HARVARD UNIVERSITY
Library of the
Muséum of
Comparative Zoology
APR8 1929^ '''•''^^
i^r-f'
HISTOIRE NATURELLE
DES REPTILES.
*1> ..-. « •
HISTOIRE NATURELL
J
DES REPTILES,
avec figures dessinées d'après nature ;
Tar C. S. SONNINI , Homme de Lettres^
Naturaliste, et P. A. LATREILLE y
Membre associé de l'Institut national.
TOME IL
*'-,'-Ul^A^'*%B»-
PREMIERE PARTIE.
QUADRUPÈDES ET BIPÈDES OVIPARES.
DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET.
A PARIS,
Chez Deterville , rue du Battoir, n" 16.
AN X.
^ pi. r>i.
t_)
aç.2.
êm
WÊi
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^
Vs^^-c^ ^"^^'^t^I^^
DeÈS CAMELEONS. 9
nière presque des perroquets. Leur
queue est d'ailleurs longvie et douée
d'une assez grande force ; ils s'en ser-
vent comme les singes qu'on appelle
sapajous, en la repliant autour des corps
auxquels ils veulent se pendre.
Les caméléons ont aussi une espèce
de goitre , de même que les iguanes ,
mais bien moins sensible. Ces animaux
sont fort doux; et comme ils détruisent
beaucoup d'insectes , qu'ils ne font au-
cun mal , les Indiens les voient avec
plaisir dansleurs maisons : ils n'ont rien
d'ailleurs qui puisse les rendre agréa-
bles à la vue. Leurs mouvemens sont
assez lents , et ce n'est qvi'avec une
sorte de circonspection , qu'après avoir
tâtonné , qu'ils avancent quelques pas.
Les baies des jardins du Caire , les lieux
couverts, ceux principalement qui sont
le long des rivages du Nil, sont remplis
de ces reptiles , dont les vipères , les
cérastes et les mangoustes font une
grande consommation. Le caméléon n'a
Reptiles. II. a
10 HISTOIRE NATUllELLF.
reçti presque aucune arme pour se dé-
fendre : ne marchant qu'avec beaucoup
de lenteur , il ne peut échapper , par la
fuite , à la poursuite de ses ennemis.
11 doit dès4ors être fort timide , et
sujet à éprouver souvent des agitations
intérieures. C'est à ces mouvemens de
trouble et de crainte que Pline attri-
buoit les changemens de sa couleur.
Hasselquist veut le faix'e provenir d'une
maladie , d'une espèce de jaunisse. On
a remarqué que ses couleurs devenoient
plus foibles lorsqu'il étoit en repos , et
privé sur-tout de l'iiifluence des raj'^ons
solaires , qu'il pâlissoit même la nuit,
îl jouit à un degré éminent du pouvoir
d'enfler les différentes parties de son
corps , de leur faire acquérir un volume
considérable , et de demeurer dans cet
état pendant quelque temps. Ferrant
pense qu'il peut faire sortir de ses pou-
mons l'air qu'il respire , et le faire glis-
ser entre les muscles et la peau. Cette
augmentation de volume peut lui être
DES CAMELEONS. Il
favorable pour s'élever sur les arbres et
y grimper de branche en branche,
Le Caméléon commun, Chamœleo
vulgaris.
Les anciens ont débité bien des fables
sur ce lézard. On a supposé qu'il chan-
geoit souvent de forme, qu'il n'avoit
point de couleur en propre , mais qu'il
prenoit celle des objets dont il appro-
clioit ; qu'il se nourrissoit d'air. Les
poètes ont embelli ces fictions , et le
caméléon est ainsi devenu le miroir
fidèle du courtisan , l'emblème de la
basse et vile flatteiie. Ecartons de cet
animal ces qualités fabuleuses , et fai-
sons-le voir tel qu'il est.
Nous connoissons actuellement qua-
tre espèces de ce genre; trois plus par-
ticulières à l'Afrique, et dont est celle-
ci : et une propre aux Grandes-Indes ,
décrite récemment par le citoyen Bron-
gniart.
I2 HISTOIRE NATURELLE
lue caméléon ordinaire et les autres
espèces d'Afrique , ont le museau court
et entier ; on ne peut ainsi les confon-
dre avecle caméléon fourchu des Gran-
des-Indes, qui semble avoir une espèco
de bec refendu : une saillie sur l'occi-
put , en forme de pyramide à cinq fa-
ces , ou une sorte de capuchon plan en
dessus , entier ; telle est la note indica-
tive de l'espèce que nous nommons ca-
méléon ordinaire.
Sa taille varie : les plus grands n'onf
guère 2olus de quatorze pouces de lon-
gueur totale. Sa peau est parsemée de
petites éminences , de petits grains qui
la rendent chagrinée. On voit un rang
de dentelures sur les saillies de la tête ,
sur le dos , sur une partie de la queue ,
et en dessous du corps , depuis le mu-
seau j usqu'à l'anus. Sa couleur , lorsqu'il
est libre, sans inquiétude et se portant
bien , est d'un beau vert , à quelques
parties près, qui offrent une nuance
aiiclée de brun roiigeâtre ou de blanc
DES CAMÉLÉONS. }3
gris. Mais son corps est susceptible d'a-
voir , suivant les circonstances , des
modifications dans la couleur domi-
nante qui peut passer au vert de Saxe ,
au vert foncé, en tirant sur le bleu, et
au vert jaune. Inquiété ou menacé de
quelque danger , l'animal passe alter-
nativement par ces trois nuances dô
vert. Si on le laisse mourir de faim ,
c'est le jaune qui domine, et la putré-
faction arrivant, ce jaune se cliauge en
couleur de feuille morte.
L'observateur qui nous a fait connoî-
tre ces singularités , d'OpsonvilJe, les
explique ainsi : le sang du caméléon est
d'un bleu violet , et sa peau , ainsi qu©
les tuniques de son corps , sont jaunes.
Il en résulte que , selon que la passion
ou une impression quelconque fait pas-
ser plus de sang du cœur à sa surface et
aux extrémités, le mélange du bleu,
du violet et du jaune , produit plus ou
moins de nuances différentes à travers
l'épiderme qui est transparent. Dans
l4 HISTOIRE NATURELLE
l'ëtat de santé , le bleu du sang doit
dominer sur le jaune , et la peau doit
paroître d'un vert bleuâtre. Au con-
traire j lorsque l'animal est foible , ma-
lade ou mourant, c'est le jaune, cou-
leur des tuniques du corps, qui doit
l'emporter.
Lia tête du caméléon commun est
applatie par-dessus et sur les côtés. Du
museau qui est court, arrondi, et sur
lequel sont situées les narines , partent
deux arêtes élevées ; elles passent pres-
que au-dessus des yeux , et vont se
réunir en pointe derrière la tête ; elles
V rencontrent trois autres saillies , don t
deux venant de la gueule, et une troi-
sième prenant naissance du sommet de
la tête. On n'apperçoit point d'ouver-
ture extérieure pour les oreilles : on
avoit même cru que cet animal étoit
privé do l'ouïe -, mais M. Camper vient
de lai découvrir cet organe. Les yeux
gont gros, très-saillans, et recouverts par
une membrane qui leur est adhérente
DES CAMELEONS. l5
et qui suit leurs mouvemens. Cette
membrane est divisée par une fente ho-
rizontale , à travers de laquelle on ap-
perçoit une prunelle vive et de couleur
d'or. On voit ici une pre'caution de la
nature , qui a voulu prémunir ces or-
ganes contre Fini pression trop forte que
]a lumière du soleil , plus éclatante
dans ces climats , auroit pu produire
sur eux. Ces yeux ont encore cela de
particulier , qu'ils sont mobiles , indé-
pendamment l'un de l'autre -, moyeu
qui remédie à la petitesse de la fente
servant de passage aux rayons lumi-
neux.
Les deux mâchpires sont composées
d'un os dentelé qui tient lieu de vérita-
bles dents.
La langue du caméléon est longue de
cinq à six pouces , creuse , attachée à
une espèce de stylet cartilagineux qui
entre dans sa cavité , et sur lequel l'ani-
mal peut la retirer : elle est enduite
d'une matière gluante qui retient les
l6 HISTOIRE NATURELLE
mouclies , les sauterelles , et en un mot,
tous les insectes dont il se nourrit. Elle
est terminée par un nœud gros et spon-
gieux.
L fig. 5 , 4»
aG HISTOIRE NATURELLE ^
Le Stellion orbiculairCj Stellio
orbicularis.
Cette espèce ( lacerta orhicula-
ris. Lin. ) a pour caractères clistinc-
tifs un corps arrondi et trapu , avec le
dos et le sommet de la tête garnis d'as-
peri tés , et la queue moyenne dans sa
longueur. :
Sa longueur totale est de six pouces
environ , et sa queue est un peu plus
courte que le corps.
