépouvus do membranes, et ils ont une petite cal- losité sous chaque articulation des pha- langes. On la trouve dans la Virginie et la Pensylvanie , peut-être même aussi dans les diverses parties de l'Amérique septentrionale. Il faut rapporter à cette espèce , 1°. TuB. grenouille haléclne y décrite par Kalm , et figurée par Catesby dans le tome 1 1 de son histoire naturelle de la Caroline ( pi. 70 ). 2". Le ranapipiens que Schneider a décrit dans son his- toire naturelle des amphibies; et dont Schreberadonné une histoire très-com- plète dans l'ouvrage allemand intitulé Naturforscher y (tom. 18^ pag. 182, plane. 4 ). La Grenouille criarde , Rana clamitans, liC dessus de son corps est légèrement tuberculeux y d'un cendré obscur , par- 358 HISTOIRE NA.TUIIELLE semé irrégulièrement de points noirs inégaux , et sa lèvre supérieure est d'un vertobcur. Sa longueur est de deux pouces. Elle a la tête peu obtuse , et l'iris doré. Le dessous du corps est d'un blanc argenté tacheté de brun. JLes membres ont en dessus des ban- des transversales brunâtres peu dis- tinctes ; les doigts des pieds antérieurs sont fendus , et ceux des postérieurs palmés. Cette espèce a été trouvée par le na- turaliste Bosc, dans les eaux douces de la Caroline, près de Cliarlestown. A cause de sa couleur sombre, on la prend (d'abord pour un crapaud ; mais on est facilement détrompé à l'extrême vites- se de ses mouvemens. Si par hasard on 3a surprend près des eaux, elle s'y lance en jetant un cri, ce que ne font pas les autres grenouilles connues. DES GRENOUILLES. l5g La Grenouille galonnée , Rana typhonia. Sa couleur est d'un gris plus ou moins rougeâtre, parsemé de petites taches ar- rondies d'un brun noirâtre, avec cinq lignes longitudinales saillantes et jau- nâtres dessus le corps. Elle a quelque ressemblance par sa forme avec la grenouille verte; mais elle est moins grande, puisqu'elle a au plus deux pouces de longueur. Le dessous du corps est d'un jaunâtre pâle, et seulement granulé, sous les cuisses et près l'anus : les flancs ont quelques verrues. Tous les doigts sont fendus, et munis d'un petit tubercule sous chaque arti- culation des phalanges. Le mâle a seul une vessie vocale sous chaque côté delà mandibule inférieure; la bande jaunâ- tre , qui est sur le milieu du dos , est plus large à la femelle. l^o IITSTOIRE NATURELLE On trouve assez fréquemment cette grenouille à Surinam et à Cayenne. Së- ba en a figuré un individu dans son ou- vrage sous le nom àe grenouille de Vir^ ginie (tom. i , pi. 76 , fig. 4 ). La Grenouille rougette , Rana ruhella. Sa couleur est d'un rouge ferrugi- neux , avec un trait longitudinal plus foncé sur le dos , et deux sur les flancs ; de plus elle a des bandes transversales dessus les membres; une tache de même couleur sur le tympan , et une autre ta- che triangulaire blanchâtre; sur le front, entre le nez et les yeux. Elle ressemble , par sa forme , à la grenouille galonnée ; mais elle n'est lon- gue que de quinze lignes. Elle a un trait blanc sur le tympan ; le dessous du corps est blanchâtre, avec des petits points roussâtres sous la tète, et avec quelques petites taches égale-» DES GRENOUILLES. iBt ment roussâtres sous le ventre et les cuisses. Les doigts des pieds antérieurs sont séparés et ceux des postérieurs foible- ment demi-palmés. lia patrie de cette espèce m'est in- connue. Je l'ai trouvée dans la galerie du Muséum d'histoire naturelle de Pa- ris. ( Cette description est du cit. Dau- din.) La Grenouille tachetée, Rana jnaculata. On peut facilement la reconnoître à la couleur du dessus de son corps , qui est d'un brun rouge avec trois taches d'un vert clair dessus la tête , et une autre arrondie de même couleur sur chaque épaule. Son corps a une forme svelte , et il a seulement un pouce de longueur. Sa tête est grosse , avec le nez pointu et les yeux saillans : elle a des taches l()2 HISTOIRE NATURELLE d'un gris pâle dessous les yeux, une ligne javuiâtre très -étroite prolonge'e des yeux sur les côtés du corps , qui est en dessous d'un eris blanchâtre comme marbré de points et de traits noirâtres et granulé. Tous les doigts sont minces , alongés et entièrement séparés. Cette espèce nouvelle a été rapportée de File Portorico, par Mangé, natura- liste très-zélé qui accompagne le capi- taine Baudin , dans^ le voyage nouvelle- ment entrepris pour la mer du Sud , et décrite par le cit. Daudin. La Grenouille Jackie , Rana Paradoxa, Cette espèce est remarquable par des marbrures d'un brun rouge sur un fond verdàtre dessus le corps , et par le dessous blanchâtre, marqué de quel- ques lignes roussàtres et obliques sous ies cuisses. Tani .JI. Paç . lûo. Dej'eve a et > T^ Tcn^Jieii Jcid^ , 1. La Gi'eïioiiille Jackie 3 . S on tetar-d . DES GRENOUILLES. l63 Son corps, long de deux pouces et de- mi environ , ressemble par sa forme à celui de la grenouille rousse ; mais ii est lisse et sans plis ; le dos et les flancs ont quelques petites taches roussàtres; la gorge du mâle , selon Schneider , est munie d'une vessie vocale. Les doigts des pieds ante'rieurs sont amincis et pointus, ainsi que ceux des postérieurs; mais ces derniers sont seuls palmes. Cette gi'enouille que l'on trouve fre'- quemment à Surinam , présente un fait très- singulier par rapport à ses trans- formations , lequel a induit en erreur M'*^ Mérian et Séba. Ces deux auteurs ont prétendu affirmativement que la jackie passe de l'état de grenouille à ce- lui de têtard, et qu'elle se métamorphose ensuite en poisson. Cette opinion erro- née est seulement fondée sur ce qu'on trouve des têtards de jackie aussi gros que ranimai parfait, et que ces têtards ont quelque ressemblance, parla forme î64 HISTOIRE NATURELLE de leur queue , à une espèce de poisson. X)'après mes propres recherches , la jac- kie, ainsi que les autres grenouilles, sort de l'œuf sous la forme d'un té- tard ; ce têtard grossit beaucoup, sa queue s'alonge ets'applatit, de manière à imiter en quelque sorte la partie pos- térieure d'un poisson -, mais elle en dif- fère essentiellement parce qu'elle a sur ses deux tranchans une large mem- brane , et non une nageoire composée de rayons comme les poissons. L'examen des têtards de la jackie pourroit suffire pour convaincre les naturalistes de la vérité de cette assertion ; mais j'ajoute- rai pour dernières preuves, qu'on trou- ve dans les eaux douces de Surinam , des petits têtards de la grejiouille dont je donne ici l'histoire , et que les têtards du crapaud brun d'Europe présentent , selon Roesel et Laurenti, la même sin- gularité, c'est-à dire qu'ils deviennent aussi gros que lanimal parfait, et que leur longue queue membraneuse a DES RAINES. i65 quelque ressemblance avec celle d'an poisson. Les observations neuves de cet ar- ticle, m'ont été communiquées parle cit. Daudin. X I V^ GENRE. RAINE, Hyla. Caractères génériques. Point de queue ; pattes postérieures fort longues ; doigts terminés par une pelote visqueuse , et placée sur un empattement. XiEs raines, que quelques auteurs mo- dernes ont nommées rainettes , ont plu- sieurs traits de conformité avec les ère- nouilles; mais outre que leur corps est plus court , presque triangulaire , que leurs pattes postérieures sont plus lon- gues et rendent ces animaux plus agiles > elles ont un caractère tranchant, et qui n'est propre qu'aux reptiles de ce genre j leurs doigts ne finissent pas en pointe, ileptiles. II. i5 iGG HISTOIRE NATURELLE ou du moins ne sont pas de grosseur cgale ; ils s'élargissent , et s'arrondis- sent à leur extrémité : sous cet empatte- ment est une plaque ou une pelotte vis- queuse. Les pieds de devant ont quatre doigts et ceux de derrière quatre , ainsi que le grand nombre des reptiles de cette division. Les raines sont très-agiles, etontleurs mouvemens très-déliés. Elles passent la belle saison au milieu des bois, dans les jardins ombragés, posées sur une bran- che , même sur la surface inférieure d'une feuille , pouvant se coller , avec la plus grande facilité , aux corps les plus unis, parle moyen de leurs pelottes vis- queuses, et leur peau étant gluante. Elles sautent de rameau en rameau, s'é- lancent très-rapidement sur les insectes qui sont à leur portée, les saisissent et les retiennent avec leur langue. Consi- dérées sous quelques rapports, les raines sont, danscettc section des quadrupèdes ovipares , ce que les iguanes , les cauio- DES RAINES. iS/ ïéons sont dans la précédente ; elles fré- quentent , comme eux , les haies , les arbres et s'y tiennent tranquilles , soit pour se soustraire aux regards de leurs ennemis, soit pour y atlendi'e patiem- ment leur proie. Les développemens , les métamor- phoses des raines diffèrent très-peu. de ceux des grenouilles. Ce n'est qu'au bout de trois ou quatre ans que ces aniuiaux sont en état de perpétuer leur espèce; jusqu'à cette époque, ils sont presque muets, les mâles même Le temps de leurs amours est la fin d'avril. Leur pairie, lélément qui les vit naître , l'eau devient alors l'asyle des deux sexes, et c'est-là qu'ils s'abaudon- nent aux jouissances d'une union volup- tueuse, et qu'ils donnent l'existence à une nombreuse postérité. Tout autre lieu ne pourroit leur être favorable et seconder leurs projets. Les raines ne vivent dans les bois que pendant les saison chaudes ou tempe- 3 68 HISTOIRE NATURELLE rées de l'année. L hiver lenr commande la retraite. Elles se tapissent au fond des eaux. , dans le limon des marécages , et y demeurent engourdies jusqu'à l'arri- vée du printemps. Dès le mois d'avril ou (le mai, et sur-tout lorsque le temps est à !a pluie, on commence à entendre les cris rauques , forts et coupés des mâ- les, qui gonflent alors beaucoup leur gorge. Cette partie se rembrunit avec r.-ige. L-'accouplement des raines se fait, à-peu-près , de la même manière que celui des grenouilles : deux jours envi- ron sufTisent à la femelle pour achever sa ponte. 11 arrive quelquefois que le mâle délaissant trop tôt sa compagne , les derniers œufs sont stériles. Nous avons observé un changement de couleurs dans les grenouilles qui se sont accouplées. La même alléralion a lien pour les raines; de rousses elles devien- nent grisâtres , avec des taches rous- ses, ensuite bleues, enfin vertes. Torn .JT. l'aa.ith). LS IJ De 1 . La Raïuc commune. 2 . La R . Licolore DES RAINES. 1 % Il faut, au moins, deux mois pour que les jeunes raines soient parvenues à avoir la forme qu'elles doivent conser- ver toute leur vie. Cet instant arrivé , elles quittent leur berceau, et vont dans les bois et les lieux ombragés. La raine verte ou la commune peut vivre aisément dans les maisons, en lui fournissant une nourriture et une tem- pérature convenables. Le cit. de Fran- ce , amateur zélé d'histoire naturelle, m'a communiqué sur cette espèce un fait bien singulier qu'il a observé , en nourrissant cliez lui ce reptile. Il avale les peaux dont il se dépouille à chaque mue. La Raine verle ou commune, Hyla viridis. Elle est très-facile à reconnoître à sa couleur d'un vert gai en dessus, et à une ligne jaune bordée en dessous de violet, laquelle ligne un peu crénelée en feston , «• IJO HISTOIRE NATURELLE se prolonge des lèvres sur les côtés du corps, et forme un sinus sur les lombes. Sa longueur est d'un pouce et demi. Le dessous du corps est granulé, c'est- à-dire couvert de petits grains rappro- chés , et teint de jaunâtre très-pâle et de rougeâtre. Tous les doigts sont nn peu rouges en dessus , séparés aux pieds antérieurs , et demi-palmés aux postérieurs. On la trouve dans les parties méri- dionales de l'Europe. Le cit. Daudin a indiqué , dans son Histoire naturelle des Quadrupèdes ovipares, d'après Roesel , trois variétés de la rainette commune, savoir : \°.La rainette brunâtre ; 2°. La rainette cen- drée-blanchâtre ; 3'. et la rainette d'un hleu-uerdâtre clair. La Raine à tapir er, Ilyla tinctorial Le cit. Lacépède avoit regardé cette espèce comme synonyme de ia raine Torn .J/. J^a{/ . j^jo •«** Doj'cue ael . Ze f^llaùi iTcxilp . 1 . La 11 Allie a tapir er . a . La R . a LanHoan • 3 . La R. livpoclioiidrialo DES RAINES- 1 71 ronge ; mais nous pensons qu'elle en dif- fère assez pour n'être pas confondue avec elle. On peut facilement Teii dis^- tinguer à son corps lisse, d'un brun rouge foncé, ou d'un bleu ardoisé sombre, avec deux lignes longitudinales d'un blanc jaunâtre partant du front et se prolon- geant jusqu'auprès de l'anus. La longueur du corps est d'un pouce ou environ. Cette raine est voisine, par sa forme, de celle àbaudeau j le dessous de son corps est remarquable par de pe- tites taches nombreuses , rondes et en- tourées d'une teinte plus pâle-, tous les doigts sont entièrement dépourvus de membranes. Elle habite dans la Guiane et à Suri- nam. Le savant et respectable Lacépè- de a annoncé , dans son Histoire natu- relle des Quadrupèdes ovipares, que cette espèce sert à tapirer les perroquets P' de l'Amérique en rouge ou en jaune; et le citoj'^en Sonini a lui-même observé ce fait pendant son séjour à Cayemie. Pour 17^ TÎÎSTOTÎ^E XATlTRELLcT cette optratioii , les Américains arra- chent les plumes Alertes des jeunes per- roquets, etfrottent ensuite la peau avec le sang de la rainette ; les plumes qui renaissent sont alors rouges ou jaunes. La Raine à bandeau , Hyla frontalis. Son caractère distinctif est d'avoir le dessus du corps d'un brun rougeâtre, orné d'un large bandeau blanc partant du front , et prolongé sur les côtés anté- rieurs du dos , et avec des petites ta- ches arrondies , également blanches en dessus des membres. Sa longueur est d'un pouce et demi au plus. Sa tête est petite et un peu obtuse. Outre les taches blanches indiquées ci- dessus , on en voit une plus large et un peu ovale sur la partie inférieure du dos. Le dessous du corps est lisse et blan- châtre. 2'om .JI- -Pqç ■ 17^ • *K Dégrevé de/ . Ifuher J'ci/7p \ La Kaine pa, pag. 6.), )) qui ne sache nommer la salamandre 3) myrtil ; en Savoie une plupine , ,car 5) on la voit quand il pleut; au Maine )) un sourd , car il semble qu'elle soit )) sourde , et toutefois aucun ne sait que 3) c'est la salamandre ». Ce reptile est en effet assez re'pandu dans presque toutes les parties de la France , où elle porte differens noms ; et le peuple, qui les lui a imposés , ne se doute guère que c'est de cet animal que l 'on a dit, qu'il pouvoit vivre au milieu des flammes et sur le brasier le plus ar- dent. Aristote qui ne parle que très-peu de la salamandre, rapporte que l'opinion commune est qu'elle marche au travers du feu, et qu'elle l'ëteint sur son passage. Quelques auteurs nese sont pas conten- tësd'une propriëtëdëjà si merveilleuse, ror,i .JI. Pqç .0p> /^ tf JJej-eve c/el ■ Ze FiBain d'elle. 1 , La Salamandre terrestre 2 . Tja S . marbrée . 