Sa tête ressemble un peu à celle d'un
caméléon, à cause de sa forme elRlée
en devant, et grosse par-derrière , son
corps ramassé et parsemé en dessus de
piquans , lui donne un aspect telle-
ment hideux, que Séba a joint à son
nom. de tapayaxin celui de crapaud
épineux^
Sa couleur est d'un gris-cendré clair ^
ombré de taches brunes plus ou moins
foncées.
DES STELLIO-NS. 27
Il habite dans les montagnes et les
creux des rochers de l'Amérique mé-
ridionale , principalement an Me-
xique, i '•'-
Ray prétend, d'après le tcmpignage
des voyageurs , qu'il n'est ni méchant
ni dangei'eux y et qu'on peut aisément
l'apprivoiser , même l'habituer aux
caresses.
Séba est le seul auteur qui ait figuré
ce lézard ( 1 ) , et sou dessin est conforme
aux divers individus que j'ai observés
dans les collections de Paris.
Il a été décrit sous le nom de Tapaye
par Daubenton et par Lacépède.
Le Stellion plissé , Stellio plica»
Ses caractères sont d'avoir la cjueue
à peine verticillée, mince, et du double
plus longue que le corps , l'occiput cal-
(1) Séba , Thés. tom. 1 , pi. 10g , fig. 6 -j
pi. Ô3,fig. 1,2.
i2f8 HISTOIRE NATITRELLI?
îeux, muni d'une verrue niuri(5;ue6
près de chaque oreille , et le cou verru-
queux sur ses côtés j ayant en dessous
un double pli prolongé jusque sur les
pieds de devant et replié sur le milieu
du dos.
Il est à peine plus long que le doigt.
Par-tout sa peau est recouverte d'é-
cailles coniques.
Les sourcils sont un peu crénelés ,
membraneux en dessus , avec un sillon
transversal et divisé en trois parties.
La suture dorsale est comme créne-
nelée antérieurement; de plus, la queue
est couverte de très - petites écailles ;
enfin les doigts sont longs , hérissés en
dessous d'écaillés aiguës , avec leurs
ongles comprimés.
Selon Linnée , on trouve ce stellion
dans l'Amérique australe et dans l'Inde.
Le cit. Lacépède le regarde comme voi-
sin de l'umbre, et il soupçonne le la-
certa helioscopa de Pallas comme sy-
nonyme.
Tonv.JZ.
PcLi/. a^
^^l^'
J)e
Sa longueur, depuis le nez jusqu'à In.
queue, est de quatorze pouces et sept
lignes; sa peau est sans écailles, légère-
ment chagrinée , de couleur noire , tirant
un peu siu' le bleu ; la tête est élevée , nii
peu alongée, avec les yeux jaunes; la
prunelle bleue, les narines très-ouver-
tes, et ayant un rebord charnu; son
museau est pointu; sa bouche est bien
fendue , et a deux rangs de petites dents
crochues ; sa langue est large , d'un beau
rouge, tenant, par sa base, au gosier qui
est pourvu d'un jabot fort large, que
l'animal peut contracter et gonfler com-
me une vessie; les oreilles lui manquent,
comme à tous les lézards aquatiques de
liinnée : cet animal a, depuis la tête jus-
qu'à l'extrémité de la queue, une espèce
de crête découpée. Les pattesantérieures
sont plus courtes que les autres, ont cinq
doigts, sans membrane, et terminés par
vin cartilage arrondi qui remplace l'on-
gle. La queue est étroite, arrondie à sa
b,ase , s'élai'git vers la pointe en forme
54 HISTOIRE NATUR.ELLE
de spatule de près do deux pouces de
largeur , et dont les bords sont découpés
en scie, ( Molina , Hist. du Cliil. trad.
de Gruvelj, pag. igS. ) Tout cela ne peut
convenir qu'à une salamandre aqua-
tique.
Le Gecko tête-plate , Geclco
finihriatus.
Cette espèce, décrite par le cit. Lacé-
pède , ressemble au caméléon par la for-
me de sa tête et de son corps , par ses
couleurs ; et aux salamandres aquati-
ques , par sa queue bordée d'une mem-
brane.
Les plus grands individus sont longs
de huit pouces six lignes.
La tête de ce reptile est fort applatie
en dessus et en dessous , triangulaire ;
les yeux sont gros et saillans, et l'ouver-
ture de la gueule les dépasse; les mâ-
clioires sont garnies d'un grand nombre
de petites dents \ la langue est plate çt
t) E s GECKOS. 55
foiircliLie", les ouvertures des oreilles sont
très-petites et placées auprès des angles
de la gueulé ; le museau va en pente.
Tout le corps est hérissé de petites
élévations qui rendent la peau chagri-
née : on voit sur chacun de ses côtés
une membrane frangée , qui commence
au museau, s'étend sur les flancs et se
termine aux pattes postérieures; cette
membrane est formée par un prolonge-
ment de la peau. La queue est garnie ,
de part et d'autre , d'une expansion
semblable , ce qui la fait paroître fort
large, et ressembler à une espèce de
rame: elle est bien plus courte que le
corps, n'ayant guère que le quart de sa
longueur.
Le dessous du corps de ce gecko est
constamnientd'un jaune éclatant ; mais
le dessus éprouve des variations de cou-
leurs, et peut oflrir successivement du
touge , du jaune , du vert et du bleu.
Cet animal n'est point Venimeux. Il
passe ordinairement le jour sur les ar-=^
56 HISTOIRE NATURELLE
bves , sautant avec assez d'agilité de
branche en branche , pour attraper des
insectes donlil se nourrit, et se retire ,
la nuit, dans les Irons de ces arbres, ou
dans les fentes des murailles.
On Fa découvert à Madagascar et au
Sénégal.
Le Gecko spulateur , Geclo
sputalor»
Sparman l'a décrit, le premier, dans
les Mémoires de l'Académie des Scien-
ces de Stockholm, ann. 1784. Cette es-
pèce de lézard avoit été envoyée de
l'iie ;Saint-Eustache. Le cit. Lacépède a
décrit le même animal d'après un indi-
vidu venant de Saint-Domingue. La
longueur totale est de deux pouces, et
ïa queue en fait la moitié : toutes ses
écailles sont luisantes le dessous du ven -
tre est blanchâtre , et le reste du corps
d^un gris varié de brun foncé ; la mâ-
choire supérieure est bordée d'un brun
Tarn JI.
Paç . ôû .
^«Ni
^
V
"%
Dej-eve
I . 1,0 Si'iin qno toiiiimiM
a . I.c Se . ■
1 , Le Civxpatid commun .
•2 . Le C . de Roesel .
ô . Le C . l)OvSSi.i .
Y>F. s CRAPAUDS» inj
mes, de même couleur que le corps,
qui est court et trapu ^ ainsi que les
membres. *
liC ventre est un peu plus pâle que le
dos.
On trouve communément ce crapaud
en Europe , dans les lieux humides ,
près des habitations. Vers le soir, il
quitte son trou souterrain pour chasser
aux insectes : on le voit aussi sur la teri e
après les pluies , parce qu'il craint l'eau.
Lorsqu'on le tourmente , il lance son
urine , et fait sortir de ses parotides
une salive ëcumeu^e. L'accouplement
a lieu dès les premiers jours du prinr
temps, sur la terre, et la femelle va
ensuite pondre dans les eaux ses oeufs,
qui sont rangés deux à deux dans un
long cordon , et enveloppés d'une glaire
albumineuse. Le mâle , cramponné sur
le dos de sa femelle , l'aide alors , à l'aide
de ses pieds postérieurs , à pondre ses
œufs , et il les féconde en même temps
à mesure qitils paroissent au-dehors j el
108 HISTOIRE NATURELLÎÎ
c'est sur-tout dans ce temps, après le
coucher du soleil, que le mâle jette un
coassement très-sonore.
Nota. On a confondu jusqu'à ce jour,
avec le cendré , un crapaud vert à ta-
ches noirâtres , qui est très - commun
dans les contrées méridionales do l'Eu-
rope. Nous le nommons Crapaud de
JloeseL
Le Crapaud de Roesel^ Bufo
Roeselii,
On peut le reconnoître très-aisément
à son corps verdâtre , parsemé çà et là
de verrues peu saillantes et noirâtres, à
sa tête arrondie en devant , à ses pieds
antérieurs demi - palmés , et à ses pos-
térieurs palmés. Outre qu'il diffère du
crapaud cendré par ses couleurs , il a
de plus, près du double de grosseur ;
son corps est moins ramassé et ses pieds
moins courts.
Le dessons du corps est d'un verdâ-
tre cendré pâle.
DES CRAPAUDS. lOtJ
On le trouve assez comniunémcnt
dans le midi de l'Europe et en Allema-
gne. Il reclierche les bois humides , le
bord des chemins , et se cache ordinai-
rement sous des touffes d'herbes.
Le Crapaud brun , JBufb fuscus^
Il est facilement reconnoissable à sa
peau , presque lisse , d'un brun jaunâ-
tre ou grisâtre, marquée de taches plus
foncées , noirâtres sur leur bord , avec
une raie sur le milieu du dos formée
par le défaut de taches. Sa longueur est
de deux pouces environ, et le mâle dif-
fère de sa femelle par son corps \Ag.s
gros, et par son ventre d'un blanc jau-
nâtre uniforme.
Les doigts des pieds antérieurs sont
fendus, et ceux des postérieurs demi-
palmés -, de plus^ les pieds postérieur»
ont une petite saillie cornée qui imite
un sixième doigt.
Il habite dans les eaux du midi d©:
IIO HTSTOIKE NATURELLE
l'Europe , et nage en tenant ordinaire-
ment sa tête élevée au - dehors ; rare-
ment il va sur la terre , et il santé assez
loin. Le cii du mâle imite un peu le
coassement de la grenouille rousse, et
la femelle a un petit grognement. Lors-
qu'on tourmente ce crapaud , il fait
sentir une forte odeur d'ail. Les œufs
sont attachés en cordons aux roseaux.
Roesel l'a figuié dans son ouvrage
( pi. 1 7, 18 et 19).
Le crapaud rieur qnePallas a trouvé
en abondance anx environs de la mer
Caspienne, dans le Volga et l'Oural,
est, suivant le professeur Lacépède ,
un synonyme du crapaud brun.
Le Crapaud sonnant , Biifo
hombinus.
Le dessus du corps est d'un gris obs-
cur parsemé de verrues, et le dessous
est d'un jaune orangé, presque lisse,
marbré de taches bleuâtres.
DES CRAPAUDS. H!
Sa longueur est d'un pouce au plus.
La forme de sou corps est oblon<^ue j
sous sa gorge on voit un pli transversal.
Les pieds sont amincis , les doigts
sont courts ; fendus aux pieds anté-
rieurs , et demi-palme's aux postérieurs.
On le trouve plus communément dans
les eaux stagnantes et croupies des par-
ties méridionales de l'Europe.
Lors de l'accouplement, le mâle jette
un gémissement lugubre, et pendant le
reste de la belle saison , son cri imite
un peu le son d'une cloche lorsqu'il est
entendu dansl'éloignement, selon Lin-
née. Il sort quelquefois de l'eau , et lors-
qu'on le tourmente , il renverse sa tête
sur le dos , et se replie ainsi sur lui-
même. La femelle pond ses oeufs en
plusieurs paquets ; et les têtards n'ac-
quièrent leur état parfait qu'au bout de
trois années , selon Roesel , qui en a
donné la figure dans son ouvrage (pi. 22
et 2,3 ). La grp-nouille pluviale , et le
crapaud couleur de feu des auteurs
112 HISTOIRE NATURELLE
modernes, doivent être rapportés à ce
crapaud , ainsi que le petit crapaud ,
hufo salsus , trouvé par Schranck dans
les eaux stagnantes et salées du Bercli-=
tesgaden en Autriche.
Le Crapaud accouclieur, Bufo
ohstetricans.
Ce crapaud , d'un cendré verdâtre
sale, marqué de petites taclies brunes
irrégulières en dessus, et blanchâtre en
dessous , diffère essentiellement du cra-
paud de Roesel, par sa longueur, d'un
pouce quatre lignes au plus, et sur-tout
parce qu'il n'a aucune apparence exté-
rieure de parotides.
Ses yeux sont saillans , et ses iris
dorés.
Sa peau est parsemée de petits tuber-
cules écartés.
Les doigts des pieds antérieurs sont
séparés, et ceux des postérieurs sont
à peine demi-palmés.
Tom . Jl.
jPn . Jiu,.
I yjej-ein' t/i'/ .
P^ Tarifien Jeulp
1 . Lo Ci'apaiicl accoiulieiu'
2 . 1 ,e (' . pi pa .
pip
DES CE. A P A IT D S. îl5
On doit la description de ce crapaud
an naturaliste Alex. Brongniart, quil'a
fait graver dans le Bulletin de la Société
philomatique ( n°. 36 , fig. 4.). Il habite
dans toute la France, sur-tout aux en-
virons de Paris et dans les jardins pu-
blics de cette ville. La femelle pond en-
viron soixante œufs parfaitement sem-
blables à des grains de chenevis , et réu-
nis entr'eux par des filets courts et forts.
Le mâle excite sa femelle à les pondre
à l'aide de ses pieds postérieurs, et s'at-
taclie ensuite tous ces œufs en un pa-
quet après ses jambes, sur ses reins, et les
promène par-tout après lui. Il cherche
ainsi quelque marais pour y déposer les
têtards qui doivent naitre. Lorsque ce
crapaud a acquis son état parfait, on ne
le voit jamais dans l'eau.
Nota. C'est sans doute cette espèce
dontDemours a parlé dans les Mémoi-
res de l'Académie pour \J^\ , sous le
nom de petit crapaud terrestre.
Îl4 HISTOIRE NATURELLE
Le Crapaud calamité , Bafo
calainitcu
Le dessus cle son corps est olivâtre,
avec des verrues nombreuses d'un brtin
roux ', de plus , il a sur le milieu du dos
une ligne étroite jaune prolongée jus-
qu'à l'anus, et une autre ligne d un
rouge jaunâtre sur cîiacjue flanc.
Sa longueur est de deux pouces et de-
mi ou trois pouces au plus.
Le dessous de son corps est entière-
ment granulé, blanchâtre , à petites ta-
ches noires : sa forme ressemble à celle
du crapaud cendré ; ses parotides sont
aussi distinctes, et l'iris de ses yeux est
d'un jaune doré.
Ses pieds sont trapus , et les doigte
courts, noirâtres à leur bout, et quel-
quefois demi-palmés aux pieds postée-
rieurs.
Ce crapaud , que Roesela figuré dans
son Histoire des Grenouilles ( pi. 24 ) 5
DES CRATAUDS. ii5
et que Sclmelàer a nommé porte-croix y
liabite clans les contrées tempérées de
l'Europe , réuni en petites sociétés : il
passe l'hiver dans des fentes de murail-
les, dans des crevasses de rocliers, dans
des trous de vieux arbres, ou même sous
le sable , selon Pennant. L'accouple-
ïiient a lieu au milieu du printemps
dans des eaux stagnantes. Le coasse-
ment du mâle ressemble un peu à celui
de la rainette verte , et est produit à
l'aide d'une vessie placée à l'entrée du
gosier. Les pa5'^sans saxons le nomment
hausunhe, c'est-à-dire ;, crapaud domes-
tique, parce qu'il est commun dans leurs
maisons. Goetze prétend qu'ilmange les
parcelles de nitre attachées contre les
murs des caves.
Le Crapaud vert, Bufo viridis.
n est tacheté ou marbré de vert, avec
des verrues rougeâtres , sur un fond d'im
blanc livide.
Il6 HISTOIP.E NATURELLE
Il ressemble beaucoup, par sa forme et
par ses mœurs, au calamité, et il est à
peine plus grand.
Lïris est doré ; les taclies vertes sont
tellement rapprochées l'une de l'autre,
que le corps paroit parsemé entre elles
de dessins ou de lignes géographiques
blanchâtres ; les doigts des pieds anté-
rieurs sont séparés, et ceux des posté-
rieurs sont à peine demi-palmés.
Ce crapaud , qui n'est pas rare dans
le midi de l'Europe, sur- tout en Italie
et en Allemagne , se retire dans les fen-
tes des rochers en hiver, et on le trou-
ve pendant les autres saisons dans les
eaux staguantes. Lorsqu'on le frappe ,
il répand une odeur d'abord ambrée, et
ensuite assez semblable à la fétidité de
la morelle noire ou solaiiuîn nigrum des
Botanistes.
Il a été nommé par la plupart des au-
teurs , crapaud vert ou rayon vert;
Laurenti l'a aussi nommé crapaud
sc/ireberian j Stium f dans le second ca-
J^om . Il,
Fqç. Ji^.
Dej^eve tle/ .
ff ïardî'eu ifcit/p ■
1 . Le Crapaxid co
2 . L o C . p o r 1 o .
1M\U
DES CRAPAUDS. 117
hier de sa Faune d'Allemagne, l'a nom-
mé crapaud variable, et l'a figuré dans
les planches 1 et 2. Le voyageur Pallas
a décrit dans son Voyage en Russie,
sous le nom de rana sitibunda , un cra-
paud d'un vert glauque cendré, parsemé
de taches vertes et noires : peut-être
n'est-il qu'une variété de notre crapaud
vert. On le trouve près de la mer Cas-
pienne, dans les lieux secs, voisins de
riaïk.
Le Crapaud cornu , Btifo cornutiis.
Ce hideux reptile a la tête d'un très-
gros volume , avec une proéminence
conique et pointue au-dessus de chaque
œil.
Il est long de quatre pouces.