5 . La ^» • a erele . f DES SALAMANDRES. I(j5 ils ont ajouté que la salaniaudre vivoit flans le feu comme dans son élément pro- pre , et qïi'elle se nourrissoit de sa sub- stance. Des représentations monstrueu- ses de l'animal en faisoientun être aussi extraordinaire que sa manière de vivre. On le croyoit un animal fort redouta- ble ; sa morsure donnoit, disoit-on, la mort comme celle de la vipère; et quel- ques auteurs graves n'ont pas craint d'é- crire, qu'un homme mordu par la sala- mandre , devoit , s'il A^ouloit conserver quelque espoir de guérison, appeler au- tant de médecins que le reptile a de ta- ches. Toutes ces erreurs, enfans d'une ima- gination égarée, se sont transmises d'âge en âge et ont composé, jusqu'au siècle dernier, l'héritage bizarre de la crédu- lité. Des hommes célèbres, ayant l'ha- bitude des découvertes , n'ont pas dé- daigné de travailler à dissiper ces préju- gés : ils ont senti que détruire une er- reur étoit l'équivalent de la promulga- 19^ HISTOTRE NATUP.ELLF, tioTi d'une vérité. Tilinj^ius en Allema- gne ; Perrault et Maupertuis en France, ont démoirtré que si on a la barbarie de jeter une salamandre au feu, elle y résiste quelque temps, parce qu'il dé- coule des glandes qui aboutissent à sa peau une liqueur assez abondante , mais qu'elle Huit par y être consumée. L'empire du merveilleux a tant d'at- traits et de puissance sur certains esprits, qu'il n'a pas tenu à de prétendus obser- vateurs de faire revivre , comme une chose réellement existante , la fable jus- tement proscrite, de l'inoombustibilité de la salamandre. L'on a imprimé , en 1 789, dans plusieurs feuilles périodiques, etparticulièrementdanslaBibliothèqne physico-économique , recueil très-ré- pandu, une lettre de M. Pothonier^ sur ce sujet. Cet ancien consul de Rhodes , après s'être plaint avec beaucoup d'a- mertume de l'incrédulité du siècle, et avoir fait des reproches aux Naturalis- tes, et nommément à rillusLre Lacé- DES SALAMANDRES. 197 pède , d'avoir rejeté comme absurdes les contes que les anciens ont débités , sans aucun égard pour ceux qui nous les ont transmis , rapporte une anec- dote , dont le but est de rétablir la sa- lamandre dans son privilège de vivre au milieu du feu, même le plus ardent. (( J'étois , dit-il , occupé à écrire dans )) mon cabinet, à l'île de Rliodes ; j'en- )) tends tout-à-coup des cris exraordi- ^) naires dans ma cuisine-, j'y cours, et )) je trouve le cuisinier tout effrayé, )) qui me dit , dès qu'il m'apperçut, )) que le diable étoit dans le feu : je re- » garde, et je vois au milieu d'un feu )) très-ardent , un petit animal , la )> gueule béante et le gosier palpitant. » Je l'examine, et après m'ètre assuré )) que ce n'étoit pas une illusion, je » prends les pinces pour le saisir \ à la D) première tentative que je fais , cet )) animal, qui avoit été immobile jus- )) qu'àcet instant, c'est-à-dire, pendant » xin intervalle de deux ou trois minu- îf)8 HISTOIRE NATURELLE )) tes, s'enfuit dans le coin de la clienii- )) née; je lui coupai le petit bout de la » queue . il se cacha dans un amas de )) cendres cbaudes; je l'y poursuivis. » Etant parvenu aie découvrir, je l'at- » teignis d'un second coup sur le mi- » lieu du corps, et je le saisis. C'étoit 5) une espèce de petit lézard, que j'en- » fermai pour le conserver dans un bo- )) cal rempli d'esprit-de-vin. J'ai fait )) part, dans le temps , de ce phénomène » à M. le comte de Buffon; ]ei lui ai )) donné ma salamandre : il l'a trouvée. )) différente de toutes celles qu'il avoit )) déjà: il m'a beaucoup questionné sur -» ce fait extraordinaire , et m'a dit qu'il .1) ne raanqueroit pas d'en faire mention: » il m'a demandé la permission de me î) citer. On me reprochera sans doute de )) n'avoir pas assez mis d'ordre, assez de )) méthode dans cette observation ; mais 3) peu accoutumé à en faire de ce genre , 5) je n'ai pas pensé d'abord à l'impor- » lance dont elle pouvoit être )>. DE s SALAMANDPuES. 19^ Il faut, en effet , que l'observateur émerveillé ait mis beaucoup de désor- dre dans son observation , et que son imagination troublée l'ait trompe et sur le temps que le reptile a passé dans le feu , et sur son entière conservation. Quelque importance que M- Potbonier ait voulu donner à ce qu'il appelle son expérience , en se targuant de l'atten- tion que Buffon a , dit-il , apportée à son récit , je me serois bien gardé d'en faire mention , s'il n'étoit pas consigné dans des recueils qui se trouvent en beaucoup de mains, et si j e n'avois pas été moi-même à-peu-près témoin de cette prétendue merveille. Je passai à Rho- des peu de jours après que M. Potlio- nier , homme fort estimable , mais dune ignorance complète en tout ce qui a rapport à l'histoire naturelle, eut mis sa salamandre dans l'esprit-de-vin. Il s'empressa de me la montrer, eti! avoit encore l'esprit si rempli du prodige q^u'il avoit cru voir , il en parloit 200 HISTOIRE NATURELLE avec tant d'enthousiasme et de pré- vention^ que je ne voulus pas lui don- ner le chagrin de le détromper et de dissiper son illusion , qui l'empêchoit d'appercevoir que les pattes, et quel- ques places sur le corps d'un reptile incombustible à ses yeux, étoient à de- mi-gri liées. La liqueur que la douleur occa- sionnée par le feu, excite la salaman- dre à jeter au-dehors , est blanchâtre ; elle découle par une multitude de petits irons ou de pores , la plupart visibles à l'oeil, comme de petits points noirs, dont la peau est criblée ; l'humidité que ce suintement laiteux procnre à la peau est suffisante pour éteindre quel- ques petits charbons enflammés , de la même manière qu'un linge mouillé les éteindroit ; mais elle se tarit bientôt et se dessèche sur un brasier , et l'ani- mal , aussi bien que tout autre, fniit j)ar y brûler. Il est probable que les nombreux DES SALAMANDRES. 201 mamelons dont la peau de la salamandre est garnie , sont les réservoirs où cette liqueur s'amasse et s'élabore j l'animal peut la répandre à volonté , et c'est toujours lorsqu'il est vivement affecté ; en pressant son corps, on la fait couler îivec assez d'abondance ; il a la faculté de la faire jaillir lui-même à une assez grande distance , et c'est le seul moyen de défense qu'il ait à opposer aux atta- ques de ses ennemis. Mais cette défense est foible et peu redoutable , au moins à l'égard de l'homme et de presque tous les ani- maux ; quoique l'humeur laiteuse qui découle des pores de la peau de la sala- mandre ait une odeur forte et péné- trante ; quoiqu'elle soit même d'une grande âcreté , ce n'est pas ^ il s'en faut bien , un poison mortel, ainsi qu'on le croyoit dans l'antiquité; et cette opi- nion étoit tellement accréditée, que les loix romaines prononçoient contre ce- lui qui auroit fait manger à un autr« Reptiles. II. 18 202 HISTOIRE NATURELLE quelques parties d'une salamandre , la peine dont elles frappoient les si- caires et les empoisonneurs : cependant l'homme n'éprouve aucun mal ni de la liqueur , ni de la chair même de ce rep- tile ; et l'on en a la preuve dans l'his- toire que les éphëmërides des curieux de la nature rapportent , d'une femme qui , voulant se défaire de son mari, lui fit manger une salamandre sans qu'il en souffrît la plus légère incommodité. Les expériences de Maupertuis prou- vent aussi que ce reptile n'est pas plus funeste à presque tous, les animaux , soit qu'on leur en fasse avaler les tron- çons à l'instant qu'on les sépare de l'animal vivant, soit qu'on leur donne des alimens détrempés dans la liqueur dont son corps se couvre , soit enfin qu'on en introduise dans leurs veines. Je ne pense pas néanmoins que l'on soit jamais tenté de se servir des sala- mandres comme aliment; et une pareille nourriture , malgré les expériences que. DES SALAMANDRES. 2o3 l'on en a faites , ne pourroit être sans quelque danger.En effet, l'iiumeur dont le corps de ces animaux est imprégné , a trop d'âcreté pour être avalé impu- nément ; si l'on en met seulement une goutte sur la langue , elle occasionne une très-légère douleur à la vérité , mais l'éiDiderme ne laisse pas d'en être offensé ; et , selon Martial , elle a la propriété de faire tomber les cheveux. Il paroît que les salamandres de l'Inde, dont parle Fouclié d'Obsonville , dans ses Essais philosophiques sur les mœurs de divers animaux étrangers , soit d'une nature différente des nôtres ; caFil assure que leur chair est agréable au goût, qu'on la fait cuire avec des épices , et que les consommés que l'on en tire font d'excellens restaurans. Mais il va tout lieu de présumer que ces pré- tendues salamandres sont plutôt des es- pèces de lézards. J'ai dit que tous les animaux , à peu d'exception près , n'avoient rien à 20i HISTOIRE NATURELLE craindre de la salamandre , et cette res- triction est devenue nécessaire , depuis que M. Laurenti a éprouvé que l'im- meur laiteuse de ce reptile donne la mort aux lézards : ce naturaliste fit inordre une salamandre par deux petits lézards gris ; elle employoit les plus grands efforts pour s'enfuir et éviter les morsures de ces petits animaux ; mais ne pouvant s'y soustraire , elle lança sa liqueur dans la bouche de ses ennemis : l'un mourut à l'instant même ; le se- cond fut attaqué deux minutes après de convulsions qui le firent périr : un autre lézardjdontM.Laurenti enduisit la bou- che avec la même liqueur, tomba éga- lement en convulsions, puis en paraly- sie d'un côté entier du corps ; symptô- mes qui furent bientôt suivis de la mort. JL'd morsure des salamandres terres- tres passoit aussi pour être extrême- ment dangereuse ; mais cette morsure est. une chimère, aussi bien que le vc- ïiin que l'on y croyoit attaché : le DES S AL AMAN Dî^ ES. 2o5 naturel doux et timide de ces animaux leur ôte toute volonté de se servir de leurs dents pour se défendre; l'on a beau les irriter , ils ne clierclient jamais à mordre -, et en supposant que l'envie leur en prît , ils ne le pourroient pas. En effet, quoique leurs mâchoires soient découpées par une rangée de petites dents aiguës , ces dents sont si l'oibles qu'elles sont hors d'état de pénétrer dans la chair d'aucun animal ; elles se dérangèrent plutôt que d'entamer la cuisse d'un poulet déplumé, que Mau- pertuis plaça de force dans la bouche d'une salamandre et qu'il essaya vaine- ment de faire mordre en serrant les mâchoires du reptile ; il en appliqua aussi les dents sur les lèvres et la lan- gue d'un chien , sur la langue d'un coq d'inde, et l'observateur ne vit point de symptôme qui pût faire soupçonner la présence d'aucune sorte de venin. La salamandre terrestre est donc un ?inimal innocent ; doux, extrêmement 20G HISTOIRE NATURELLE craintif, dont l'amonr du merveilleux avoitfait mal-à-propos un être extraor- dinaire par des qualités qui sembloient tenir du prodige, et par l'efiProi qu'elle inspiroit : ses sensations sont obtuses, parce que les organes dont elles éma- nent sont imparfaits. Quoique ses yeux soient assez gros , la salamandre voit mal ; aussi sa marche est-elle traînan- te , et elle se met rarement en mouA^e- ment. On ne voit point au-deliors d'o- reilles apparentes -, l'on remarque seu- lement de chaque côté , derrière les yeux , un groupe de petits trous sem- blables à des piqûres d'épingles , qui, suivant toute probabilité , tiennent lieu des organes extérieurs de l'ouïe ; et à bien prendre , ces organes ne sont que des rudimens informes, très-peu ]>ro- pres à recevoir les sons. En écartant les mâchoires et ouvrant la bouche de la salamandre, si l'on ôtela peau et les muscles adjaccns , on ne trouve aucun vestige du tympan j cette partie du DES SALAMANDRES. 207 crâne est épaisse, et c'est-là (jii'est ca- ché l'organe acoustique, recouvert en dessus et en dessous par une petite la- me ; au-dessous est un vestibule assez ample, et au-dessus paroissent les ca- naux demi-circulaires. Les ouvertures des narines sont très-petites, et annon- cent que cet animal est aussi mal par- tagé par l'odorat que par la faculté d'ouïr. Une peau nue, tantôt sèclie, tantôt enduite d'une humeur épaisse et visqueuse , des pattes de crapaud , les doigts mousses , dénués d'ongles pré- servateurs et presque sans mouvement, sont des moyens bien foibles de ressen- tir les impressions des corps étrangers, et rendent l'organe du toucher aussi obtus que les autres : enfin , l^i sala- mandre , presque sourde, voyant fort mal , peu susceptible de recevoir des sensations du dehors, est encore muette, ou peu s'en faut. C'est dans les lieux frais et humides qu'elle fixe le séjour de son existence 208 HISTOIRE NATURELLE triste et peu active : on la trouve dans les caves oi!i règne l'iiumiditë, dans les masures , les décombres et sous les las de pierres amassées depuis long- temps , au milieu des champs. J'ai ha- bité pendant plusieurs années une cam- pagne , dont la maison placée au fond d'un vallon étroit étoit bâtie près des bords de la Saône , vers la source de cette rivière ; je n'ai vu nulle part plus de salamandres terrestres ; elles se tenoient dans les lieux que je viens d'indiquer, mais jamais elles ne se rendoient dans l'eau de la Saône , ni de quelques mar- res environnantes pour y déposer leur progéniture. Mes propres observations sur ce sujet s'accordent parfaitement avec celles de mon savant ami La- treille, qui a publié tout récemment tme excellente Histoire naturelle des Salamandres , et je ne puis mieux faire que de rapporter ici ce qu'il a écrit sur riiabiUide que l'on asLippoijée ù la sala- DES SALAMANDRES. 209 mandre terres Ire , de produire dans les eaux. « Les jeunes salamandres terrestres ont-elles des branchies ? Voilà une ques- tion que je mets encore au rang des pro- blêmes, ou que je ne vois pas du moins entièrement résolue. )) DesNaturalistesduplusgrand poids ont avancé qu'elles en avoient , que les mères se rendoient à l'eau pour y don- ner naissance à leurs foetus. Je me sou- mettrois docilement à une telle asser- tion, si je savois qu'elle ftit établie sur un fait bien observé , et non sur une in- duction tirée de l'analogie. )) J'ai étudié les salamandres dans un pays où la terrestre est très-commune. Je n'en ai jamais rencontré soit d'adul- tes , soit en état de larve, dans l'eau ou sur ses bords. Elles vivent dans des lieux frais et humides , mais souvent à xine distance considérable des eaux sta- gnantes. Elles habitent fréquemment des masures dans l'intérieur des villes, 210 HISTOIRE NATURELLE souvent même en familles assez nom- breuses. Or , se rendre à un marais , à un fossé , pour y clioisir le berceau de sa postérité , me semble être pour elles , dans cette circonstance, un parti néces- saire, et sujet à des difficultés insurmon- tables. J'éprouve, je l'avoue , une gi^an- de répugnance à croire la possibilité d'une telle émigration. Nous avons vu que la fécondation des œufs et la durée de la ponte se faisant par intervalles as- sez distans les uns des autres, prolon- gent la durée des amours des salaman- dres. Les mâles devront donc accom- pagner les femelles dans leur voyage ; et n'est-ce pas une autre difficulté ? Ce sera sans doute aussi à la faveur des ténèbres qu'ils exécuteront leur marche péril- leuse; caria salamandre terrestre craint la lumière du jour. Observez encore que sa queue, conformée d'une autre ma- nière que celle des Salaniandres aquati- ques, lui refusera ses services lorsqu'il sera question de nager. Mais quelles que DES SALAMANDRES. 