Sa mâchoire supérieure est munie de
petites dents. Sa couleur est d'un ver-
dâtre sali sur le corps; il a quelques pe-
tites verrues brunâtres et applaties sur
les côtés du dos et sur les ilancs, qui
ReiUiles. II, U
Ii8 HISTOIRE NATURFXLE
sont beaucoup plus clairs , ainsi que le
ventre.
On voit quelques bandes brunâtres
dessus les membres. Les pieds antérieurs
ont quatre doigts fendus , et les posté-
rieurs cinq demi-palmés.
Les adultes , et sur-tout les vieux ,
ont le dos , l'anus et les cuisses garnis
d'épines , selon Laurenti.
On le trouve dans la Virginie et à Su-
rinam.
La figure publiée par Séba (tom. i,
pi. 72 , fig. 1,2); n'est pas correcte.
Le Crapaud perlé , Bufo marga-
ritifet\
On peut facilement reconnoître ce
crapaud à un pli élevé au-dessus des
yeux et prolongé jusqu'aux parotides ,
ainsi qu'à trois rangées d'épines cour-
tes , placées longitudinalement sur la
moitié antérieure du corps.
DES CRAPAUDS. II9
Sa longueur est de trois pouces ei>
vii'on.
Il a une tête triangulaire , à nez
pointu et à bouche ample.
Le dessus du corps est d'un brun rouge
parsemé de tubercules rougeâtres et ar-
rondies comme des perles ; sur le dos,
est une bande longitudinale d'un gris
rouge âtre clair.
Les pieds sont amincis ; les antérieurs
ont quatre doigts tendus, et les posté-
rieurs cinq demi-palmés.
Cette espèce habite au Brésil , où elle
est nommée aguaqua selon Séba, qui
en a figuré plusieurs individus (tom i,
pi. 71, fig. 6, 7, 8.), dont un a cinq
doigts aux quatre pieds. C'est la gre-
nouille perlée de Daubenton.
Le Crapaud bossu ^ Bujoglbhosus,
Cette espèce est facile à distinguer
par son corps trapu , par sa tête petite
dont la bouche est étroite ^ et par une
îlO HISTOIRE NATUP.ELLK
large ligue d'un bianc jaunâtre dentée
en scie, et placée sur le milieu du dos,
depuis le nez jusqu'à l'anus.
Ilestlong de deux pouces et large d'un
pouce et demi-, sa couleur est d'un blanc
jaunâtre, excepté sur les côtés de la
bande dorsale , qui sont bruns parsemés
de points roussâtres.
Derrière les yeux on voit une taclie
brune ; tous les membres sont très-
courts , avec les doigs fendus au nom-
bre de quatre aux pieds de devant, et
de six aux pieds de derrière.
Ce crapaud, déjà décrit par plusieurs
Naturalistes, existe dans les Indes orien-
tales. Quelques individus ont le dos en-
tièrement parsemé dépeints roussâtres,
sans aucune trace de la bande longitu-
dinale indiquée ci-dessus.
Le Crapaud Vii[)a , Bufo Dorsiger.
Cotte espèce est très-remarquable
par son corps large, applati et granulé
DES C R A 9 A U D S. l^l
en dessus ; par sa tête courte, aussi
large que le corps, et dont les coins de
la bouche sont munies d'un appendice
coriace crénelé ; et sur - tout par ses
doigts ante'rieurs séparés ^ terminés
chacun par quatre petites pointes.
Sa longueur est de cinq pouces qua-
ti^e lignes au plus, et sa largeur de trois
pouces et demi.
Les yeux placés sur la tête , sont
petits et très-écartés; l'ouverture de la
bouche est très-large; la couleur tire
sur un olivâtre plus ou moins rembru-
ni et parsemé de très-petites taches
roussâtres ; la peau est raboteuse , avec
quelques petites verrues sur les côtés
dti corps et sur les cuivsses.
Les pieds antérieurs sont un peu
amincis, par rapport aux postérieurs,
qui ont cinq doigts entièrement palmés
et presqu'également langs.
Cet animal dont l'aspect est hideux ,
habite sur le continent de l'Amérique
méridionale ^ et se tient presque ton-
122 HTSTOIRK N VTUREÎXE
jonrs dans les eaux. Il est nommé pipct
par les liabitaiis de Surinam ;, tedo par
ceux de la Guiane , et cururu par ceux
de la Nouvelle-Espagne.
La manière qu'il emploie pour pré-
server et faire croître ses petits, l'a ren-
du très-intéressant à connoître. Made-
moiselle Mérian l'a d'abord décrit, en
171C), dans son histoire des insectes de
Surinam ; Firmin a publié , en 1 766 , un
petit livre intitulé: Développement par-
fait du mvstère de la génération du fa-
meux crapaud pipa ; Bonnet a fait im-
primer un mémoire sur le même sujet,
dans le journal de physique de 1779;
Camper et Spallanzani ont ensuite ob-
servé et décrit les organes sexuels et
les métamorphoses de ce crapaud.
D'abord on avoit soupçonné que les
oeufs se form oient sur le dos de la fe-
melle , et que le mâle venoit les y fé-
conder ; mais des observations faites sur
l'animal vivant, et son inspection ana-
tomique , ont fait reconnoître la faus-
DES CRAPAUDS. l23
seté cle cette opinion. On est assuré
maintenant que la femelle pond ses
oeufs comme les autres crapauds , et que
le mâle , cramponné sur elle , la recou-
vre de ses œufs après qu'ils sont fécon-
dés. Les oenfs sont alors enveloppés
d'une liqueur qui fait enfler autour de
chacun d'eux la peau de la femelle , et
ils sont logés par ce moyen dans des
alvéoles rondes. Les têtards y naissent
munis d'une queue membraneuse, s'y
développent, et ne s'en vont au-deliors
que lorsqu'ils ont acquis leur état par-
fait ; leur longueur est alors de cinq ou
six lignes. La femelle se dépouille en-
suite de toutes les alvéoles, en frottant
son dos contre des corps durs. Made-
moiselle Mérian et Séba ont prétendu
que la chair de ce crapaud sert quel-
quefois de nourriture aux Nègres.
224 HISTOIRE NATURELLE
lie Crapaud ventru , Biifo
ventricosus,
îl est remarquable par sa petite tête,
par sa bouche très-étroite ^ et sur-tout
par son corps trapu , dont la peau très-
lâche peut se gonfler comme une ves-
sie , et enveloppe les cuisses.
Il a deux pouces et demi environ de
longueur; ses yeux sont petits et non
saillans; il a ses mâchoires lisses, carti-
lagineuses, et on ne lui voit pas de paro-
tides externes; sa couleur est brune, som-
bre endesius^ etblanchàtre un peu tache"
îée de noirâtre en dessous : on voit de
plus sur le dos des verrues siniples et
peu nombreuses.
Les pieds sont courts, avec leurs
doigts minces et petits; ceux des pieds-
postei'ieurs sont à peine demi-palmés,
et les autres sont fendus.
On le trouve dans les Indes oiicn-
DES CRAPAUDS. 125
lue crapaud systo7Jie,àécrii])a.Y Schnei-
der d'après un individu appartenant
à Bloch , est le même que le crapaud
ventru. Cet auteur lui donne pour ca-
ractères distinctifs, le corps ovale et
marbré , les cuisses cachées dans la peau
du corps, qui est lâche et gonflée , deux
callosités près du pouce des pieds pos-
térieurs , et de plus une bouche étroite.
Tout son corps est blanchâtre, ta-
cheté ou marbré de brun en dessus -, mie
bande blanche et courbée, placée sur
la paupière supérieure , se prolonge en
devant , et une strie blanche est placée
entre les narines et la lèvre supérieure.
C'est encore à cette espèce qu'il faut
rapporter le crapaud pentru de Lin-
née , le goitreux de Daubenton , et
peut-être mênie le crapaud du Brésil
figuré par Séba ( tom. i , pi. 74, fig. 1).
Le cit. Daudin m'a communiqué
cette description.
Î2G HISTOIRE NATURELLE
Le Crapaud demi - luné , Bufo
semilunatus.
Ce crapaud est noirâtre, avec une
taclie blanche ronde derrière les paro-
tides , et avec une autre tache blanche
en demi-croissant derrière le tympan ,
qui est d'un brun sombre; les doigts
des pieds antérieurs sont séparés , et
ceux des postérieurs demi -palmés.
Sa longueur est de trois pouces en-
viron.
Il a les yeux saillans •, la tête lisse
et déprimée dans son milieu ; tout le
reste du corps et les membres couverts
de verrues d'égal volume. Vers le mi-
lieu du clos , de chaque côté , on voit
une tache blanchâtre , lonr^ne et étroite ;
la tache en demi-croissant a sa con-
vexité tournée en devant ; les pieds
antérieurs ont leurs doigts séparés ,
avec le pouce épais et le troisième doigt
très-long ; les postérieurs ont leur cin-
DES CRAPAUDS. 12/
quième doigt très-long ; tous les pieds
ont en outre près du pouce une callosité
qui ressemble un peu à un doigt.
Ce crapaud , voisin par sa forme du
criard , a été envoyé de Surinam au na-
turaliste Bloch , et Schneider l'a décrit
dans son histoire des amphibies.
Le Crapaud criard, Bufo iniisicus.
Cette espèce a la tête obtuse , pres-
que lisse , et canaliculée entre les yeux,
à cause des sourcils relevés.
Son corps ramassé et trapu comme
celui du crapaud cendré, est long de
trois pouces , et large de deux pouces et
demi.
Les yeux sont très-saillans , avec le
sourcil verruqueux brun, marqué d'une
bande plus foncée ; le dessous des yeux
est plus pâle, avec une bande oblique,
foncée et verruqueuse ; l'iris est doré ,
les narines sont très-petites et presque
rondes; la partie supérieure du cou est
128 HISTOIRE NATURELLE
brune . avec des tubercules obtus ; et
ses côtés sont blanchât res , avec des tu-
bercules pointus ) ces deux parotides
sont grosses , réniformes et poreuses ,
avec une taclie brune foncée au-dessous
de chacune.
Le corps et le ventre sont d'un brun
foncé sur le dos et pâle sur les côtés, cou-
verts par- tout de tubercules, avec de
larges taches d'un brun foncé; le des-
sous du corps et des membres est blan-
châtre, sale et granulé.
Les membres ont en dessus des ban-
des transversales foncées sur un fond
brunâtre, tout couverts de tubercules
pointus.
Les doigts des pieds antérieurs sont
séparés, et ceux des postérieurs demi-
palmés.
Le naturaliste Bosc a fréquemment
trouvé dans la Caroline ce crapaud,
qui a un cri désagréable, ainsi que les
autres crapauds, et non un cliant mu-
DES CRAPAUDS. 129
sical comme c[uelcjiiies personnes l'ont
cru.
Le Grapand de Panama _, Bufo
Panamensis,
Son caractère consiste dans des glan-
des parotides très-distinctes et prolon-
gées en pointe sur les flancs , et dans
ses pattes courtes à doigts demi-pal-
més.
31 a la taille et la forme de notre cra-
paud cendré \ sa peau est d'un cendré
jaunâtre, parsemée de pustules, rem-
brunies et un peu violettes , seidement
à leur sommet ; son ventre est d'un
blanc jaunâtre un peu granulé près de
l'anus.
Il habite dans quelques marais de
l'isthme de Panama, selon Ruiz de
Xelva, naturaliste espagnol très -zélé,
qui a bien voulu communiquer au ci-
toyen Daudin , quelques notes sur l'his-
toire naturelle du Mexique.
Heptiles. II. la
3 00 HISTOIRE NATURELLE
Le Crapaud Agua , Bufo Agua,
Ce crapaud qui est sans doute le plus
gros du genre , puisqu'il a près d'un
pied de longueur, a la paupière supé-
rieure garnie de verrues et saillante,
avec tout le corps couvert de gros tu-
bercules , disposés entre des rides et
agréablement varié de teintes et de niar«
brures grises, jaunâtres et brunes sur un
^ fond cendré pâle.
Le corps et la tête sont très- épais ,
les tubercules sont marqués de brun
dans le milieu, sur-tout ceux qui re-
couvrent les membres j et les parQtidcs
sont très-grosses.
Les doigts des pieds antérieurs sont
courts et séparés , et ceux des posté-
rieurs sont longs et demi -palmés A
leur base.
C'est principalement au Brésil et
dans l'île de Cuba , qu'on trouve ce
crapaud monstrueux. iSéba l'a figui^i
ToTfi . ir.
-Pat/ ' j3û
DeES CRAPAUDS. l35
moins couverte de verrues épineuses.
Ce crapaud, nomme le pustuleux
»par Daubenton et Lacépède , hufo nie-
lanostictus et scaher par Schneider ,
n'habite pas au Brésil , comme l'a cru
Séba ( tom. i , pi. 74, fig. 1 ) , mais
dans les Indes orientales.
Le Crapaud goitreux, Bufo
gutturosus*
Les caractères qui doivent servir à
le distinguer des autres crapauds, con-
sistent dans le gosier qui est goitreux ,
et dans sa couleur d'un gris brunàtre-
clair , marquée en dessus de plusieurs
taches noirâtres.
Sa longueur est de deux pouces et
demi.
Il a la tête pointue , avec des yeux
saillans.
Le dessus du corps et des membi^cs
est garni de petits tubercules nombreux
et bruns à leur pointe.
l36 HISTOIRE NATURELLE
Les pieds sont un peu courts , sur-
tout les antérieurs, ainsi que tous les
doigts qui sont tous séparés.
Le goitre est rude et granulé , ainsi
que le dessus du corps.
La patrie de ce crapaud est incon-
nue : il ne faut pas le corffondre avec
le goitreux de quelques auteurs , que
nous rapportons au crapaud ventru.
X I I F GENRE.
GRENOUILLE, Rana.
Caractères génériques. Point de queue ;
pattes postérieures une demi - fois au
moins plus longues que le corps ; point
de pelote visqueuse au bout des doigts :
ils ne sont pas terminés par un empatte-
ment.
Si les grenouilles ont plusieurs points
de ressem])lance avec les crapauds , ces
êtres qui nous inspirent une lioiTeur
DES GRENOUILLES, l."??
dont nous ne pouvons souvent nous
deTendre, elles ont cependant plusieurs
caractères qui les en éloignent , et elles
ne doivent point partager leur disgrâce.
On clierclieroit en vain dans les cra-
pauds cette forme svelte , ces membres
déliés et souples , ces couleurs variées
et comme brillantes que la nature ac-
corda aux grenouilles ; un corps d'une
masse lourde , ne se traînant que dans
la fange et dans les lieux ténébreux ,
dont la peau n'offre que des inégalités
disposées presque toujours sans ordre ,
qui n'a pour couleur que des teintes
sombres, tels sont les principaux traits
qui signalent les crapauds. Mais les gre-
nouilles, au contraire , loin d'être basse-
ment accroupies dans la boue , ne vont
que par sauts très-élevés , leurs pattes
de derrière se pliant et se débandant
comme un ressort. L'élasticité et la
sensibilité de ces animaux sont telles ,
qu'on ne peut les saisir sans que leur
corps ne prenne toutes les courbures,
io8 HISTOIRE NATURELLE
ne fasse tous les moiivemens nécessaires
pour se débarrasser : elles clierclienl l'é-
lément de l'air, et leur plus grand plai-
sir est de jouir de la lumière , sur-tont
lorsqu'elles y sont invitées par l'astre
du jour. (( Qu'est-ce qui pourroit donc
)) faire regarder avec peine , dit le ci-
» toyen Lacépède , un être dont la taille
» est légère , le mouvement preste ,
)) l'attitude gracieuse? Ne nous inter-
)) disons pas un plaisir de plus -, et lors-
}) que nous errons dans nos belles eam-
3) pagnes , ne soyons pas fâchés de voir
)) les rives des ruisseaux embellies par
» les couleurs de ces animaux innocens ,
)) et animées par leurs sauts vifs et lé-
)) gcrs : contemplons leurs petites ma-
)) nœuvres , suivons-les des yeux au
i) milieu des étaugs paisibles dont ils
)) diminuent si souvent la solitude, sans
« en troubler le calme ; voyons-les mon-
i) trer sous les nappes d'eau les couleurs
» les pUis agréables , fendre en nageant
» ce j eaux tranquilles ; souvent mémo
DES GRENOUILLES. i5q
î> en rider la surface , et présenter les
» douces teintes que donne la transpa-
» rence des eaux )>.
Les grenouilles ont ordinairement
quatre doigts aux pieds de devant et
cinq aux pieds de derrière , comme
dans les autres reptiles de cette divi-
sion ; les doigts postérieurs sont réunis
par une membrane ; l'intérieur est
écarté des autres j et le plus gros à tous
les pieds.
Le cœur d'une grenouille conserve ,
quoique séparé du corps , son batte-
ment pençlant sept ou huit minutes ,
et même plusieurs heures. Suivant
Haller , le mouvement du sang est iné-
gal ; il est poussé goutte à goutte et à
de nombreuses reprises : dans sa jeu-
nesse , la grenouille ouvre et ferme la
bouche et les yeux à chaque battement
du cœu.r ; les deux lobes du poumon
sont composés d'une infinité de cel-
lules, ressemblant à des alvéoles d'une
ruche ; elles sont destinées à recevoir
l4o HISTOIRE NATURELLE
l'air; et leur contraclion ou leur dilata-
tion , que Fanimal peut prolonger long-
temps, augmente ou diminue sa pesan-
teur relative.