211 soient ces réflexions, je me soumettrai avec la confiance la plus entière , dès qu'un Naturaliste éclairé me dira : « J ai )) vu la salamandre terrestre déposer ses » œufs on ses fœtus dans le sein des )) eaux. C'est un fait, et non une induc- )) tion qui en a pris les formes et les cou- j) leurs » . )) Si les jeunes salamandres terrestres ont des brancliies , je verrai ici une pré- voyance de plus de l'Auteur de la Natu- re ; il aura étendu sa sagesse conserva- trice à tous les cas , à celui particuliè- rement où l'objet de sa tendre sollicitude viendroit à rencontrer une quantité d'eau suffisante pour menacer ses jours. Des branchies lui seroient , dans son naufrage, une planclie salutaire quil'ai- deroit à se sauver ( i ) )) . (i) Histoire naturelle des Salamandres de France , précédée cPuu tableau métho- dique des autres reptiles indigènes , par Vn. A. Latreille , pag. 19 et suiv. 1212 HISTOIRE NATURELLE Quant à la manière dont la sala- mandre terrestre se reproduit , les ob- servateurs ne sont pas d'accord sur ce point. Maupertuis trouva tout-à-îa- fois des oeufs et des jjetits formes dans le ventre d'une femelle. Un Natura- liste publia en 1788, dans le Journal de Normandie , des observations qui confirment celles de Maupertuis. Après avoir ouvert une salamandre femelle , l'observateur enleva le rectum , qui est très-gros dans cette espèce de reptiles , et il découvrit deux grappes d'oeufs d'un blanc jaunâtre, gros comme des grains de coriandre , et les deux côtés transparens d'une double matrice , rem- plis de petits tous vivansj il y enavoit sept dans le côté droit et huit dans le côté gauclie ; ils y étoient roulés chacun dans une enveloppe : à mesure que ces petits étoient tirés de leur envelo])pe , ils restoientalongés , sans mouvement, pendant une seconde ; mais au bout de ee temps ils devenoient aussi vifs que DES SALAMANDRES. 2i3 de petits poissons , et sautoient avec beaucoup d'agilité : ces foetus ont alors seize lignes de long et sont d'un gris pointillé de noir ; leurs quatre pattes sont détacliées et bien formées ; et leur queue est garnie de nageoires perpendiculaires dessus et dessous , comme la nageoire du têtard de la gre- nouille , quand elle a quitté sa cou- leur noire. I.e célèbre émule du Pljne delà France, a rapporté dans son His- toire naturelle des Quadrupèdes ovi- pares , des observations analogues à celles-ci , et qui lui avoient été adres- sées par nn bénédictin j les foetus, sui- vant ce dernier observateur , indépen- damment d'une suite d'oeufs arrangés en grappes , étoient renfermés et plies en double dans plusieurs sacs oupoclies remplis de sanie ; il y en avoit sept ou liuit dans chacune de ces poches ; ils n'avoient point de pieds ; leur forme approchoit beaucoup de celle de petits poissons , et ils étoient pourvus de Reptiles. !!• ig •^î4 HISTOIRE NATURELLE brancliies ; leurs yeux etoient vifs et saillans , et ils portoient deux sortes de nageoires assez longues, du côté de la tête , dont la grosseur n'avoit point de proportion avec celle du corps ; ces pe- tites salamandres , mises dans Teau, nageoient fort bien et paroissoient être dans l'élément qui leur convenoit. D'autres pi-étendcnt avoir trouvé dans le corps de la salamandre femelle une cinquantaine de petits , ressemblant à leurs parens, àlagraudeur près. C'est à ces observations contradictoires, et qui paroisscnt en appeler d'autres pour fixer le degré de coufiance que chacune d'elles mérite , que se réduisent nos connoissances sur, la re23roduction des salamandres terrestres ; et je n'ai placé ici ces différentes remai'ques, qu'afiii d'engager à les répéter, et de nieltre sur la voieponr déterminer ce qu'elles contiennent de vrai , de faux ou d'exa- géré. Mais de quelque manière que se DES SALAMANDRES. 21 5 fasse ]a reprodiiciion de la salama\idre , c'est un animal lies-fécond. Pendant les froids de nos hivers , la salamandre terrestre s'engourdit dans lus crevasses des vieux murs, dans les trous d'arbres creux , et même dans les ouvertures de la terre ; la douce in- liuence du printemps la tire de cet état de torpeur, et lui fait ressentir le pen- chant à sa reproduction , besoin im- périeux , loi générale de la nature , qui , dans les êtres les plus froids , répand un feu subit qui les étonne et les dé- vore, et dont la triste et comme dis- graciée salrariandre ressent toute l'ac- tivité. Lorsqu'elle est en repos, elle se replie souvent en spirale sur elle- même , à la manière des serj^ens -, elle ne sort ordinairement de son trou que dans les temps pluvieux , parce que la fraîcheur lui est agréable , ou peut-être nécessaire , et que d'ailleurs (.^lie trouve plus facilement alors les insectes et les vers dont elle compose sa subsistance. gs '^l() HISTOIRE NATURELLE Elle peut supporter long-temps la priva lion de toute nourriture : si on la pion dans l'eau, elle s'efforce d'élever au- dessus de la surface ses narines pour respirer ; quoiqu'elle ne recherche pas elle-même les eaux , mais seulement , comme je l'ai dit plus haut , la fraî- clieur et l'humidité : on la conserve pendant plus de six mois dans de l'eau de puits sans aucune nourriture , et avec la seule attention de changer assez souvent l'eau du vase dans lequel on la mise. C'est , du reste , un p.nimal dur et vivace : il est difficile de le tuer j mais si on place une salamandre sur un petit monceau de sel , on la verra tourner , s'agiter et mourir enfin après avoir roulé iontsoncorpsenspirale. Laniême chose arrive, dit-on, si on la trempe dans du vinaigre. On trouve la salamandre terrestre , iion-sculcmcnt en France, mais encore DES SALAMAï^DRES. 217 dans plusieurs autres contrées de l'Eu- rope. Elle a quatre doigts sëpare's aux pat- tes de devant : les deux du milieu sont les plus longs, et celui qui représente le pouce n'est qu'un rudiment de doigt ; les pieds postérieurs en ont cinq égale- ment séparés et de grandeur différente. Tous ces doigts sont dépourvus d'on- gles , ainsi que je l'ai déjà remarqué. La queue est petite, presque cylindri- que , mais un peu comprimée sur les côtés vers sa base , et toute couverte d'anneaux. Un noir sombre et livide , tiqueté de jaune , couvre le dessus du corps ; deux larges bandes jaunes qui partent des côtés de la tête, et dont la figure varie sur differens individus, s'é- tendent parallèlement jusqu'à la nais- sance de la queue; mais elles sont très- rarement d'une seule pièce , et la ojQVi- leur noire en interrompt le plus souvent la continuité : cette même couleur prend une teinte bleuâtre sur le ventre 21 8 HISTOIRE NATURELLE qui , de même que les avitres parties du reptile, est varié de taches jaunes plus pâles sur les parties inférieures. La Salamandre noire , Salamaii" dra atra. Celle-ci est entièrement noire , sans aucune taclie jaune ni d'autre couleur : elle est du double plus petite que la sa- lamandre commune , et ses pieds et ses doigts sont applatis et moins charnus. Sur le derrière de la tête sont de petites élévations oblongues et applaties. Le cou est beaucoup plus étroit que la tête, au lieu qu'il est à-peu-près de la même grosseur dans l'espèce précédente ; en- fin l'on voit une sorte de verrue , en forme de nombril, sur chacune des côtes. Les Autrichiens appellent cette sala- mandre lattermandl , et on la trouve dans les cavernes et les ouvertures des montagnes d'Etscher ; où l'on ne ren- DES SALAMANDRES. 21 9 contre jamais la salamandre terrestre ordinaire. Cette partie tilari té, ainsi que les difFéreuces de formes ; plus décisives que celles des couleurs , ont engagé Laurentî à donner la salamandre de cet article , comme une espèce dis- tincte. Cette opinion m'a paru trop bien fondée, pour ne pas la préférer à celle de Gmelin et de Lacépède , qui n'ont vu dans la salamandre noire , qu'une variété de la salamandre terrestre. Latirenti a soumis cette espèce aux mêmes expériences que la précédente -, et il a reconnu qu'elle n'a voit pas plus de danger par sa morsure et la liqueur laiteuse qui découle aussi de son corps. Quant à la salamandre noire en des- sus , et jaune en dessous , dont parle Mathiole dans ses commentaires sur Dioscoride j je pense , avec Lacépède, que c'est u.ne simple variété de la sala- mandre terrestre. Il en est de même de la salamandre d'un brun livide , sans aucune tache , 220 KTSTOÏRE NATURELLE et c[ue Gesiier rencontra clans les Alpes. Lorsque ce naturaliste l'eut frappée , il sortit de la plaie la même liqueur lai- teuse dont le corps de la salamandre terrestre est imprègne'. L'on ne peut guère douter que cet animal ne soit qu'une variété individuelle , quoique Laurenti l'ait prise pour une espèce sé- parée. Le même auteur parle encore de deux autres salamandres , qu'il distin- gue en espèces différentes, et que Gme- lin ne présente que comme des varié- tés de la salamandre commune. Je me rangerois plus volontiers à l'avis de Laurenti , et je présnme que l'observa- tion le confirmera. La première est la salamandre blanche : elle est entière- ment blanche , et la queue est à-peu- près cylindrique. On l'a trouvée dans le Padonan. La seconde est la petite salamandre des environs de Vienne ,. dont la couleur est brune , et la quene un peu applatie sur les cotés. Elle vit DES SALAMANDRES. 221 dans les brovissailles des vallons humi- des et fangenx ; elle perce la vase de plusieurs trous, et elle s'y enfonce lors- qu'elle apperçoit quelque danger. L'on doit remarquer qu'il n'y a point d'au- tres salamandres dans Ja même contre'e; ce qui fait conjecturer , avec beaucoup de vraisemblance , que celle-ci est une espèce particulière , ou du moins une race constante. La Salamandre marbrée , Triton Gesnerû C'est une des espèces de salamandres aquatiques , que Lacépède a réunies sous la dénomination de salamandre à queue plate. Mais Latreille, après avoir apporté dans l'examen de ces animaux, dont l'âge et le sexe changent et les for- mes et les couleurs , l'attention scru- puleuse et l'esprit de discussion qui le distinguent et le rendent un natura- liste très-profond, a reconnu qu'il exis- 222 HISTOIRE NATURELLE toit entre les salamandres aquatiques des distinctions assez saillantes et assez tranchées pour ne plus les confondre les unes avec les autres. Mais avant d'entrer dans les détails qui concernent ces différentes espèces, il convient de dire quelque chose des salamandres aquatiques en général. Si l'on a prétendu faussement que la salamandre terrestre , fille de l'élé- ment le plus actif, ne pouvoit être con- sumée parles flammes, il est vrai que les salamandres d'eau résistent aux plus grands froids, et ne périssent ^^as même au milieu des glaces dans lesquelles ces reptiles se trouvent quelquefois pris et enfermés. Cette position pénible, capa- ble de donner la mort à presque tous les animaux, ne fait, pour l'ordinaire, qu'engourdir celui-ci ; et lorsque le so- leil du piintemps vient dissoudre leur prison , ils sortent de leur léthargie , seul effet qu'ils éprouvoient de l'excès du froid ; et pleins de vie et des feux DES SALAMANDRES. 223 intérieurs qui les portent vers leur pro- pre reproduction , ils semblent ne plus exister que pour donner la vie à une nombreuse postérité. Et que Ton ne croye pas que les sala- mandres si froides , et en même temps si insensibles à l'âpreté des frimats , soient des êtres indolens dans l'acte de leur propagation ; ils y apportent tout ce qui en fait les délices , ardeur et amour ; les caresses , doux assortimens à la chose , n'y sont point épargnées. Le mâle commence par poursuivre la femelle , et à la provoquer à des jouis- sances mystérieuses. CeLle-ci fidt d'a- bord , mais pour se laisser bientôt at- teindre : des feintes, des agaceries se succèdent • enfin la femelle se rend _, et l'union a lieu. Mais cette union n'est point intime -, il n'y a pas d'accouple- mefft. réel, ni même de contact immé- diat. Le mâle et la femelle s'approchent de manière que la partie inférieure de la tête du mâle touche la partie supé- 224 HISTOIRE NATURELLE rieure de la tête de la femelle ; leurs corps s'écartent l'un de l'autre j ils for- ment donc un angle aigu^ dont le som- met est au point de contact des deux tètes. Dans cette position , le mâle re- dresse et agite sa crête , ou , pour par- ler plus exactement , le bord membra- neux de son dos , attribut distinclif de son sexe , rapproche son museau de ce - lui de la femelle, comme pour lui don- ner des baisers amoureux ; sa queue , en mouvement continuel, se contourne en tout sens , et il la ramène de temps en temps vers les flancs de la femelle , dont il frappe légèrement les flancs. Ce sont -là les préludes de la volupté ; bientôt le mâle fait jaillir en abondance du cloaque commun à toutes ses déjec- tions, partie qui éprouve à l'extérieur, dans ces instans de crise amoureuse , un gonflement extraordinaire, llf li- queur fécondante , blanclie et épaisse qui , délayée dans l'eau , atteint les organes correspondans de la femelle. DES SALAMANDRES. 225 Toute J a fécondation consiste donc dans ce jet de liqueur lancé à une petite dis- tance et par intervalles • car le mâle , au bout de quelques instans de repos , re'jDète la même éjaculation. Cette union si tenace se prolonge pen- dant vingt jours, et quelquefois jus- qu'à trente -, sa durée est nécessaire pour la fécondation de tous les œufs que la salamandre femelle peut produire. Lorsque les œufs sont descendus près de l'ouverture par laquelle ils doivent sor- tir , les premiers jets de la liqueur sper- matique du mâle , fécondent les pre- miers œufs qu'ils rencontrent. La fe- melle dépose bientôt ces premiers œufs , au nombre de cinq ou six , d'autres les remplacent à l'extrémité de Voviductus, le mâle les féconde encore , et ainsi de suite ; jusqu'à ce que tous les œufs con- tenus dans les ovaires , aient été impré- gnés des principes de la vie. ' Dès que les œufs s'échappent du corps de la femelle j ils tombent au fond de Keptileti. II. 30 226 HISTOIRE NATURELLE l'eau. Pendant les premiers jours, lenr forme est celle de petites sphères alon- gées : ils prennent ensuite celle d'un rein ou d'un testicule de poulet; leur volu- me continue de s'augmenter : l'on re- marque en eux des mouvemens spon- tanés assez vifs , auxquels succèdent des instans de repos -, l'œuf prend les appa- rences d'une petite salamandre : on en découvre la queue, un rudiment de vertèbres et de bras , les ouïes dans les- quelles le sang circule, et deux petites oleVations , qui sont les yeux. En con- tinuant l'observation à l'aide d'une loupe, on distingue nettement ^|uc la salamandre naissante n'est pas envelop- pée immédiatement par la glaire, mais par un cercle transparent, qui est la circonférence de l'amnios^ rempli de li- queur dans laquelle nage le petit animal. Plus long que le diamètre de ce cercle , il s'y tient dans une position arquée ; mais lorsqu'il a pris tout l'accroisse- ment que la nature lui a fixé dans cet «ES SALAMANDRES. ^27 t'tat; il frappe vivement contre la mem- brane de l'amnios , parvient à la rompre, se dégage de toutes les entraves qui le re- tenoient captif, et se jette dans l'eau , où il nage avec vitesse. C'est ordinai- rement le onzième jour, à compter de la ponte , que la jeune salamandre sort de son enveloppe , et au bout de vingt- deux ou de vingt-quatre jours, qu'elle acquiert son entier développement. Spallanzani à qui l'on doit la con- noissance parfaite du mode de la fé- condation des salamandres, a fait plu- sieurs expériences pour féconder artifi- ciellement leurs œufs, que l'on peut re- garder en quelque sorte comnie des fœ- tus , puisqu'ils croissent et changent de forme , après avoir été déposés par la femelle. Ce célèbre observateur imagina d'abord d'ouvrir le ventre d'une sala- mandre femelle, de mettre à nu ToW- ductuSy et d'en arroser les œufs avec de la liqueur spermatique du mâle ; mais ce moyen ne réussit pas j tous les œufs 228 HISTOIRE NATURELLE arrosés de cette façon se gâtèrent : il ne réussit pas mieux en répandant de cette même liqueur sur des œufs, à l'instant où des femelles retenues isolées les met- toient bas. Spallanzani prêt à abandon- ner la fécondation artificielle des ani- maux de ce genre , fit réflexion que dans la fécondation naturelle , la li- queur spermatique du mâle n'est point lancée immédiatement , et ne s'intro- duit dans les parties sexuelles de la fe- melle qu'après s'être mêlée avec de l'eau : en imitant la nature, il obtint le succès qu'il desiroit. Au temps des amours, l'on fait sortir aisément des œufs, en pressant légèrement le ventre des sala- mandres femelles. Spallanzani en eut vingt-sept par ce moyen : il les plon- gea dans l'eau après y avoir mêlé une petite quantité de liqueur spermatique d'un mâle ; et de ces vingt-sept œufs , il naquit dix salamandres. Uu Naturaliste français, M. Dufay , a publié des observations non moin« DES SALAMANDRES. 