La grenouille est de tons les quadru-
pèdes ovipares de cette section, celui
dont l'organisation est la plus parfaite :
il a meilleure vue , le corps plus souple
et plus susceptible de grands mouve-
mens , et plus de finesse dans l'ouïe ;
les oreilles sont recouvertes par nne
membrane qui fait , par son élasticité ,
l'elTet d'une corde , et qui communique
les vibrations de l'air agi té par les corps
sonores.
Ces animaux sont voraces; ils avalent
souvent des animaux pî us considérables
qu'eux , de petits oiseaux, de jeunes
souris, etc. ; mais leur nourriture or-
dinaire consiste en insectes aquatiques
que leur langue relient facilement ,
étant enduite d'une mucosité gluante.
Il paroît cependant qu'elle a encore ,
jn aigre sa voracité, son ardeur àseje^
DES GRENOUILLES. l4l
ter sur sa proie , une sorte de délicatesse
dans son goût , ne saisissant que les
corps en mouvement , ou les animaux
dont les cadavres ne sont pas putréfiés ;
leur œsophage est très-grand , se dilate
beaucoup ; il en devient ainsi plus pro-
pre à contenir une quantité considé-
rable d'alimens.
Dès que le printemps est de retour ,
îa grenouille se plaît , sur-tout la nuit^,
à jeter un cri, souvent répété , com-
posé de sons rauques, de sons discor-
danset d'autant plus désagréables, qu'ils
sont produits à la fois par un grand
nombre de ces animaux: ces clameurs
rudes et fatigantes sont connues sous
le nom de coassement. Les mâles font
le plus de bruit ; ils enflent , de chaque
côté du cou , deux vessies , qui se rem-
plissant d'air ^ deviennent pour eux des
instrumens de musique. La femelle ne
fait que gonfler sa gorge , et son cri no
consiste que dans un grognement assez
sourd. Les vessies du mâle se remar=-
Beptiles. II. a3
l42 HISTOIRE NATURELLE
quent fort bien , lorsqu'on presse leur
corps, et lorsqu'on met ces animaux
sous le récipient d'wie machine pneuma*
tique. Tel est le chant ordinaire de ces
animaux, si cependant on peut doinier
ce nom à un cri qui blesse si fortement
notre oreille. L'amour a son accent
propre j c'est un son sourd et comme
plaintif.
Une matière graisseuse , renfermée
dans le tronc de la veine-porte , ali-
mente les grenouilles , lorsqu'engour-
dies par le froid , elles se tiennent ca-
chées dans le fond des marais , des lacs,
ou dans des trous en terre : celles qui
liabitent les régions équatorialcs ne
doivent point , à raison de la chaleur
du climat , tomber dans une torpeur
' semblable : on peut , par une chaleur
ou par un froid artificiels, les rappeler
à la vie , exciter chez elles les douces
sensations qu'elles éprouvent au retoi'r
de la belle saison ; ou bien au contraire*
les priver de mouvement , convertir
D ES GRENOiriLLES. l4a
pour elles un beau jour d'été en un
triste jour criiiver, elles engourdir to-
talement : expériences cependant qui
ne laissent pas de leur être funestes.
Ces quadrupèdes ovipares muent
fort souvent lorsqu'il fait chaud ; la
peau dont elles se dépouillent alors ,
presque tous les liuit jours, ressemble
à une mucosité délayée.
Le moment de l'amour est annoncé
dans les mâles par une verrue noire ,
à papilles , qui leur croît aux pieds de .
devant ; c'est un mo5'^en de retenir plus
facilement les femelles : ils montent
sur leur dos , les embrassent étroite-
ment, les doigts entrelacés , nagent
ainsi , avec elles , pendant plusieurs
jours , et ne se quittent point que la
ponte n'ait été faite.
On a coupé la tête à un mâle accou-
plé , et il n'a pas cessé de féconder pen-
dant quelque temps les œufs de sa fe-
melle.
liCS deux sexes sont réunis, et quel-
l44 HISTOIRE NATURELLE
qoes jours s'écoulent : au bout de ce
temps la femelle fait onîeiidje un coas-
sement un peu sourd, pond ses œufs
qui forment un cordon , étant collés
ensemble par une matière glaireuse :
le mâle les arrose de sa liqueur sémi-
nale , au moment où ils s'échappent de
l'anus de la femelle. Telle est la seule
manière d'accouplement qui existe en-
tre ces animaux , de même que dans
tous les reptiles de cette division. La
fécondation une fois opérée, le mâle
se sépare de sa compagne et reprend
son agilité ordinaire.
L'œuf, fraîchement pondu , consiste
dans un globule noir d'un côté , blan-
châtre de l'autre , placé au centre d'un
autre globule glutineux, transparent,
servant de nourriture à l'embryon :
cette substance alimentaire est conte-
nue dans deux enveloppes membra-
neuses qui représentent la coque de
l'œuf.
Suivant un temps plus ou moins
DES GRENOUILLES. l45
long et. qui dépend des diiïerens degrés
de chaleur de l'atmosphère , le globule
du centre se développe et prend le nom
de têtard , gyriniis : cet embryon dé-
chire alors les pellicules qui le recou-
vroient, et nage dans la liqueur glai-
reuse environnante , conservant pen-
dant quelque temps son cordon ombili-
cal qui est attaché à la tête : il sort un
peu quelquefois de cette matière , y
revient pour y prendre de la nourritu-
re , grossissant toujours , de manière
qu'on commence à lui distinguer la
tête , la poitrine . le ventre et la queue.
La bouche des têtards est placée sur
la poitrine , ce qui les oblige , de même
que les poissons qui sont dans ce cas ,
de se renverser sur le dos lorsqu'ils
veulent saisir quelque objet nageant
sur la surface de l'eau , ou chasser l'air
renfermé dans leurs poumons : ces mou-
vemens sont exécutés avec beaucoup
de vitesse.
Au bout de quinze jours les yeux
3 46 HISTOIRE NATURELLE
commencent quelquefois à paroître-,
encore fermés , et Ton apperçoit les ru-
dimens des pattes de derrière ; la peau
qui recouvre les line'amens de ces pattes
s'étend à mesure qu'elles croissent ; les
doigts sont indiqués par des boutons ,
et la forme du pied est reconnoissable ;
les pattes antérieures demeurent encore
cachées ; elles paroissent cependant
quelquefois les premières.
Deux mois après avoir commencé à
se développer, les têtards prennent la
vraie forme de grenouille : la peau du
dos se fend près de la tête , et c'est par
cette ouverture que sort peu à peu le
nouvel animal , dont l'on voit d'abord
la tête et les pattes de devant ; la dé-
pouille est repoussée en arrière , et le
reste du corps est à découvext , mais
pourvu encore d'une queue qui dimi-
nue insensiblement de volume , et finit
à la longue par s'oblitérer. Tous les
autres quadrupèdes ovipares de cette
section subissent de semblables inéta-
D ES GR EN QUILLES. 14/
morpLoses. Les couleurs des grenouilles
pâlissent après l'accouplement , ce qui
fait croire à des personnes du peuple
que ces reptiles se changent Tété en
crapauds.
Les grenouilles doivent vivre assez
long-temps : on peut tirer cette induc-
tion de la ténacité de leur vie , qui
n'est point détruite par une seule bles-
sure partielle de leur corps , et qui est
encore prolongée de quelques momens
dans un individu auquel on a arraclié
le cœur et les entrailles : elles sont ac-
coutumées à demeurer quelque temps
sous l'eau sans respirer , la circulation
du sang ayant lieu chez ces reptiles
d'une manière un peu différente de
celle que l'on observe dans les quadru-
pèdes vivipares, comme nous l'avons
déjà dit en parlant de l'organisation
générale des reptiles ; il n'est donc pas
surprenant qu'elles résistent davantage
à la privation de l'air; étant renfermées
l48 lîTSTOIRE NATUREI.LÎ3
sous le récipient de la macliiiie pneu-
nialifjiie.
Ouire les serpens d'eau , plusieurs
poissons , les oiseaux de rivage , diffé-
rens quadrupèdes , les grenouilles , ont
pour ennemis l'iiomme , auquel leur
chair fournit un mets très-agréable :
on les pêche à la ligne , avec des hame-
çons garnis de vers , d'insectes , ou
mieux et plus simplement avec un mor-
ceau d'étoffe ronge : on les prend aussi
avec des filets à la clarté des flambeaux,
dont la lumière les effra^'^e et les rend
immobiles. Les Suisses se servent de
râteaux à longues dents.
La médecine fait encore usage de ces
animaux, ainsi que de leur frai.
La Grenouille comumne , Rana
esculenia,
* Ce reptile est tellement connu, qu'il
seroit superflu de s'appesantir siu' sa
description. Il nous suffira d'énoncer \ts
D ES GRENOUILLES. l49
caractères qui le font distinguer des
autres espèces du même genre : sa cou-
leur , en dessus , est d'un verd plus ou
moins foncé , avec des taches noires qui
s'agrandissent avec Fâge , et trois raies
jaunes qui s'étendent le long du dos 5
les deux latérales forment une saillie ,
et celle du milieu au contraire est en-
foncée : le dessous du corps est blanc ;
le museau se termine en pointe; les
yeux sont gros , brillans, avec l'iris de
couleur d'or ; le dos présente quelques
inégalités; les pieds de derrière sont
réunis par une membrane : la longueur
de la grenouille commune est , dans
nos pays , de deux à trois pouces j
depuis le museau jusqu'à l'anus ; les
pattes postérieures ont quatre pouces
de long.
La grenouille commune se trouve
dans les eaux douces et stagnantes de
toute l'Europe, et à ce qu'il paroît,
dans plusieurs contrées des autres par-
ties du monde. Nous avons donné son
l5o HISTOIRE NATURELLE
liistoire , en traitant en général des ani°
maux de ce genre.
La Grenouille rousse , Rana
temporaria.
Cette espèce ne semble être , au pre-
mier apperçu , qu'une variété de la
grenouille commune ; mais sa couleur
rousse ou jaunâtre , la tache noire qu'elle
a entre les yeux et les pattes de devant,
quelques différences dans les habitudes,
doivent nous la faire distinguer, même
spécifiquement , de la grenouille précé-
dente ; son ventre est blanc et tacheté
de noir, à mesure qu'elle vieillit ; les
cuisses sont rayées de brun : on la re-
présente avec une échancrure au bout
de la langue : ses deux pointes , et plus
encore la matière gluante dont elles sont
enduites , sert à retenir les insectes , les
vers dont cette grenouille se nourrit
aussi , et sur lesquels elle s'élance avec
la rapidité d'un trait.
ro7n .II.
1^(^. ifio.
Ded-eve Jel .
Mtivef Oculv.
1 . La Gveiioxiille rôtisse
21 . La G . Q'aloinieo , maie
5 . La femelle ,
DES GRENOUILLES. l5l
Des auteurs l'ont appelée la Muette ,
parce qu'elle n'a pas le cri désagréable
et importun de la grenouille com-
mune ; elle fait cependant entendre
dans l'accouplement, ou lorsqu'on la
tourmente , une sorte de grognement :
celui du mâle est moins foible et plus
souvent répété.
Les grenouilles rousses passent une
grande partie de la belle saison à terre ,
dans les jai'dins, dans les prés, les lieux
couverts, et s'éloignent un peu de l'eau,
habitude qui les distingue de la gre-
nouille commune ; elles regagnent les
endroits marécageux vers la lin de l'au-
tomne, et passent l'hiver enfoncées dans
la vase , ou dans quelque trou ; la cha-
leur les ranime de bonne heure ; les
jeunes se répandent dans la campagne j
celles qui sont âgées de trois ou quatre
ans , ou qui sont capables de se repro-
duire , restent dans l'eau jusqu'à ce que
ie temps de leurs amours soit passé )
l52 HISTOIRE NATURELLE
elles demeurent unies pendant q^uatre
jours environ.
Les métamorphoses sont dans cette
espèce les mêmes que celles de la gre-
nouille commune , leur période est seu-
lement un peu plus long ; ce n'est qu'an
bout de trois mois que le développe-
ment entier du corps est achevé. Les
jeunes grenouilles profitent , dit-on, de
la nuit pour quitter les lieux qui les
ont vu naître et gagner les terres ; le
jour elles se cachent sous les pierres et
sous différens arbres. L'abondance de
ces voyageuses est quelquefois telle .
que le peuple s'est imaginé qu'elles
étoient tombées des nues.
On a débité aussi que les grenouilles
rousses étoient venimeuses, mais on les
mange sans éprouver le moindre acci-
dent , dans plusieurs pays de l'Europe :
ces animaux habitent presque la tota-
lité de cette partie de l'ancien continent.
Le cit. Lacépède conjecture que cette
espèce est celle que Catesby nomme
Torn .Jfl.
FiU/ . 2Ô2> .
Dégrevé Jel .
Ifuher tPi'u//' ■
1 . lia Greiioaiille iiiuonssante .
2 . liA G . tacliotoo .
DES GRENOUTLLES. l53
grenouille de terre , et qui se trouve
dans la V irginie et dans la Caroline. Il
paroîtroit, d'après les observations de
ce dernier Naturaliste , que cet animal
préfère pour nourriture les insectes qui
sont pliosphoriques ; il éprouva cons-
tamment qu'il saisissoit de petits corps
enflammés.
La Grenouille mugissante , Rana
pipiens»
Cette espèce est remarquable par sa
couleur verdâtre , parsemée de taclies
irrégulières noirâtres , et par une bande
longitudinale jaunâtre , partant du nez ,
tout le long du dos jusqu'à l'anus.
C'est la plus grande espèce connue ,
puisqu'elle a huit pouces de long sur
trois pouces et demi de large.
Les yeux sont un peu saillans ; le
tympan est grand et brunâtre , entouré
d'un cercle jaunâtre -, la mâchoire su-
périeure est munie de petites dents nom-,
Keptiles. II. i4
V
l54 HISTOIRE NATURELLE
breuses , et le palais a quatre saillies ,
dont les deux du milieu sont garnies
de dents ; le dessous du corps est d'un
gris jaunâtre ; les pieds antérieurs ont
quatre doigts courts et fendus , et
les postérieurs en ont cinq longs et
palmés.
C'est principalement dans la Caro-
line qu'on trouve cette grenouille , qui
est nojiimée par les Anglo- Américains
hull'frog , parce que son coassement
imite en quelque sorte le mugissement
d'un taureau : ce nom a aussi été donné
à la grenouille ocellée et à la criarde :
quelques personnes assurent qu'elle
avale quelquefois des jeunes canards
lorsqu'ils nagent sur les marais près des
habitations.
Il ne faut pas rapporter à cette
espèce le rana pipiens de Sclireber ,
qui est le synonyme de la grenouille
criarde.
Nous observerons en outre que le
^citoyen Lacépède a réuni avec la gre-
DES GRENOUILLES. l55
nouille mugissante , celle (j[ue nous
nommons ocellée , d'après Linnée.
La Grenouille grognante , Rana
griamiens.
Le dessus de son corps est brun ou
noir , et le dessous est blanc , avec des
nuances et des mouchetures plus ou
moins brunes et variées dans leur forme.
Elle a huit à neuf pouces de long de-
puis le bout du nez jusqu'à l'extiémité
des pieds postérieurs ; et c'est , selon
Bartram , la plus grande grenouille que
l'on ait vue dans la Floride et sur les
côtes de la Caroline.
Ses membres ont des bandes trans-
versales noirâtres ; les environs de la
bouche et des lèvres sont jaunes.
Bartram a découvert cette grenouille
dans les lacs et les grandes rivières des
parties sud de l'Amérique septentrio-
nale -, sa voix foible et désagréable imite
le grognement d'un porc. Deux indi-
l56 HISTOIRE NATURELLE
vidus de cette espèce , placés an Mu-
séum d'Histoire naturelle de Paris, ont
tiii trait ou plusieurs points alongés ,
jaunâti:es, derrière l'œiL
La Grcnonille ocellée , Raiia
ocellata»
Quoique les Naturalistes ayent con-
fondu cette grenouille avec la mugis-
sante, elle doit en être séj^arée, soit à
cause de sa forme moins élancée , soit
par des taclies rondes et brunes, entou-
rées de jaunâtres et ocellées, qui sont
répandues dessus le corps, sur-tout près
des reins et sur les cuisses.
Séba , qui a figuré cette grande gre-
nouille dans le tome premier de son
ouvrage (pi. yS , fig. i) , dit qu'elle est
très-élégamment peinte de taclies rous-
sâtres et veinée de jaunâtre dessus le
corps, qui est d'un cendré sale-, le ven-
tre est blanchâtre : elle a les yeux et
le tympan pareils à ceux de la gre-
nouille mugissante.
DES GRENOUILLES. l5%
Tous les doigts sont dépouvus do
membranes, et ils ont une petite cal-
losité sous chaque articulation des pha-
langes.
On la trouve dans la Virginie et la
Pensylvanie , peut-être même aussi
dans les diverses parties de l'Amérique
septentrionale.
Il faut rapporter à cette espèce ,
1°. TuB. grenouille haléclne y décrite par
Kalm , et figurée par Catesby dans le
tome 1 1 de son histoire naturelle de la
Caroline ( pi. 70 ). 2". Le ranapipiens
que Schneider a décrit dans son his-
toire naturelle des amphibies; et dont
Schreberadonné une histoire très-com-
plète dans l'ouvrage allemand intitulé
Naturforscher y (tom. 18^ pag. 182,
plane. 4 ).
La Grenouille criarde , Rana
clamitans,
liC dessus de son corps est légèrement
tuberculeux y d'un cendré obscur , par-
358 HISTOIRE NA.TUIIELLE
semé irrégulièrement de points noirs
inégaux , et sa lèvre supérieure est
d'un vertobcur.