22g importantes; sur l'organisation des sala- mandres aquatiques : il a montré que ces reptiles avoient des ouïes ou branchies, dans leur première jeunesse; ces ouïes sont recouvertes par tm opercule , au- dessous duquel naît une houppe fran- gée en forme de panache. Latreille a crû reconnoitre que ce panache est conx- posé de trois à quatre liges inégales, et garnies , sur deux rangs , d'appendices membraneuses et laciniées. Il vient une époque où ces organes devenus inutiles par le développement et l'accroissement des sacs pulmonaires, ne reçoivent plus de nourriture, disparoissent avec la mue , et s'oblitèrent. C'est sur les salamandres aquatiques, que Spallanzani a découvert , et que Bonnet a vérifié l'admirable propriété de la régénération des membres coupés, propriété plus réelle et en même temps plus merveilleuse , que la prétendue fa- culté de vivre dans le feu , attribuée pendant des siècles à la salamandre 25o HTSTOIllE NATURELLE terrestre. Il est inutile de prêter à la nature les écarts de notre imagination ; ses oeuvres sont toutes des prodiges ; ses opérations une suite non intei-rompue de miracles, et c'est l'outrager, que de lui attribuer les rêveries et les petites vues émanées de la sphère étroite de nos idées. Il scroit trop long de rapporter les belles expériences que Bonnet a recueil- lies dans des mémoires très-intéressans , au sujet de la reproduction des membres des salamandres aquatiques, et si d'un côté l'on admire la patiente et ingé- nieuse sagacité du physicien, combien , de l'autre, n'est-on pas émerveillé des ressources incommensurables de la na- ture ! Il résulte de ces expériences , dont on ne peut contester la vérité, que les pattes et les pieds des salamandres , re- tranchés de quelque manière que ce soit, sont réparés sous le même nombre de parties ou d'organes, particulière- ment aux jeunes animaux ; et dans la DÈS SALAMANDRES. 'j^l saison des amours, au bout de trois mois; que cette régénération ne consiste d'a- bord qu'en un mamelon conique , qui s'alonge et se divise ensuite , jusqu'à ce qu'enfin toutes les parties qui rempla- cent les anciennes, se soient complète- ment développées ; que la queue se re- produit par le moyen d'une peau qui s'épaissit et se fortifie peu à peu ; qu'en- fin les yeux même arrachés, se renouvel- lent au bout d'un an. Les salamandres aquatiques chan- gent très-souvent de peau , sur-tout pendant les chaleurs de l'été. Bonnet a vu une salamandre de médiocre graiî- deur, qui a mué onze fois depuis le i4 juillet jusqu'au 7 de septembre. La dépouille que ces animaux rejettent, est blanchâtre, extrêmement fine et trans- parente ] à la loupe , elle paroît un très- joli tissu à réseaux , et semblable à de la gaze. Onreconnoît que la salamandre est prête à muer par une teinte blan- châtre qui se répand sur son dos, comme 252 HISTOIRE NATURELLE s'il étoit recouvert d'une toile d'ai-ai- gnée. A l'ëpoque de la mue , cette peau fine commence à se détacher du corps ; la tête se dépouille la première -, quel- quefois la peau que rejette la tête ^ for- me autour du cou de l'animal une sorte de collier ou de cravatte qui paroît être de gaze ; d'autres fois elle s'ajuste sur sa tête comme tme coiffe ou un capuchon. L'entier dépouillement ne s'achève qu'au bout d'un jour ou deux^ et même qu'après trois jours ; l'animal ne patoît point en souffrir j et il ne laisse ^as d'aller et de venir au fond de l'eau, de se jeter sur sa proie , et de la dévorer. Quelquefois cependant ce change- ment de peau devient dilhcile : dans ce cas , l'animal a recours à divers moyen» pour hâter l'opération. Bonnet a obser- vé qu'il élève et abaisse alternative- m&nt, et avec vitesse , le bras droit et le bras gauche ■> la jambe droite et la j a m 1)6 gauche ; qu'il se donne de légers trémousscmens de tout le corps j qu© DES SALAMANDRES. ^33 souvent il s'c lance d'un mouvement brusque vers la surface de l'eau , pour se précipiter au fond un moment après ; qu'enfin il répète ces mêmes manoeu- vres et ces mêmes tressaillemens d'impa- tience pendant plus d'une demi-heure. Lorsque la dépouille est rejetée en très-grande partie , et que pour ache- ver de s'en débarrasser, la salamandre s'élève avec vitesse vers la surface de l'eau , elle semble nager au milieu d'un petit nuage que n'imite pas mal ^ pur sa blancheur, sa finesse et sa demi- transparence , la dépouille qui l'enve- loppe et flotte autour d'elle. M. Dufay a vu que la mue n'é toit point toujours sans accident pour la salaman- dre aquatique ; il leur reste quelquefois à l'extrémité d'une patte un lambeau de la dépouille dont elle ne peut se dé- faire. Ce fragment de Fancienue peau se corrompt , et fait tomber la patte en putréfaction-, mais cette privation d'un des membres principaux,neparoitpas 234 HISTOIRE NATURFLI.E afFeclei- beaucoup la salamandre, et elle n'a pas l'air de s'en porter plus mal. Quoique l'on ait distingué les sala- mandres en terrestres et en aquati- ques , ces dernières n'ont pas un tel besoin d'eau qu'elles ne puissent en sor- tir sans inconvénient : ce sont de vrais amphibies , qui vivent également dans l'eau et sur la terre, mais néanmoins plus habituellement dans l'eau : elles ont , comme les salamandres terrestres , la faculté de faire jaillir des pores dont leur peau est criblée, une liqueur acre et laiteuse , dont les propriétés sont les mêmes; elles ont aussi le même excès de vitalité qui leur fait suppoi'ter de fort longs jeunes , et de cruelles muti- lations qui ne semblent pas les fairs beaucoup souffrir. Bonnet venoit de couper les deux pieds antérieurs d'une salamandre ; il sortit un filet de sang, plus gros qu'une soie de cochon, et qui jaillit près de deux minutes sans inter- ruption : non-seulement le reptile ue DES SALAMANDRES. 2^5 parut point ajttbibli par l'opération ni par la perte de son sang , mais à peine un quart-d'heure fut-il écoulé, qu'il avala coup sur coup deux vers de terre. Les salamandres aquatiques ont beau- coup de voracité , mais elles ne s'atta- chent qu'aux proies vivantes ; elles dé- daignent les cadavres : les insectes com- posent le fond de leur subsistance, elles aiment particidièrement les vers de terre : quoique leurs màclioires soient garnies d'un grand nombre de petites dents, elles ne paroissent pas mâcher, et elles ne font qu'avaler ; il est très- vraisemblable néanmoins que cette quantité de dents , à la vérité très foi- bles , ne leur sont pas absolument inu- tiles , sur-tout pour retenir la proie qui fait effort pour s'échapper; mais leurs ^ieds antérieurs, sortes de mains assez bien articulées et flexibles, ne leur servent pas pour saisir les insectes ouïes vers, les porter à la bouche ou 25S HISTOIRE NATURELLE les retenir ; les salamandres n'en l'ont usage que pour nager. Ces reptiles ne poursuivent pas leur proie ; ils ne la saisissent que quand ils l'ont rencontrée dans leur chemin , ou qu'ils en sont fort près ; leurs yeux se fixent d'abord sur elle , et bientôt ils se jettent dessus la bouche ouverte : dès qu'ils l'ont saisie , ils la laissent rare- ment échapper : en avalant un ver un peu gros _, ils sont deux ou trois mi- nutes avant d'en venir à bout ; on les voit se donner, de petites secousses de tout le corps, et prolonger ces efforts de déglutition pendant deux ou trois minutes. « Un jour, dit Bonnet , qu'une 3) grande salamandre venoit d'avaler , 3) en ma présence , un gros ver de terre , 3) je lui en servis un second de j^lus de 5) quatre pouces de longueur et gros à 3) proportion : elle le saisit aussi-tôt et 3) l'avala presqu'en entier , en sorte qu'il » n'en restoithors'de sa bouche qu'une » portion d'environ une ou deux lignes ; DES SALAMANDRES. 25; » mais quelques instans après , elle )) rejeta le ver en entier par un mou- )) veulent subit : cela fut répété deux » fois y et chaque fois le ver ressor- )) tit bien vivant du corps de la sa- i) lamandre )). Après ces généralités au sujet des salamandres aquatiques, je reviens à l'espèce qui fait Tobjet particulier de cet article : la longueur ordinaire de son corps est de cinq pouces et demi -, il est en dessus d'un vert plus ou moins foncé ou d'un cendré bleuâtre , avec des taches sur la tête , sur le dos , et des marbrures sur les côtés , d'un brun rougeâtre -, le dessous du corps est d'un rouge obscur , pointillé de blanc ; la queue est tachetée de noir en dessus , et de brun noirâtre en dessous •, une bande d'un blanc luisant s'étend sur les côtés j le mâle porte de la tête au bout de la queue une membrane en forma de crête dentelée; qui manque à la fe- nielle ; celle-ci se distingue encore par Reptiles. II. al 238 HISTOIRE NATURELLE la teinte plus livide et moins pointillëe de sa gorge , une ligne orangée qui règne le long du dos , et la couleur blanchâtre du dessous de sa queue. Les organes de la vénération du mâle consistent, suivant les observations de Xiatreille , en deux pièces creusées en cuilleron , contigues à un des bouts et «'écartant ensuite , renfermant une pièce charnue , plate , presque trian- gulaire et percée à son extrémité. Une fente longitudinale, dont les deux lè- vres renflées ont plusieurs rangs de tu^ bercules : tel est l'appareil qui carac- térise le sexe de la femelle. { Histoire naturelle des Salamandres de France. ) L'on trouve communément cette espèce de salamandre dans le midi de la France; on la rencontre aussi, mais plus rarement , aux environs de Paris : elle s'éloigne de l'eau assez fi é- quemment , et se traîne avec peine et hauteur dans les endroits battus; l'Iiu- mcui" laiteuse qui découle de sa pca« DES SALAMANDRES. :239 ïui fait contracter une humeur assez fétide. La Salamandre à crête. GROSSBi Salamandre noire de DufaY [Mémoires de V Académie des Sciences), Quoique d'autres espèces de sala- mandres aient le dos hérissé d'une crête membraneuse comme déchiquetée , celle-ci , ou pour parler plus exacte- ment , le mâle de celle-ci a cet attribut plus saillant que le mâle des autres es- pèces à crête j en sorte que la dénomi- nation de salamandre à crête paroît devoir lui appartenir plus spécialement : d'un autre côté , cette dénomination a été employée récemment par Ltitreille et par Schneider, naturaliste allemand, qui a donné, comme le premier, une excellente histoire des salamandres ; et la continuelle versatilité des noms est xuides obstacles les plus rebutans qus 24o HISTOIRE NATUP..ELLE l'on rencontre dans l'étude de la science de ]a Nature. La peau de cette salamandre est noi- re ; sur ses flancs sont de très - petits points blancs ; tout le dessous du corps est d'un jaune orangé, avec des taches arrondies, noires et nombreuses', une bande argentée parcourt toute la lon- gueur de la queue en dessous : la crête membraneuse du mâle a deux lignes de largeur ; elle s'étend depuis le mi- lieu de la tête , entre les deux yeux , jusqu'à l'extrémité de la queue; son bord est dentelé comme celui d'une scie , à l'exception de la partie qui cou- vre la queue , et qui est plus étroite et rarement dentelée. Jacobasus , professeur de l'Univer- sité de Copenliague , a publié la des- cription anatomique de cette espèce de Salamandre , et voici ce qu'il a observé : Le péritoine est marqueté de petits points noirâtres ; il s'étend jusqu'à la région des pieds de devtint , et sert à DES SALAMANDRES. 24l séparer iion-senlemeiitle cliapliragme , mais encore le cœur , les poumons et les viscères de l'abdomen. L'œsophage , comme dans les gre- nouilles , s'avance beaucoup au-delà dn gosier , environne le palais et s'é- tend dans tonte la circonférence de la mâchoire inférieure. L'estomac n'est point incliné du côté gauche comme dans les autres ani- maux -, mais il descend en droite ligne depuis l'œsophage. La rate est oblongue et noirâtre. Le foie , qui est rouge et d'une gros- seur considérable, est divisé en quatre lobes j il s'élejid sur l'estomac et sur une partie des intestins , et il couvre le poumon droit. La vésicule du fiel est d'un bleu pâle. Deux petits sacs clairs^ transparens et propres à recevoir l'air , composent Ves poumons; ces sacs s'étendent le long du conduit alimentaire, depuis le com- 242 HISTOIRE N\TURELUÎ îiiencement de l'oesophage jusqu'aux ovaires. Le coeur est blaiicliâtre et tacheté de petits points noirs , comme dans le crapaud. Aux reins , qui sont obiongs , sont attachés de petits sacs remplis d'une matière huileuse. L'ovaire est double , de même que clans le lézard commun, la gi^enonille et le serpent : le fœtus paroît comme une substance blanche , marquée dans le milieu de petits points noirâtres. Les trompes de fallope s'élèvent, en serpentant, jusqu'à la région des pieds de devant, et se joignent par l'une et l'autre extrémité. Les mâles ont quatre grands testi- Gules; les uns exactement ronds , leâ autres en forme de poire : à ces quatre testicules sont attachés plusieurs autres testicules plus petits , qui sont peut- être les épididymes. Daus la sala- Hiandre , comme dans la grenouille, les Tonv . JL- ^a^ . 2,^3 D&reve^ tùZ, tToïirdoTV Jculo ■ i.La Salauiandre des anarais . 2 . X a S . a c cixL tAU"" e . 3 . La S . p oiaitillee . 4- • La S. palmipéd-o • DES s ALAM INDRES, 24^ testicules ont de petits sacs aclhcrcir, , pleins d'une matière liuileiisc et pareils à ceux des reins. Du reste , la salamandre à crête a quatre à cinq pouces de longueur ; elle est fort commune dans plusieurs parties de l'Europe , et particulièrement en France et en Allemagne. La Salamandre des marais , Lcicerta palusUls, LiN-' Le nom que l'on a donne' à cette es- pèce indique les lieux oii elle se tioiive ; c-est dans les eaux stagnantes de plu- sieurs conti^ées de l'Europe qu'elle fait sa demeure liabituelle. Sa longueur n'excèds guère trois pouces : elle est en dessus d'un brun foncé , et en dessous d\in blanc jau- nâtre, qui prend une teinte orangée à la gorge , et sous les pattes et la queue ; de petits points blanchâtres sont semés sur les flancs , où Ton remarque aussï 244 HISTOIRE NATUIIELLE iiiie ligne noire qui s'étend de chaque côté depuis le cou jusques vers i'extré- mité de la queue ; et nombreux traits noirâtres sillonnent la gorge. Le mâle de cette espèce n'a point de crête y on remarque seulement une petite élévation membraneuse qui com- ïîience au milieu du dos , et augmente insensiblement de hauteur sur la queue ; le dos de la femelle est un peu dépri- mé , et a de chaque côté luie espèce d'arête. Le sexe et l'âge apportent de nom- bre nses disparités dans les couleurs des dilTérens individ us de cette espèce ; en sorte que l'on seroit souvent tenté de prendre ces variétés pour des sujets d'espèces différentes. Mais Laurenti décrit une salaman- dre de la Martinique , qu'il regarde comme une variété de notre salaman- dre des marais , produite par la diffé- rence des climats. Les connoissaiices ac- quises à son sujet sont iiisLifîisaates pour DES SALAMANDRES. 245 dccidcr si elle n'est pas une espèce dis- tincte. Quoiqu'il eu soit , cette sala- mandre des marais d'Amérique a trois lois plus de grosseur que celle d'Eu- rope , et ses flancs sont parsemés de points noirs , distribués sans aucun or- dre. Laiirenti a vu une dépouille de cette salamandre dans le cabinet d'his- toire naturelle à Turin. La Salamandre à ceinture^ Triton Salamand, iAJurfhani, IjAUR. Le trait le plus saillant de la robe de cette salaniandrcest une bande de points alternativement blancs et noirs ;, qui s'étendant d'un bout à l'autre sur cha- cun des côtés du corps ^ forme une es- pèce de ceinture. Le dessus de la tête et le dos sont d'un vert noirâtre , avee quelques marbrures d'une teinte plus foncée ; celle des flancs est moins som- bre ; la gorge et le ventre sont jaunes , aussi bien ^ue les lèvres et les pieds , 246 HISTOIRE NATURELLE mais ces dernières parties sont pointil- lées de noir. La queue porte aussi des points de la même couleur ', mais ils sont , pour l'ordinaire , disposés sur deux lignes. Mon savant ami Latreille a observé que le mâle de cette espèce n'a pour crête qu'nn feuillet très-court ^ entre- coupé de noir et de jaune -, que les cô- tés de la queue sont divisés par une bande longitudinale d'un blanc luisant, mais peu prononcé , et qoe les organes sexuels ont des taches noires. La femelle a l'arête du dos,comnie le bord supérieur de la queue , d'un jaune très-foible. La longueur ordinaire de cette sala- mandre est d'environ trois pouces : c'est une espèce commune en France , en Allemagne, et dans d'autres pays de l'Europe. DES SALAMANDRES. 24/ La Salamandre pointillée, Triton Parisinus, Laurenti. > Son corps est brun ou plutôt jaunâ- tre , et tout couvert de taclies noires ; la tête est rayée de lignes, qui prenant naissance au cou, se réunissent au-des- sus des narines ; la tranche inrérieuro de la queue porte une bande blancliâ- tre sur un fond d'un rouge vif. Toute la longueur du dos est mar- quée à son milieu, par une arête qui s'élève assez sur le dos du mâle pour y former une crête distincte , qui s'étend aussi sur la queue. Cette crête a des ta- ches et des dentelures. L'on trouve communément cette sa- lamandre dans les eaux croupissante» ^ l'Europe. 248 HISTOIRE NATURELLE La Salamandre paliiîipède, JLcicerta aquatlca» LilN. M. de Razoumowsky adccritle pre« mier cette espèce de salamandre dans son Histoire naturelle du Jorat ; il l'a appelée salamandre suisse ; mais com- me elle se trouve en plusieurs antres pays que la Suisse , qu'elle est très-com- mune dans les contrées méridionales de la France , et qu'on la rencontre même , mais assez rarement , aux environs de Paris , j'ai mieux aimé lui conserver la dénomination caractéristique de pal- mipède que Latieille lui a donnée dans son beau Mémoire sur l'iiistoiie natu- relle des salamandres de France. Une conformation particulière au mâle de cette espèce , est d'avoir les cinq doigts des pieds de derrière unis par une mem- brane noirâtre , comme les doigts des autres animaux à pieds palmés. Mais il paroît que celte membiane ; qui est DES s ALAMAiVD RES. 249 évasée en angle aigu entre chaque doigt ne dure pas autant que l'animal Ini- niême , et qu'elle s'oblitère avec l'âge ; et c'est sans doute cette dernière cir- constance qui a fait omettre à M. Lin- nceus le caractère des pieds palmés dans sa description du lézard aquati- que , laquelle a tant de rapports à celle de la salamandre palmipède , que l'on ne peut douter que toutes deux ne s'appliquent au même reptile. Du reste , la salamandre palmipède ressemble beaucoup à la salamandre pointillée ; mais elle est constamment plus petite, n'aj^ant ordinairement que deux pouces et demi de longueur. Lue raie noire, commençant de chaque cùté de la tête an bout du museau , passe pur les yeux, et se termine au cou; les yeux sont vifs et leur iris est doré la cou- leur de la partie supérieure du corps et des flancs est un vert d'olive brun, avec des taches plus foncées en dessus , et «ne bande d'un blanc jaunâtre , parsen Reptiles. II. 23 25o HISTOIRE NATURELLE me de taches noires , et de petites pns- tu] es blanches sur les côtés du corps , de la poitrine et du cou. Le dessous du corps est blanchâtre , avec une bande jaunâtre au milieu du ventre , et quel- ques petites taches noires et clair-se- mëes. La queue plate et comprimée verticalement est blanche sur ses bords , et jaunâtre dans son milieu : il y a de chaque côté un rang de taches noires suj" la partie jaunâtre. Indépendamment de la membrane qui joint les doigts des pattes postérieu- res du mâle, il a encore d'autres attri- buts distinctifs de son sexe. Le bord supérieur de sa queue est légèrement arqué ; cette partie se termine brus- quement en un petit filet cylindrique , saillant d'environ trois lignes hors de la partie plate de la queue. La l'orme de son corps est anguleuse , son dos est applati , et deux lignes élevées et sail- huites , prenant leur origine h l'extré- mité du museaU; passent au-dessus des DES SALAMANDRES. 25l yeux, et se prolongent des deux côtés div dos jusqu'à la naissance de la queue. M. de RazoLimowsky dit qu'il a com- mencé à voir assez fréquemment la sa- lamandre palmipède , aussi bien que la salamandre à crête , qu'il nomme la salamandre aquatique , vers le milieu de mars , au pays de Vaud , dans le bas- sin de la fontaine de Veruens , où sans doute leurs oeufs avoient été entraînés par l'eau courante ; ce qui, ajoute ce Naturaliste , contredit ce qu'avance M. de Lacépède au sujet de la sala)nan- dre aquatique ( c'est la salamandre à queue plate de Lacépède ) , qu'on ne la rencontre presque jamais dans les eaux courantes. Latreille a observé des ouïes ou bran- cliies aux jeunes salamandres de cette espèce, et il a trouvé leur estomac rem- pli de petits buccins. 252 HISTOIRE NATURELLE La Salamandre à points blancs , Lacerta punctata. Lin. Deux lignes de points blancs, qui se réunissent en une seule sur la queue , s'étendent le long du dos de cette sala- mandre , dont la couleur générale est un brun sombre ; sa queue est C3'lin- drique et de moyenne grosseur ) et ses pieds de devant n'ont que quatre doigts. Catcsby a décrit cette espèce; que l'on trouve à la Caroline. La Salamandre à quatre raies , Laceria quadrllineata. Lin. L'on tK>uve encore dans l'Amérique septentrionale, une espèce de salaman- dre , dont le corps est rayé sur sa lon- gueur de quatre lignes jaunes : elle a la queue longue et cylindrique ; quatre doigts aux pieds de devant, et quelque apparence d'ongles à tous les doigts. Tom.U. ^a^ ■ ^à3 De^ftfe. cieZ- tJourdan Jcu^ . X .La Salaxnaxiàre des IMoirts Allegaaiis a .l).... Après tout , je n'ai jamais vu )) de créature dont j'aie plus désiré de )) connoître la véritable nature ». Depuis l'époque où cotte lettre a été écrite , M. Linn^eus a classé la sirène à la suite des amphibies nageurs ( amplii- hia nantes ) , et en a fait un nouvel ordre sous la dénomination d^amp/iibia meantes ; ordre qui n'est composé que d'un seul genre ; et ce genre, que d'une seule espèce. L'on est à -peu-près cer- tain à présent , que les sirènes ne chan- gent point de forme , et que , par con- séquent , ce ne sont point des larves de lézards ni d'aucun autre animal. Ces observations nouvelles confirment pleinement le sentiment de M. Lin- ïiaeus, et détruit l'opinion de Camper, qui avoit fait un poisson de la sirène ; et celle de Gmelin , qui , dans sa nouvelle édition duS5'tême deLinuseus, a plac© Reptiles. IL ?à 262 HISTOIRE NATURELLE ce reptile au rang des murènes, sous la désignation de murœna siren. La forme de son corps approche assez de celle de l'anguille ou du serpent : une membrane adipeuse sans rayons, et semblable à celle de l'anguille , s'étend le long de la queue \ la tête a aussi quel- cjue ressemblance avec celle de ce pois- son , mais elle est plus comprimée. Les yeux sont petits, peu apparens, et dans la même position que ceux de l'an- guille. L'a bouche est petite, à propor- tion du corps , et le palais , de même que le dedans de la mâchoire inférieure, est garni de plusieurs rangs de petites dents aiguës. La peau noirâtre est com- me chagrinée , et couverte de petites écailles de forme et de grandeur diffé- rentes sur les diverses parties du corps où elles sont appliquées- deux lignesdis- tinctes, formées de petits traits blancs, s'étendent sur les côtés du corps depuis les pieds jusqu'à la queue. Les pieds Tl E LA S I E. È N E. 2^5 sont placés en avant, et divises en qua- tre. doigts munis d'ongles. lies parties intérieures de la sirène ont été observées par Cuvier , savant anatomiste : il a vu i°. que la langue est osseuse , et porte, comme celle des poissons , de chaque côté, quatre osse- lets demi-circulaires , pour soutenir les branchies ouïes ouïes qui sont bien ap- parentes au-deliors ; a°. qu'au milieu de cette langue de poisson est un vrai la- rynx de reptile, qui descend dans des poumons très-longs , et semblables à ceux des salamandres ; 3'^. que le reste des intestins ressemble aussi beaucoup à ceux des reptiles ; 4°. qu'enfin cet animal est presque le seul qui soit vrai- ment amphibie , puisqu'il a en même temps les organes propres à respirer l'eau , et ceux propres à respirer l'air. On le trouve à la Caroline , dans les lieux marécageux , sur les bords des ipares , et sous les troncs des vieux ar- bres qui sont inclinés au-dessus de Z6i AVERTISSEMENT, l'eau. Les naturels de la Caroline l'ap- pellent mud-iguana. Sa longueur or- dinaire est de trente à quarante pouces. AVERTISSEMENT. Nous terminons ce second volume par la description de quelques espèces de lézards, notamment le sheltopusik du cit. Lacépède, omis par inadvertan- ce ; et par un tableau métliodique de tous les reptiles que nous avons fait con- ïioître. L'illustre naturaliste que je viens de citer ayant donné un tableau sem- blable pour tousles reptiles dont il a fait une mention spéciale , nous avons cru devoirsuivre son exemple. Cela est d'au- tant plus nécessaire , que la description des espèces n'étant pas précédée d'une phrase spécifique, de ce signalement qui vous peint, en peu de mots, les traits les plus essentiels de l'objet, il faiidroit «mployer beaucoup de tenijis pour ar-» AVERTISSEMENT. 2-65 VT ver à la connoissance d'une espèce qne ion clierciieroit à déterminer. On aime d'ailleurs à voir d'un coup d'œil l'en- semble d\ui travail j ou le juge plus ai- sément, et on le grave mieux dans la mémoire. Nous donnerons à la fin de l'histoire des serpens qui forment noire seconde division , un second tableau relatif a cette partie. Si tous les reptiles dont nous avons parlé nous avoient passe sous les yeux. ; si nous avions pu bien examiner et comparer avec beaucoup d'attention les espèces , sur-tout celles qui se rapproclien,t les unes avec les au- tres , nous aurions pu espérer d'offrir aux Naturalistes de bons caiactères spécifiques. Mais^nous ne cesserons de le répéter j. nous n'avons étudié ici qu'un très-pe ti t nombre d'obj e ts. Nous n'avon s va que trop souvent par les yeux des autres : et qu'est-ce que méditer la na- îui'e dans des livides ? J'a^vois îieurense- nieat un avantage inappréciable : celui û6G HISTOIRE NATURELLE de jouir des travaux du cit. Lacépède* C'est un nom qui se retrouve à chaque page dans cette histoire , et encore pins dans mon souvenir. Le Lézard Tête-rouge, Lacerta erytrocejjliala. Ce lézard a un pied un pouce onze li- gnes , et quelquefois trois fois plus de longueur totale. La queue en fait un peu plus de la moitié : il est d'un vert très-foncé , mêlé de brun , avec une por- tion du dessus de la tête , les côtés et ceux du cou rouges. La gorge est blan- che et la poitrine noire. Le dos a plu- sieurs raies noires transversales et on- dées. Les côtés du corps ont une bande longitudinale , formée aussi de plusieurs lignes noires transversales Le ventre est rubané de noir , de bleu et de blan- châtre. Le dessus de la tête a ses écail- les plus grandes que celles du dos. h^s, DE L'IGUANE CORNU. aï)/ cuisses ont une ligne de tubercules , de même que plusieurs espèces de lézards* Le lézard tête-rouge se trouve à l'île de Saint-Christophe, où il avoit été ob- servé par Badier. L'Iguane cornu , Iguana cornutcu On retrouve dans ce reptile , que le cit. Lacépède nomme le lézard cornu , la grandeur , les proportions du corps , celles des pattes et de la queue, la forme des écailles et la crête dorsale de Tigua- ne vulgaire. Sa tête est conformée de même que la sienne ; on y voit jusqu'aux tubercules gros, élevés etpojutus qu'elle a sur les côtés. Les dents offrent aussi plusieurs petites pointes. Mais l'iguane cornu a le goitre plus petit que l'au- tre espèce , et dépourvu de crête. On re- marque en outre, sur le dessus de sa tête , entre les narines et les yeux , qua- tre tubercules d'une consistance dure, et derrière lesquels s'élève une corne 2^8 • HISTOIRE NATURELLE osseuse, conique, revêtue d'une écaiile? cl'une seule pièce. L'individu qui fait partie de la collection du Muséum d'His- toire naturelle de Paris, a trois pieds , sept pouces de longueur, depuis la tête jusqu'au bout de la queue. La corne est haute de six lignes. On dit que cet iguane est foi't com- mun à Saint-Domingue. Le Slellion Quetz-yialeo , Stelllo Qiieiz -paléo» Le nom spécifique de ce lézard est celui q ui 1 ui a é té don né par les h ab i ta n s d u Bré- sil. Ce reptile a environ un pied et demi de longueur totale. Le corps est gris en dessus et blanciiâtre en dessous. Sa tète- est applatie par-dessus, comprimée sur îes côtés, d'une forme approcliant de la- triangulaire, et couverte de petites écail. îes. Chaque mâclioire a plus de trente dents, qui diminuent de grandeiu' en approchant du museau. Les écailles du DU STELLTON, &C. 269 3os et du dessus desj ambes sout encore plus peliLos que celles de !a tête, et font paroître la peau chagrinée. La petitesse de ses écailles v«înpérieures distingue ce steliion du cordvle , avec lequel il a des rapports par la conformation de sa queue, qui est d'un brun très-foncé, et revêtue d'écaillés très-grandes,carinées, très-pointues , disposées par verticilles larges et fort distinctes.. Celles du ven- tre et du dessous des pattes postérieu- res sont un peu plus grandes , mais bien moins que dans le cordyle , où elles for- ment , suivant le cit. Lacépède, des demi-anneaux. Sur la s nrface extérieure des jambes de derrière , sur une par- tie de celles de devant, et le long des reins, sont répandus difFérens tubercu- les inéiaux, et dont quelqnes-uns très* durs. Les cuisses en ont plus de quinze percés à leur extrémité en dessous. T'^oyez la figure de ce reptile dans Séba, vol. 1 ,pl. 97, fig. 4 j c'estic cordyle du Brésil de Laurent! S/f' HISTOIRE NATURELLE Nous observerons ici , à l'égard cTn genre stellion , c[ue parmi les caractères que nous lui avons assignés, il en est un qui doit être modifié ; celui qui est près du défaut de petites plaques sous le ventre , ou d'écaillés plus grandes que les autres. Quelques espèces, ayant d'ailleurs le port et le faciès des repti- les de ce genre, s'en éloignent un peu cependant, et se rapprochent des lézards par les écailles du ventre. Il faudroit peut- être les séparer. XiC cordyle seroit notamment dans ce cas. Nous avons terminé l'histoire des sauriens par des observations sur les lézards bipède et apode de Linnée, ob- servations qui nous avoientété commu- niquées par le cit. Daudin , el qui nous avoient engagés à regarder le genre sliel- lopusik du cit. Lacépède ( L. Apus Lin. éd. Gmel. ), comme établi sur des caractères douteux. Les organes sexuels DU SHELTOPUSIK. 2/1 du mâle, saillans dans de certaines cir- constances , ponvoient très-bien avoir été pris pour de véritables pattes, et le sheltopusik ne seroit qu'un anguis place hors de rang. Mais Pallas ayant examiné ce reptile avec attention , ayant dit que ses pieds , dont on est tenté de mettre eit problème l'existence ou la nature , sont couverts d'écaillés , qu'ils ont deux esr pèces de doigts , nous pensons anjour- u liui qu'il seroit déraisonnable de conir- battre de telles observations avec des 3 aisonnemens et des probabilités , et qu' ilfaut conserver le genre sbeltopusik. il succédera immédiatement à celui de bipède. SHELTOPUSiK , Sheltopusik^ Caractères génériques. Point de pattes de devant , deiix po^téiieuies très-petites ; corps fort alongè. Les habitans du désert de Naryn, près du Volga , ont appelé sheltcpunih 2/2 HISTOIRE NATURELLE le reptile qni fait le sujet de ce genre. Le cit. Lace'pède lui aj^aut conservé cette de'nomination , quoique vicieuse , par- ce qu'elie est déjà appliquée à un autre reptile, et qu'elle est un peu barbare, nous l'adopterons aussi pour ne pas brouiller sans cesse les noms. M. Pallas a déciit avec beaucoup do détails , dans les nouveaux Mémoires de l'Académie des sciences de Pétersbourff (1774 ), le sheltopusik, auquel je donne le nom trivial de didactyle. Ce saurien se rapproche du bipède cannelé par le défaut de deux pattes ; mais dans celui- ci , ce sont les postérieures qui man- quent, et dans celui-là ce sont celles de devant. Le coips est également fort alongé, semblable à celui d'un serpent, couvert par-tout d'écaillés imbriquées, im peu festonnées , et dont les inférieu- res ne })aroissent pas plus grandes. La^ tête est grande, plus épaisse que le corps^ couverte en dessus de grandes écaiiles, *vec les paupières mobiles et des ou- DU SHELTOPUSIK. 273 vertares pour les oreilles. Le museau est obtus ; les narines sont bien ouver- tes ; les mâchoires sont arme'es de peti- tes dents , et les bords ont des ëcailles nn peu pi us grandes que celles qui les a voisinent. On voit près de l'anus deux petits pieds, défendus par quatre eGailles , et dont le bout se divise en deux doigts aigus. Le Sbeltopusik didaclyle , Sheltojjusih didactylus* I>e corps a depuis le bout du musean jusqu'à l'anus, un pied six pouces de longueur, et la queue a deux pieds qua- tre pouces. Sa couleur est d un jaune pâle , assez uniforme. Il a , de chaque côté , une espèce de ride ou de sillon longitudinal. Ce reptile habite plus particulière- ment les vallées ombragées et où l'herbe est abondante. Il va à la cjiasse despe- Reptiles. II. ok SX74 HISTOIRE NATURELLE tits lézards, du gris sur-tout. Il se caclie parmi les arbrisseaux , et s'enfuit dès qu'on s'approche de lui. L'éditeur du Système de la nature de liinnée , Gmelin , appelle cette espèce , lacerta apus. La Grenonille écailleuse, Rana squarnosa» Nous devons la connoissance de ce sin- gulier quadrupède ovipare à M. Wall- baum. Il l'a placé parmi les grenouilles; mais j'avoue que jusqu'à ce que je l'aie examiné de mes propres yeux , ou jus- qu'à ce qu'il ait été observé avec une très-grande attention, j'aurai toujours quelques doutes dans mon esprit sur le placement naturel de ce reptile ou sur ses caractères. Quoi qu'il en soit , la grenouille écailleuse est en- viron de la grandeur de la grenouille commune ; elle a deux pouces neuf li- DE LA GRENOUILLE, &C. QyS gnes de longueur depuis le bout du mu- seau jusqu'à l'anus ; sa couleur est grise> marbrée et tachetée en divers endroits, de brun et de marron foncé. Les taclies forment par places , particulièrement sur le dos, des lignes en zigzag. La peau est plissée sur les côtés et sous la gorge ; mais un caractère bien singulier , et qui a fait donner à ce reptile le nom spéci- fique qu'il porte , est la présence d'une suite nombreuse de très-petites écailles à demi-transparentes , ayant chacune un sillon longitudinal , imbriquées et disposées sur quatre rangs , formant , par leur réunion , une bande qui part des reins, et gagnant le dessus des épau- les , entoure par- devant le dos du rep- tile. Ces pièces ne sont pas des tu- bercules j mais de véritables écailles. M. Wallbaum en a vu aussi sur la patte gauche de derrière. L'animal étoit altéré , et il présume que les autres pat- tes en avoient aussi. Les pieds de de°. ^jS HISTOIRE NATURELLE , &c. vant avoient quatre doigts à demi-rëa- nis par une membrane , et les pieds de derrière cinq , entièrement palmés. On ignore quel est le lieu natal dç c© reptile. TABLEAU METHODIQUE DES REPTILES. ■ ■ -■ — .1 — ■ I ■- ,- ■■■■ là^ prï:mière division. QUADUUPÈBES OVIPARES. Corps pouvvLL de pattes. PREMIÈRE SECTION. Doigts des ptitles oiigtiiculés. PREMIER GENRE. TORTUE. Corps revêtu d'une ou de deux pièces eu forme de bouclier. PREMIÈRE F A M I L 1, E. LES TORTUES DE MER. Pieds eu relevées dans leur mi- lieu ; les autres très-unies et lisses au centre. 11. La Tortue des Indes. Carapace relevée antérieui'ement , avec lui gros tubercule sur chacune des trois écailles du devant du disque. Rem. Je faisobserver queSchœpflPne décrit cette espèce que d'après une £,« DES REPTILES. sSi gnre, et qu'il pourroit fort bien y avoir erreur dans les caractères. 12. La Tortue vermillon. Carapace à écailles variées de diffi>*- rentes couleurs; une protubérance d'un rouge vermillon ; mélangé de jaunâtre sur la tête. 13. La Tortue Matamata. Tête toujours saillante,avec plusieurs {ippendices inégaux , et prolongée en trompe; carapace ovale , à écailles; cel- les du disque beaucoup plus grandes , avec une arête longitudinale , et des ri- des rayonnées ; queue nue et sans dé- fense à son extrémité. i4. La Tortue Scorpion. Tètea3rant sur le front nne pean cal- leuse et trilobée ; carapace à écailles , dont celles du disque ayant une arête ; une pointe dure et osseuse au bout de la queue. 2b'2 TABLEAU METHODIQUE i5. La Tortue a petites raies. Corps et carapace marqués de petites raies jaunes-, écailles brunes, très-unies; treize sur le disque , dont les latérales carrées , et les dorsales hexagones , vingt-quatre à vingt- cinq à la circou- lérence; plastron d'un jaune uniforme, à charnière ; queue très-courte. 16. La Tortue jaune. Corps et carapace verts très-pointil- lés de jaune; treize lames au disque j vingt-cinq à la circonférence-, queue de la longueur de la moitié de la carapace. Plastron terminé postérieurement par une ligne droite. 17. La Tortue ronde. Carapace ronde, à écailles unies , par- semées de petites taches rousses; treize écailles au disque ;, vingt-trois à la cir- conférence ; museau terminé en pointe forte et aiguë; queue très-courte. 18. La Tortue ponctuée. Carapace ovale, lisse, noirâtre, mou- DES UEPTILES» 283 chelée de jaune; treize écailles au dis- que , vingt-ciuq à la circonférence; plastron panaché de noir, de brun et de jaunâtre ; son bord antérieur de ni- veau avec celui de la couverture supé- rieure. Voyez l'article de la Tortue ronde, de même que pour laTortue mouchetée de Schneider. 19. La Tortue eoue.j3eu?e. Carapace noire , à écailles striées dans leur contour , et pointillées au centre ; treize au disque, dont les dorsales rele- vées en crête ; vingt-cinq à la circonfé- rence ; queue de la longueur de la moitié de la carapace ; plastron terminé posté- rieurement par une ligne droite. 20. La Tortue a trois carènes. Corps noirâtre -, côtés delà tête et des- sous des mâchoires taclietés de blanc j carapace ovale, à trois carènes longitu- dinales; écailles striées dans leur con- tour,iuégales et à points élevés dans leur 284 TABLEAU METHODIQUE centre; treize au disque, vingt-trois à la circonférence. iii. La Tortue rotjssatrf.. Carapace ronde, d'un roux marron ; écailles minces , très-unies au centre ; treize au discjue , vingt-quatre à la cir- conférence. 22. La Tortue odorante. Tête brune , avec des lignes jaunes j menton ayant des tubercules jaunes, en forme de barbillons -, carapace d'un brun noir , à écailles très-lisses , excepté cel- les du dos , qui sont carinées ; treize au ilisque , presque hexagones ; vingt-trois à la circonférence , dont les postérieures beaucoup plus grandes. Voyez la Tortue rougeâtre. 23. La Tortue réticulaire. Corps mélangé de brun , de noir et de jaunâtre; caparace peu convexe, plus large à sa partie postérieure, légèrement raboteuse , d'un brun rayé en divers sens de petites lignes jaunes, treize la- t DES REPTILES. 285 mes au disque , vingt-cinq environ à la circonférence; plastron sans cliarnière, ou sans articulations. 24. La Tortue courte-queue. Carapace presque ronde, à écailles dures, comme recouvertes de callosités^ larges , striées à leur bord , pointilîées au centre; son bord antérieur écliancï"é ) queue très-courte. Rem. Scliœpff donne à cette espèce la dénomination àe prisonnier e.JuB. cara- pace est, suivant lui, ovale , fortement et éiïalement convexe , d'un bai fonce avec des taches et des lignes jaunes ; ses écailles sont très-striées; celles du dos ont une arête ; le disque en a treize , et la circonférence vingt-cinq; le plastron est à cîiarnières. 25. La Tortue terrap^î^e. Rem. Le cit. Lacépède n'a pas vu cette espèce, et les caractères qu'on lui assigne sont trop vagnes pour la distin- i^uer. K-eptllee. lU ^5 £86 TÂSLEAU MÉTHODIQUE La terrapine de Scliœpif a la carapa- ce oblongiie , applatie , à écailles (l'un brun cendré, très-striées-, le disque en a treize , dont les antérieures du dos ca- rinées; la circonférence vingt-cinç[. 26. La Tortue rougeatre. Corps brun ; côtés de la tête et mi- lieu de ceux de la carapacs jaunâtres ; carapace ovale, à écailles lisses j treize sur le disque, rangée du milieu ayant celles de devant triangulaires, les autres irrégulières. Plastron à charnière. Rem. Nous décrivons à son article, et d'après Scliœpff , une tortue voisine de celle-ci ; maisqui en diffère en ce que les lames dudos ont une petite arête, et que le plastron n'a pas de mou vemcntpropre. Nous présumons que cette tortue doit être rapportée à l'espèce que nous noni- mons odorante. ' - r- y. 27. La Tortue a boîte. Carapace très-b.ombëe j disque de c^uatorze écailles» DES REPTILES. 287 28. La TOKTUE PEINTE. Carapace obloiigue , très-lisse et peu convexe-, écailles d'un brun noirâtre, sé- pare'espar deslignesjaunes ; treize lames an disque, beaucoup plus grandes, et s;ms taches ; vingt-cinq à la circonfé- rence , ayant des lignes noirâtres en- tremêlées de jaune. 29. La TOETUE CEJ^DEÉE. Carapace ovale, applatie, avec une arètc sur le dos , jaunâtre ainsi que les sutures ; quinze écailles au disque , vingt-quatre à, la circonférence. 3o. La Tortue a lignes concen tri- ques. Carapace ovale , éch ancrée en devant^ sinuée postérieurement; treize lames verdâtres, marquées de trois à quatre lignes, irrégulières dans leur contour ; lames dorsales , relevées fortement en carène longitudinale ; vingt-cinq à la circonférence. Plastron d'un jaune sale ^ échancré aux deux bouts , presqu'ausss 288 TABLEAU MÉTHODIQUE long que la carapace ; queue courte. Voyez la Tortue courte-queue. 3i. La Tortue raboteuse. Corps blancliâtre , marbré de lignes noires ; museau prominent ; carapace orbiculaire, large , à écailles du dos re- levées en carène, les autres lisses j queue courte. 32. La Tortue écrite. Carapace très-applatie^ronde,avec des lignes brunes, formant des marbrures ou des caractères d'écriture ; écaille du milieu du dos ayant une arête ; vingt- quatre écailles, ayant chacune en des- sous une tache brune à la circonié- rence. Voyez l'article précédent. Cette cs- ^- pèce a beaucoup de rapports avec la tor- tue vermillon , nom spécifique qu'il faut substituer à celui de marbrée j tom. 1 , pag. 1 5 1 . ^"5, La Tortue a casque. Deux espèces de cirrhes à la mâchoire DES REPTILES. 28g inférieure ; carapace ovale ; treize la- mes , àUxin cendré livide , pointillé de noir, striées légèrement dans leur con- tour, et ayant des points élevés, alon- gés au centre , sur le disque j celles du milieu du dos en carène ; vingt-quatre écailles à la circonférence , lisses , avec les bords blancs et les sutures noires. 34. La Tortue a verrues. Carapace ovale , à écailles inégales ; celles de la circonférence au nombre de vingt-cinq , séparées les unes des autres par des écliancrures ou des sinus qui font paroître le contom- crénelé; plas- tron échancré et crénelé postérienre- ment. 55. La Tortue carrelée. Carapace oblongue, plus étroite en devant; à écailles élevées , presque car- rées, sillonnées dans leur contour, pla- nes et d'un brun fauve au centre ; dis- que composé de treize lames , et circon- férence de vingt-ciuq , doïit la deraiièrc 290 TABLEAU METHODIQUE Qii la pUis près de la queue très-large et jaunâtre *, plastron jaunâtre , strié , ecliancré à son extrémité postérieure. 36. La Tortue dentelée. Carapace ayant un peu la forme d^^ll cœur; écailles hexagones, d'un blanc sale, relevées par des points saillans ; celles des bords dentelées. 37. La Tortue serpentine. Carapace presque (lexible, à écailles chargées dérides inégaies et couvergei - tes] cinq écbuncrures ])rofondes an bo: d postérieur. Plastron étroit, disposé en forme de croix. 38. La Tortue chagrinée. Carapace ronde , cartilagineuse sur ses bords; disque paroissant détaché, osseux, parsemé d'un grand nombre de points, et divisé en vingt-trois pièces îiues et sans écailles; plastron cartilag I- DES REPTILES. 2^1 09. La Tortue molle. Carapace ovale , cartilagineuse, ex- cepté le milieu du disque, sans divisions et sans écailles; de faux doigts, et trois ongles à chaque pied j plastron cartila- gineux. 4o. La Tortue a rec. Carapace ronde, cartilagineuse; sans divisions et sans écailles , doscariné; des stries obliques, formées de points éle- vés ; plastron cartilagineux *, de faux doigts , et trois ongles à chaque pied. r>92 TABLEAU METHODIQUE I r GENRE. CROCODILE. Quatre pattes très-apparentes et de gran- deur relative ; corps couvert d'écaillés , dont les supérieures et les inférieures plus grandes, en forme de petites pla- ques ; langue courte ; pattes postérieures palmées. 1. Le Crocodile du Nil. Des dents saillantes à la mâchoire in- férieure, et point reçues dans les genci- ves de la supérieure ; tubercules peu nombreux sur le cou. Rapportez-y le crocodile noir comme variété. 2. Le Cayman. Toutes les dents de la mâchoire infé- rieure reçues dans les gencives de la su- périeure j tubercules du cou fort nom- breux. DES REPTILES. SgS Le cxocoàWe fouette-queue n'en est probablement qu'une variété. 3. Le Gavial. Museau étroit et fort alongé, en for- me de bec. III'' GENRE. LÉZARD. Quatre pattes très -apparentes et de gran- deur relative ; doigts libres , alongés et inégaux; corps couvert de petites écailles; celles du dessous du ventre disposées en petites plaques alignées ; langue longue, bifuvquée. 1. Le LÉZARD DRAGONE. Corps couvert d'écaillés dures, osseu- ses , avec une arête , des tubercules en forme de crête sur le dos et sur la q^ieue^ qui est comprimée. 2. Le LÉZARD TUPINAMBIS. Corps d'un brun noirâtre , avec un très-grand nombre de petites taches^ 294 TABLEAU MÉTHODIQUE dont pliisieurs disposées en raies et en petits yeux ; museau fascié de blanc et de noir. Pattes mouclietées; écailles pe- tites; queue comprimée. Ilern. Le tupinambis d'Afrique , dé- crit par le cit. Lacépède , me paroît djjTérer spécifiquement du tupinambis d'Amérique, Ses taches forment des bandes nombreuses, transverses et très- distinctes ; la queue a sur-tout beau- coup de fascies ; les écailles sont entou- rées d'un cercle de petits grains ; le des- sous du ventre offre même des caractè- res différens. 3. Le LÉZARD AMEIVA. Vert ou grisâtre , nuancé •, écailles fort petites : celles du cou ne formant point une espèce de collier. 4. Le Lf.zaud galonné. Bleu; huit à neuf baudes blanches et longitudinales sur le dos ; queue longue çt maibrce. DES REPTILES. 295 5- Le LÉZARD téguixin. Bleuâtre, avec des bandes d'un gria sombre, et plusieurs points blancs, ova-^ les et cpars ; cou ayant des taches plus foncées; queue fort longue» 6. Le LÉZARD GRIS» Cendré brun, tacheté de noir; une espèce de collier formé par des écailles plus grandes. 7. Le Lézard vert. Vert , avec des marbrures noires , avec des points blancs , souvent même on forme d'veux dans d'autres ; une es- pèce de collier formé par des écailles plus grandes. llem. Cette espèce offre un grand nombre de variétés. 8. Le LÉZARD TILIGUr.RTA. Vert parsemé de taches noires , ou brun ; queue verticillée et une fois plus longue que le corps ; écailles abdomina- les , au nombre de quatre-vingt. ^9^ TABLEAU MÉTHODIQUE g. Le LÉZARD véloce. Cendré , avec cinq raies longitudina- les plus pâles , et des points bruns en dessus; côtés taclietés de noir et pointil- lés de bleuâtre; une espèce de collier formé par des écailles plus grandes. Hem. N'est-ce pas une des variétés du lézard vert qui se trouve en France ? 10. Le LÉZARD VERDELET. D'un vert clair en dessus, et d'un vert jaune en dessous ; queue très-longue. 11. Le LÉZARD TETE BLEUE. Corps fascié de jaunâtre , de brun et de bleu; tête bleue. 12. Le LÉZARD A QUEUE BLEUE. Brun avec cinq raies longitudinales et jaunâtres sur le dos; queue bleue» 13. Le LÉZARD A SIX RAIES. Six lignes blanches sur le dos ; queue longue et verti cillée. Fç^yez le Léz^d galoiiuéi DES REPTILES. 297 14. Le LÉZARD DU DÉSERT. Noir en dessus, blanc en dessous*; six lignes sui" le dos , un peu en zigzag , et des points entremêlés, blancs; queue verticille'e , de la longueur du corps. 15. Le LÉZARD REMBRUNI. Dos d'un bi;un pale ; les flancs plus foncés, avec une bande longitudinale grisâtre -, des petites taches ëparsesj écailles lisses. 16. Le LÉZARD A MUSEAU POINTU. D'un vert glauque en dessus, avec des bandes noires, nombreuses, trans- verses ; des taches en forme d'yeux-, un collier formé d'écaillés plus grandes; queue amincie brusquement en pointe. 17. Le LÉZARD EXANTHEME. Deux lignes noires près de chaque oeil ; des taches blanches arrondies sur le dessus du corps, et des bandes brunes sur le ventre; écailles parsemées de petit» grains ou inégales. Reptiles. II. aê' 2^S TABLEAU MÉTHODIQUE 18. Le LÉZARD TÊTE ROUGE. D'un vert foncé , mêlé de brun , avec la gorge blanche et la poitrine noire ; une portion de la tête et le cou sur le« côtés ^ rouges; dos rayé. I V° GENRE. IGUANE. t^uatre pattes très-apparentes , et de gran- deur relative; doigts libres , longs , iné- gaux , non opposés ; corps comprimé ; langue courte, entière ; une espèce de goitre dilatable sous la gorge. 1. L'Iguane vulgaire. Des écailles relevées en forme dô crête sous la gorge , sur la tête , et tout le long du dos j usqu'au bout de la queue. 2. L'Iguane cornu. Une élévation en forme de corne sur îa tête ; une crête sur le dos. S. L'Iguane basilic. Tête surmontée d'un capiiclion3 une DES REPTILES, '2iJ(J crête sur le dos , et dont plusieurs dea pointes sont réunies par une membrane* 4. L'Iguane galéote. Une crête composée d'écailleslancéo:- lées et piquantes sur la partie antérieur© du dos j tête plus large et épineuse postérieurement ; queue trois fois plus longue que le corps. 5. L'Iguane agame* Une crête épineuse sur le dos , et des écailles aussi épineuses et dirigées en av^ant ; queue mince^ un peu plus lon- gue que le corps. 6. L'Iguane umbre. Une callosité sur l'occiput ; nuqut> ■tin peu en crête ; trois stries sur le dos., 7. L'Iguane marbré. Goitre petit ^ avec un petit pli, légè-» rement denté en scie ; dos lisse j queuvî trois fois plus longue que le corps. 8. L'Iguane eourchu. Tête grosse , avec une saillie pointuo Soo TABLEAU MÉTHODIQUE derrière chat|ue œil ; un gros tubercule sur le bout du museau j une crête très- petite sur le dos. 9. L'Iguane sourcilleux. Tête courte , grosse , saillante en des- sus y couverte d'écaillés redressées ; sourcils fort saiîJans ; nuque et dos garnis d'une crête dentée. .10. L'ICrUANE A BANDES. D'un brun foncé en dessus, avec quatre bandes d'un bleu plus foible transversales ; queue trois fois plus Ion- gue que le corps. 11. L'Iguane RouGE-GORGE. Gris verdatre en dessus , mélangé , et ayant un rang de petites taches bru- nes le long du dos ; queue mince et arti- culée j doigts lobés. 12. L'Iguane larges doigts. Museau très -délié; membrane du goitre sans dentelures ; queue deux fois plus longue que le corps , comme divi- DES REPTILES. ^Olj sce en plusieurs portions , forme'es cha- cune de cinq anneaux ; l'avant-derriicre articulation de chaque doigt plus large que les autres. V GENRE, DRAGON. Quatre pattes très-apparentes et de gran-^ deur relative j doigts libres , alongés et inégaux ; langue courte ; deux espèces d'ailes, une de chaque côté du corps. 1. Le Dragon volant. Corps brun , parsemé de taches blan- ches, avec des teintes et des raies bleues j trois poches dilatables sous la gorge , dont celle du milieu plus longue. So2 TABLEAU ]\IETH01>IQUE y I' G E N R E. , CAMÉLÉON. Quatre pattes très -apparentes et de gvan« deur relative ; doigts réunis en deux pa- quets , opposés; langue vermjforrne, ter- minée par un tubercule spongieux ; yeux grands , recouverts , n'ayant qu'une pe- tite ouverture ; corps comprimé } queuo prenante. 1. Le Caméléon commun. Museau entier ; une saillie pyrauii- dale sur l'occiput. a. Le Caméléon fourchu. Museau avancé , avec deux proloa- gemens comprimés au bout ; dessus de la tête applati , avec le contour de la dépression dentelé. 3. Le Caméléon d'Afrique. Noir ; un boiiclier sur la tête , aveç^ une petite carène blanche.. DES REPTILES. 3o3 4. Le Caméléon kain. Côtés du corps blenâlrcs, avec dévissa lignes tirant sur le jaune. V I I^ GENRE. S T E L L I O N. Quatre pattes très-apparentes et de graîî;' deur relative ; doigts libres , inégaux , grêles et non opposés; corps applati » garni d'écaillés, celles du dessous du ven- tre de la grandeur des autres ou guère plus grandes ; langue courte et entière 5 queue grosse et hérissée de pointes. ï. I^e Stellion commun. Corps marbré; couvert de tubercnks et de picjuaus. 2. Le Stellion Cordyle. Ecailles du dessous du ventre dispo- sées en bandes ; celles des flancs ayant une arête, et celles de la queue formant des anneaux larges et festonnés ; et tc^- ïninées en poiiitcs longues. ^o4 TABLEAU MÉTHODIQUE 3. JL.e Stellion orbiculaire. Corps arrondi; sommet de la tête et dos garnis d'aspérités; queue mo3'^ennc. 4. Le Stellion plissé. Occiput ayant nne callosité, mie ver- rue près de chaque oreille , et d'autres sur les côtés du cou , dont le dessous est plissé ; queue à peine verticillée ^ une fois plus longue que le corps. 5. Le Stellion courte-queue. Ecailles du corps très-petites et rudes; queue de moitié plus courte que le corps, et dont les anneaux à écailles pointues redressées seulement en dessus ; une tache rayonnée sur le front , et des bandes sur la partie supérieure du corps. 6. Le Stellion hélioscope. Tète hérissée de callosités ; un pli sous la gorge; écailles de la queue im- briquées; corps moucheté. 7. Le Stellion hexagone. Ecailles du dessus du corps carinées DES REPTILES. 3o5 et piquantes ; queue hexagone une fois et demie plus longue que le corps. 8. Le Stellion azuré. D'un bleu d'azur en dessus ; queue courte , verticillée , et dont les écailles sont redressées et pointues. g. Le Stellion nègre. Ecailles du dessus du corps rLomboï- daleset d'un noir foncé ; une tache blan- che et large à chaque côté du cou. 10. Le Stellton goutteux. Bords de la mâchoire inférieure d'un jaune vif, rayé de noir -, un gros tuber- cule écailleux, rude, à chaque articula- tion des phalanges. 11. Le Stellion pelluma. Corps bigarré en dessus ; queue de longueur moyenne , verticillée j à écail- les rhomboïdales. Rem. Cette espèce est très-peu con- nue, comme tous les animaux qui sont dans Moliua. 3o6 TABLEAU MÉTHODIQUE 1 2. Le Stellion de l'Oural. D'un cendré roussâtre en dessus, aveo des rides petites et raboteuses; tête gros- se , arrondie , avec un pli sous la gorge y queue fasciée de noirâtre» i3. Le Stellion ondulé. Dessus du corps gris, ondulé de brun ;> à écailles ayant une carène piquante ; queue de longueur moyenne, à onze arêtes ou côtes. i4. Le Stellion sillonné. Dos strié ",_queue de longueur mo3'en- lie, avec deux arêtes en dessus. DES ÏIEPTILES. 3of V I I r GENRE, GECKO. Quatre pattes très-apparentes et de gran-* (leur relative ; doigts libres , presqu'é- gaux , dilatés latéralement , garnis en. dessous de lames imbriquées , et termi- nés par un ongle peu apparent ; point de paupières 5 langue courte et un peu échrancrée. î. Le Gecko glanduleux. Des tubercules glanduleux et alignés aux cuisses postérieures. !2. Le Gecko de Mauritanie. D'un grisâtre en dessus assez uni-* forme ; beaucoup de tubercules , dont quelques-uns groupés j queue courte, grosse et conique. 3. Le Gecko fouette -queues. Une crête sur le dos ; queue s'élargis» sant vers la pointe j peau légèrement chagrinée^ 5o8 TABLEAU MÉTHODIQUE Rem. N'est-ce pas plutôt une sala-- mandre ? 4. Le Gecko tête - plate. Corps hérissé d'aspérités , avec uue membrane frangée de chaque côté, près des flancs ; tête plate ; queue en forme de rame. 5. Le Gecko sputateur. D'un gris mélangé de brun en dessus; quatre bandes noires et transversales sur la tête et sur le dos ; queue annelée ; doigts terminés par une petite plaque écailleuse. 6. Le Gecko turc. Gris , parsemé irrégulièrement de points, de petites taches roussâtres et de verrues ; queue de longueur moyen- ne , un peu verticillée. 7. Le Gecko a queue turbinée. Blanchâtre, taclieté de brun, à ver- rues peti tes , égales et très-rapprochées j oreilles coucaves; queue turbinée , ou courte et conique. DES REPTILES. 009 8. Le Gecko a bande elanche. Jaunâtre , avec quelques verrues; une bande blanche et fourchue sur le dos ; queue mince , longue et fasciée. 9. Le Gecko a oreilles. Une crête demi-orbiculaire à chaque coin de la bouche ; doigts du milieu den- tés en scie. I X^ G E N R K S C I N Q U E, Quatre pattes apparentes et courtes, doigts libres; corps alongé , couvert par-tout d'écaillés égales, imbriquées et arrondies sur leurs bords ; cou de la largeur de la tête 5 langue courte , un peu échancrée. 1. Le SciMQUE COMMUN. D'un roux blanchâtre , comme ar- genté en dessus , avec des bandes brunes sur le dos -, mâchoire supérieure avan- çant au-delà de l'inférieure 5 queue courte et comprimée. Reptiles. II. ay 5io TABLEiVU MÉTHODIQUE 2. Le SriNQUE Maboyga. Mâclioirès de longueur égale ; queue courte. 5. Le SciNQUE DORÉ. D'un gris argenté , taclieté ; mâclioi- rès de longueur égale-, queue plus lon- gue cjue le corps. 4. Le SciNQTJE TlI.lGUGU. Noirâtre eu dessus , avec des grou- pes nombreux de points noirs; queue de longueur moyenne et conique 3 doigts bordés. 5. Le Sci>jQ,uE Algire. Brun en dessus , avec deux raies jau- nes de chaque côté-, queue ^erticillée, un peu plus longue que le corps. 6. Le SciNQUE A CIN(i RAIES. D'un brun noirâtre en dessus , avec cinq raies blanclies^ dont celle du mi- lieu fourchue près du cou; queue de longueur moyenne. DES REPTILES. 3ll 7. Le SciI\Q.UE ENSANGLANTÉ. Brun en dessus , avec plusieurs raies blanches sur la tête et sur le don; un pli sous le cou ; queue verticillée , cen- drée en dessus , rouge en dessous ; blan- châtre à l'extrémité. 8. Le SciNQUE OCELLÉ. Gris verdàtre en dessus , avec de pe- tites taches brunes , cerclées de blanc ; queue courte et mince. q. Le SciNQUE interponctué. Deux lignes jaunes sur le dos , avec des points noirs parsemés dans l'inter- valle ; plusieurs rangées longi tvidinales de points bruns sur les côtés ; queue mince, longue et ponctuée. 10. Le SciNQUE HAÏIBAT. Une rangée de verrues sur les bras ; queue longue et à écailles imbri- quées. Kern, Cette espèce n'est presque pas connue. OI2 TABLEAU METÎIODÎQÎJE 11. Le SciNQUE SÉPIFORME. Verdâtre obscur; dos plat; des points calleux sur les jambes postérieures , derrière les cuisses ; queue courte. X^ GENRE. C H A L C ï D E. Quatre pattes à peine apparentes, très- courtes, foibles , ayant dans quelques- uns moins de cinq doigts ; corps fort alongé , presque cylindrique, rampant ; langue courte , échancrée. 1. Le Chalcide seps. D'un gris livide en-dessus, avec deux raiesd'une teinte plusclaire, et bordées de noir sur le dos ; écailles ne formant point d'anneaux; trois doigts à chaque pied ; queue courte. 2. Le CriALCIDE JAUNATRE. Ecailles disposées en rangées circu- laires ; trois doigts à chaque pied , queue longue. ■n E s p. K P T î L E S. 3ï3 3. Le Chalcide serpentin. Cinq doigts à cliaque pied j cendré on bai en dessus, avec quinze on vingt raies brnnes. 4. Le Chalcide pentadactyle. Cinq doigts à chaque pied ; queue Ion.q;ne. 5. Le Chalcide aj^guin. Pieds subulës , à doigts nuls ou peu distincts \ corps et qneue verticiilés. X P GENRE. BIPEDE. Point (le paltes postérieures ; les antérieu- res très-petites , et dont les doigts sont onguiculés j corps iort alongé ; c;ylin- drique. 1. Le BtpÈDE CANNELE, Ecailles du dessus du corps for- mant des demi-anneaux , séparés par «n sillon qui s'étend depuis la lête jus- Ol4 TABLEAU METHODIQUE qu'à l'anus -, queue à anneaux complets. Remarques. Nous n'avions point fait d'abord le genre sJieltopusik du ci- toyen Lacëpède, parce que les réfle- xions dn citoyen Daudin nous avoient portes à croire que ces reptiles pour- roient bien être des anguis mâles, dont les organes sexuels anroient été pris pour des pieds. Mais nous jx^nsons au- jouid'hui que ce genre doit être con- servé. ( Voyez le Supplément qui pré- cède ce tablt au. j Ses caractères seront: point de pattes de devant ; deux pos- térieures très - petites / corps fort ilonfTê. Nous appellerons l'espèce décrite par Pallas 5 le sheltopusik didactyle : il est d'un jaune pâle , avec une ride ou sillon longitudinal de chaque côté du corps. P E s il E F T I L E S. 3l5^ SECONDE SECTION. Doigts des pattes dépourvus d'ongles ; peau sans écailles. X I r GENRE. C R A P A U D. Corps court , ramassé, aoiivent très-vaba- teux , sans queue postérieure ; point do pelotte visqueuse au bout des doigrs j pattes postérieures de la longueur du corps , ou le dépassant très-peu. 1. Le Crapaud commun. Parotides larges et saillantes ; corps ©endré ou d'un cendré jaunâtre en des- sus , blanchâtre en dessous ; des ver- rues d'un rouge obscur ; pieds posté- rieurs demi-palmés. 2. Le Crapaud de Roeseb. Corps verdâtre en dessus, parsemé' de verrues noirâtres j pieds postérieurs palmés* 3lG TABLEAU MÉTHODIQUE 3. Le Crapaud brun. Corps presque lisse , d'nn brun jau-- îiâtre ou grisâtre , avec des taches plus foncées et noirâtres sur leur bord ; une raie sur le milieu du dos , formée par le défaut de taches ; pieds postérieurs demi-palmés , avec une saillie imitant un sixième doigt. 4. Le Crapaud sonnant. D'un gris obscur et parsemé de ver- rues en dessus ; d'un jaune orangé, mar- bré de bleuâtre en dessous ; pieds pos- térieurs demi-palmés. 5. Le Crapaud accoucheur. D'un cendré verdàtre, tubercule, mar- qué de petites taches brunes en dessus, blanchâtres en-dessous, parotides point ou peu saillantes ; pieds postérieurs légèrement demi-palmés. 6. Le Crapaud calamité. , Parotides saillantes, olivâtres, avec des verrues iiombi^euses d'un brun roux en dessus ^ une ligne jaune sur 1© DES REPTILES. ^l/ milieu du dos ; pieds postérieurs demi- palmés quelquefois. 7. Le Crapaud vert. D'un blanc livide , marbré de vert , avec des verrues rouges en dessus ; pieds postérieurs légèrement demi-palmés. 8. Le Crapaud cornu. Corps d'un vcrdâtre sale , avec des verrues ou des aspérités en forme d'é- pines en dessus ; une proéminence coni- que et pointue au-dessus de chaque oeil j pieds postérieurs demi-palmés. 9. Le Crapaud perlé. Un pli élevé au-dessus des yeux ; trois rangées d'épines ou de pointes lon- gitudinales , et placées sur la moitié an- térieure du corps; pieds postérieurs de- mipalmés. 10. Le Crapaud bossu. Corps fort trapu , d'un blanc jaunâ- tre, avec des points roussâtres en des- sus • tête petite ; bouche étroite ^ une «^l8 TABLE \U MÉTHODIQUE large ligne jaune et dentée au milieu du dos -, pieds postérieurs paroissant avoir six doigts^ etpresc[u'entièrement libres. 11. Le Crapaud PIPA. Corps large , applati , raboteux , oli- vâire foncé , avec de petites tachesrous- sâtres en dessus ; tête courte , aussi large que le corps ; un appendice coriace , crénelé à chaque angle de l'ouverture de la bouche; doigts antérieurs termi- nés chacun par quatre petites pointes ; pieds postérieurs palmés. 3 2. Le Crapaud ventru. Corps fort trapu, d'un brun sombre^ avec quelques verrues en dessus , blan- châtre, avec des taches noirâtres en dessous ; tête petite ; pieds courts j les postérieurs à peine demi-palmés. i3. Le Crapaud demi - luné. Noirâtre et verruqueux en dessus, avec une tache blanche et ronde der- rière les parotides , et une autre tache DES REPTILES. 019 blanclie, en croissant, derrière le tym- pan; pieds postérieurs demi palmés. i4. Le Crapaud criard. D'un brun foncé sur le dos et pâle sur les côtés , avec des taches d'un brun foncé et des verrues, blancliâtre et gra- nulé en dessous ; verrues latérales poin- tues 5 parotides saillantes , avec une tache d'un brun foncé en dessus , bord supérieur de l'orbite des yeux élevé et verruqueux j pieds postérieurs demi- palmés. i5. Le Crapaud de Panama. D'un cendré jaunâtre en dessus , avec des verrues plus foncées et un peu vio- lettes à leur sommet; d'un blanc jau- nâtre en dessous ; parotides très-dis- tinctes et prolongées en pointe sur les flancs ; pattes courtes , demi-palmées. 16. Le Crapaud agua. Corps et tête très-épais , variés de diverses couleurs j avec de gros tuber- 320 TABLEAU MÉTHODIQUE cules disposés entre des rides , en dessus; paupière supérieure , saillante et garnie de verrues j parotides très-grosses; pieds postérieurs demi -palmés. 17. Le Crapaud a taches jaunes. Corps oblong , d'un gris jaunâtre à petites taches, et des verrues en dessus ; parotides très-grosses ; pieds postérieurs demi -palmés. 18. Le Crapaud a pustules bleues. Corps d'un bleu brun en dessus , avec une rangée longitudinale de ver- rues bleues de chaque côte ; pieds pos- térieurs palmés ; membres fasciés de noir et de bleu. ig. Le Crapaud kude. D'un gris jaunâtre clair ; verrues épineuses; front et lèvres bordés d'une ligne noire ; parotides grosses et poin- tillécs de noir ; pieds postérieurs parois- sant avoir six doigts séparés. DES REPTILES. 321 20. Le Crapaud goitreux. D'un gris bien clair, avec plusieurs taches noirâtres, et de petits, tubercules en dessus ; tête pointue ; gosier goi- treux ; doigts des pieds séparés. XII r GENRE. GRENOUILLE. Corps obîong et sans queue postérieure ; point de pelotte visqueuse au bout des doigts ; pattes postérieures une demi— ■ fois au moins plus longues que le corps, 1. La Grenouille commune. Corps vert ou d'un vert jaunâtre en dessus , avec des taches noires et trois raies jaunes. 2. La Grenouille rousse. Rousse ou jaunâtre en dessus; une tache noire de chaque côté de la tête j cuisses rayées de brun. Ecptiles. II. aS H22 TABLEAU METHODIQUE 3. La Grenouille mugissante. Verdâtre en dessus , parsemée de ta- ches noires irrëgulières, avecune bande longihtidinale et jaunâtre au milieu du dos. 4. La Grenouille grognante. Corps brun et noir en dessus, d'un blanc tacîié de brun en dessous ; les en- virons de la bouclie et lèvres jaunes j des bandes noirâtres sur les membres. 5. La Grenouille ocellée. Corps d'un cendré sale en dessus, avec des taches rondes et brunes , en- tourées d'un cercle jaunâtre en forme d'yeux ; doigts séparés. 6. La Grenouille criarde. Corps d\ui cendré obscur , parsemé de points noirs , et légèrement tubercu- leux \ en dessus d'un blanc argenté , tacheté de brun en dessous ; lèvre su- périeure d'un vert obscur ;. membres iasciés de brun. DES REPTILES. 323 ^y. La Grenouille galonnée. Corps criiri gris rougeâtre en dessus, avec des petites taches arrondies d'un brun noirâtre , et cinq lignes jaunâtres, longitudinales et saillantes. 8. La Grenouille rougette. Corps d'un rouge couleur de rouille en dessus , avec une ligne plus foncée sur le dos , et deux sur les flancs -, une tache blanchâtre , triangulaire sur le front ; dessous blanchâtre , avec des ta- ches tirant sur le roux -, membres fas- ciés de brun foncé ; pieds postérieurs légèrement demi-palmés. 9. La Grenouille tachetée. Corps d'un brun rouge en dessus , avec trois taches d'un vert clair sur la tête , et deux autres de même couleur, arrondies aux épaules , une à chaque ; doigts séparés. 10. La Grenouille Jackie. Dessus du corps verdâtre, lisse, avec des marbrures d'un brun rouge ; des- 5:a4 TABLEAU MÉTHODIQUE SOUS blancliâtre , avec quelcjues lignos roussâtres et oblic[nes sur les cuisses j pieds postérieurs palmés. Obs. La greuouille écailleuse est une espèce imaginaire. X I V^ GENRE. RAINE. Corps ordinairement lisse en dessus , sans queue postérieure; une pelotte visqueuse placée sur un empattement au bout des doigts ; pattes postérieures fort longues. 1 . La Raine terte. Verte en dessus , avec une ligne jaune bordée de violet de chaque côté. 2. La Raine a tapirer. D'un brun rouge foncé ou d'un bleu ardoisé sombre en dessus, avec deux lignes jaunâtres, partant du front et se prolongeant jusqu'à l'anus. 3. La Raine a bandeau. Dessus du corps d'un brun rougrâ- Ire j avec une bande bJ anche frontaîe^ i)ES REPTILES. 5^5 prolongée sur les côtés antérieurs dn dos y de petites taches arrondies et blan- ches sur le dessus des membres. 4. La Raine patte-d'oie. Dessus d'un rougeàtre pâle , avec des marbrures plus foncées et des bandes bifides sur les membres j pieds palmés. 5. La Raine btcoloee. Dessus d'un bleu d'azur ; dessoiîs d'un jaunâtre pâle , avec des taches blanches , entourées d'un cercle violet; doigts séparés. 6. La Raine réticulaire. Dessus d'un rougeàtre pâle ^ mar- bré de larges bandes longitudinales pi us foncées, pointilléesde rouge ; quelques tubercules sur les flancs ; pieds posté- rienrs demi-palmés. 7. La Raine rouge. Dessus d'un brun rouge , avec «ne ligne d'un cendré pâle de chaque cô- té ; et des taches arrondies et blan- 326 TABLEAU MÉTHODIQUE cliâtrcs sur les cuisses ; pattes postc- rieures demi-palmées. 8. La Raine hypochondriale. Dessus d'un gris bleuâtre, avec les flancs et les côtés des membres rayés de brun sur un fond gris ; doigts séparés. 9. La Raiisie lactée. D'un blanc de lait uniforme, avec une ligne brunâtre de chaque côté du museaaj pieds postérieurs palmés. îO. La Raine bi-rayée. Dessus d'un vert brun , avec deux lignes blanches parallèles, longitiidi- nales, un peu arquées , sur le dos j pieds postérieurs demi-palmés. 11. La Raine flanc -rayé. D'un vert clair endessus et d'un vert blanchâtre en dessous •, une ligne jau- nâtre, droite, sur les côtés de la tète., dti corps et des membres. 12. La Raine eÉmorale. Verte endessus, avec de petits points DES REPTILES. 52'/ bruns sur le dos , et environ sept taches jaunes sur chaque cuisse. i3. La Raine squiîielle. D'un vert obscur en dessus , avec des points bruns , et deux rangées de taches de même couleur sur le dos , de chaque côté ; fesses jaunes ; pieds postérieurs demi-palmés. i4. L.a Raine bigarrée. Brune en dessus , avec des taches vertes dentelées, et des bandes de même couleur sur les membres j pieds posté- rieurs demi-palmés. j5. La Raine marbrée. D'un cendré jaunâtre , marbré de rongeâtre en dessus , et tachetée de noi- râtre en dessous -, pieds palmes j quel- ques tubercules sur les flancs. 16. La Raine beuglante. Dessus d'un cendré blanchâtre , avec des bandes d'un brun rouge , larges j transverses ; lèvres et côté extérieur des membres bordés d'une ligne blaii- S^8 TABLEAU MÉTHODIQUE châtre ; une raie brane sur le milieu et le long du dos j pattes postérieures de- mi-palmées. 3 7. La Raine a verrues. Dessus rougeâtre , parsemé de ver- rues écartées ) pieds postérieurs demi- palmés. 18. La Raine oculaire. 33'tin gris argenté, finement poin- lillé de brun , avec une bande assez large , se prolongeant des yeux jusqu'au milieu du front; pieds postérieurs de- mi-palmés. X V^ GENRE. SALAMANDRE. Corps terminé par une queue ; quatre pattes. 1. La Salamandre terrestre. Plus de trois doigts à chaque pie :1 , corps noirâtre , à grandes tacîîesjatiiics , queue arrondie et épaisse. DES REPTILES. 32g 2. La Salamandre marbrée. Plus de trois doigts à cliaque pied ; corps vert en dessus , marbré de brun , avec une crête sur le dos dans les mâ- les ; dessous rougeâtre , pointillé de blanc; queue très-comprimée. 3. La Salamandre a crête. Plus de trois doigts à chaque pied ; corps varié de noirâtre et de vert foncé en dessus, d'un jaune orangé, avec des taclies noires en dessous; une crête sur le dos dans les mâles; queue très-com- primée. 4. La Salamandre des marais. D'un bran foncé en dessus , avec une ligne noirâtre de chaque côté , tout le long du corps; son dessous blancliâtre , avec une teinte orangée dans quelques espèces. 5. La Salamandre ceinturée. Dessus d'un gris verdàtre ou jaunâ- tre , avec des points noirs de chaque ^3o TABLEAU MÉTHODIQUE côte y disposés en bande j dessous sa- frané et sans taches. 6. La Salamandre pointillée. Brun verdâlre ou jaunâtre, tacîielé de noir ; tête rayée ; une bande blan- châtre sur un fond d'un rouge vif à la tranche inféi'ieure de la queue. Une crête grande, tachetée et dente- lée sur le dos , dans les mâles. 7. La Salamandre palmipède. D'un gris verdâtre , tacheté de noi- râtre en dessus , blanchâtre , presque sans taches en dessous -, pieds posté- rieurs palmés , et queue terminée par un filet dans les mâles. 8. La Salamandre a points blancs. D'un brun sombre , avec deux lignes de points blancs se réunissant en une seule à la queue ; queue cylindrique. N'est-ce pas plutôt un lézard? 9. La Salamandre a quatre raies. Corps rayé de qu;itre lignes jaunes ; queue longue et cylindrique. DES REPTILES. 35 1 Rem. Je présume que ce reptile n'ap- partient pas à cet ordre. 10. La Salamandre des momts Al- léganis. Brune , avec une teinte plus claire en dessus. 11. La Salamandre Sarroubé. Jaune tigré de vert ; un double rang d'écailles sous le cou j doigts garnis de chaque côté d'une membrane, terminés par un ongle , cjuatre aux pattes posté- rieures. Rem. Je respecte beaucoup l'autorité du cit. Lacépède -, mais j'avoue que je ne place ici ce reptile qu'avec une ex- trême répugnance. Ses caractères con- tredisent tous ceux de cet ordre , et je suis convaincu que cette prétendue sa- lamandre est un gecko. 12. La Salamandre trois-doigts. Trois doigts aux pieds de devant , et quatre à ceux de derrière ; d'un brun foncé , queue longue. 352 TABLEAU MÉTHODIQUE, Sec Hem. J'ai quelques doutes sur le pla- cement de ce reptile. Cette queue lon- gue 5 et qui se replie à volonté , n'est pas ordinaire dans les salamandres ; mais sur-tout la présence des côtes l'eii. éloigne singulièrement. X V^ GENRE. SIRENE. Corps alongé et revêtu de petites écail- les (i) ; deux pieds à doigts garnis d'on- gles ; des poumons et des ouïes. 1. La SiRIlNE LACERTINE. Noirâtre , avec doux lignes de traits blancs le long des côtés du corps. (i) Suivant EUis , et ce que je ne crois pas, FIN DU T O M r SECOND. iii