Sa longueur est de deux pouces.
Elle a la tête peu obtuse , et l'iris
doré.
Le dessous du corps est d'un blanc
argenté tacheté de brun.
JLes membres ont en dessus des ban-
des transversales brunâtres peu dis-
tinctes ; les doigts des pieds antérieurs
sont fendus , et ceux des postérieurs
palmés.
Cette espèce a été trouvée par le na-
turaliste Bosc, dans les eaux douces de
la Caroline, près de Cliarlestown. A
cause de sa couleur sombre, on la prend
(d'abord pour un crapaud ; mais on est
facilement détrompé à l'extrême vites-
se de ses mouvemens. Si par hasard on
3a surprend près des eaux, elle s'y lance
en jetant un cri, ce que ne font pas les
autres grenouilles connues.
DES GRENOUILLES. l5g
La Grenouille galonnée , Rana
typhonia.
Sa couleur est d'un gris plus ou moins
rougeâtre, parsemé de petites taches ar-
rondies d'un brun noirâtre, avec cinq
lignes longitudinales saillantes et jau-
nâtres dessus le corps.
Elle a quelque ressemblance par sa
forme avec la grenouille verte; mais
elle est moins grande, puisqu'elle a au
plus deux pouces de longueur.
Le dessous du corps est d'un jaunâtre
pâle, et seulement granulé, sous les
cuisses et près l'anus : les flancs ont
quelques verrues.
Tous les doigts sont fendus, et munis
d'un petit tubercule sous chaque arti-
culation des phalanges. Le mâle a seul
une vessie vocale sous chaque côté delà
mandibule inférieure; la bande jaunâ-
tre , qui est sur le milieu du dos , est
plus large à la femelle.
l^o IITSTOIRE NATURELLE
On trouve assez fréquemment cette
grenouille à Surinam et à Cayenne. Së-
ba en a figuré un individu dans son ou-
vrage sous le nom àe grenouille de Vir^
ginie (tom. i , pi. 76 , fig. 4 ).
La Grenouille rougette , Rana
ruhella.
Sa couleur est d'un rouge ferrugi-
neux , avec un trait longitudinal plus
foncé sur le dos , et deux sur les flancs ;
de plus elle a des bandes transversales
dessus les membres; une tache de même
couleur sur le tympan , et une autre ta-
che triangulaire blanchâtre; sur le front,
entre le nez et les yeux.
Elle ressemble , par sa forme , à la
grenouille galonnée ; mais elle n'est lon-
gue que de quinze lignes.
Elle a un trait blanc sur le tympan ;
le dessous du corps est blanchâtre, avec
des petits points roussâtres sous la tète,
et avec quelques petites taches égale-»
DES GRENOUILLES. iBt
ment roussâtres sous le ventre et les
cuisses.
Les doigts des pieds antérieurs sont
séparés et ceux des postérieurs foible-
ment demi-palmés.
lia patrie de cette espèce m'est in-
connue. Je l'ai trouvée dans la galerie
du Muséum d'histoire naturelle de Pa-
ris. ( Cette description est du cit. Dau-
din.)
La Grenouille tachetée, Rana
jnaculata.
On peut facilement la reconnoître à
la couleur du dessus de son corps , qui
est d'un brun rouge avec trois taches
d'un vert clair dessus la tête , et une
autre arrondie de même couleur sur
chaque épaule.
Son corps a une forme svelte , et il a
seulement un pouce de longueur.
Sa tête est grosse , avec le nez pointu
et les yeux saillans : elle a des taches
l()2 HISTOIRE NATURELLE
d'un gris pâle dessous les yeux, une ligne
javuiâtre très -étroite prolonge'e des
yeux sur les côtés du corps , qui est en
dessous d'un eris blanchâtre comme
marbré de points et de traits noirâtres
et granulé.
Tous les doigts sont minces , alongés
et entièrement séparés.
Cette espèce nouvelle a été rapportée
de File Portorico, par Mangé, natura-
liste très-zélé qui accompagne le capi-
taine Baudin , dans^ le voyage nouvelle-
ment entrepris pour la mer du Sud , et
décrite par le cit. Daudin.
La Grenouille Jackie , Rana
Paradoxa,
Cette espèce est remarquable par des
marbrures d'un brun rouge sur un
fond verdàtre dessus le corps , et par le
dessous blanchâtre, marqué de quel-
ques lignes roussàtres et obliques sous
ies cuisses.
Tani .JI.
Paç . lûo.
Dej'eve a et >
T^ Tcn^Jieii Jcid^ ,
1. La Gi'eïioiiille Jackie
3 . S on tetar-d .
DES GRENOUILLES. l63
Son corps, long de deux pouces et de-
mi environ , ressemble par sa forme à
celui de la grenouille rousse ; mais ii
est lisse et sans plis ; le dos et les flancs
ont quelques petites taches roussàtres;
la gorge du mâle , selon Schneider , est
munie d'une vessie vocale.
Les doigts des pieds ante'rieurs sont
amincis et pointus, ainsi que ceux des
postérieurs; mais ces derniers sont seuls
palmes.
Cette gi'enouille que l'on trouve fre'-
quemment à Surinam , présente un fait
très- singulier par rapport à ses trans-
formations , lequel a induit en erreur
M'*^ Mérian et Séba. Ces deux auteurs
ont prétendu affirmativement que la
jackie passe de l'état de grenouille à ce-
lui de têtard, et qu'elle se métamorphose
ensuite en poisson. Cette opinion erro-
née est seulement fondée sur ce qu'on
trouve des têtards de jackie aussi gros
que ranimai parfait, et que ces têtards
ont quelque ressemblance, parla forme
î64 HISTOIRE NATURELLE
de leur queue , à une espèce de poisson.
X)'après mes propres recherches , la jac-
kie, ainsi que les autres grenouilles,
sort de l'œuf sous la forme d'un té-
tard ; ce têtard grossit beaucoup, sa
queue s'alonge ets'applatit, de manière
à imiter en quelque sorte la partie pos-
térieure d'un poisson -, mais elle en dif-
fère essentiellement parce qu'elle a sur
ses deux tranchans une large mem-
brane , et non une nageoire composée de
rayons comme les poissons. L'examen
des têtards de la jackie pourroit suffire
pour convaincre les naturalistes de la
vérité de cette assertion ; mais j'ajoute-
rai pour dernières preuves, qu'on trou-
ve dans les eaux douces de Surinam ,
des petits têtards de la grejiouille dont
je donne ici l'histoire , et que les têtards
du crapaud brun d'Europe présentent ,
selon Roesel et Laurenti, la même sin-
gularité, c'est-à dire qu'ils deviennent
aussi gros que lanimal parfait, et que
leur longue queue membraneuse a
DES RAINES. i65
quelque ressemblance avec celle d'an
poisson.
Les observations neuves de cet ar-
ticle, m'ont été communiquées parle
cit. Daudin.
X I V^ GENRE.
RAINE, Hyla.
Caractères génériques. Point de queue ;
pattes postérieures fort longues ; doigts
terminés par une pelote visqueuse , et
placée sur un empattement.
XiEs raines, que quelques auteurs mo-
dernes ont nommées rainettes , ont plu-
sieurs traits de conformité avec les ère-
nouilles; mais outre que leur corps est
plus court , presque triangulaire , que
leurs pattes postérieures sont plus lon-
gues et rendent ces animaux plus agiles >
elles ont un caractère tranchant, et qui
n'est propre qu'aux reptiles de ce genre j
leurs doigts ne finissent pas en pointe,
ileptiles. II. i5
iGG HISTOIRE NATURELLE
ou du moins ne sont pas de grosseur
cgale ; ils s'élargissent , et s'arrondis-
sent à leur extrémité : sous cet empatte-
ment est une plaque ou une pelotte vis-
queuse. Les pieds de devant ont quatre
doigts et ceux de derrière quatre , ainsi
que le grand nombre des reptiles de cette
division.
Les raines sont très-agiles, etontleurs
mouvemens très-déliés. Elles passent la
belle saison au milieu des bois, dans les
jardins ombragés, posées sur une bran-
che , même sur la surface inférieure
d'une feuille , pouvant se coller , avec
la plus grande facilité , aux corps les plus
unis, parle moyen de leurs pelottes vis-
queuses, et leur peau étant gluante.
Elles sautent de rameau en rameau, s'é-
lancent très-rapidement sur les insectes
qui sont à leur portée, les saisissent et
les retiennent avec leur langue. Consi-
dérées sous quelques rapports, les raines
sont, danscettc section des quadrupèdes
ovipares , ce que les iguanes , les cauio-
DES RAINES. iS/
ïéons sont dans la précédente ; elles fré-
quentent , comme eux , les haies , les
arbres et s'y tiennent tranquilles , soit
pour se soustraire aux regards de leurs
ennemis, soit pour y atlendi'e patiem-
ment leur proie.
Les développemens , les métamor-
phoses des raines diffèrent très-peu. de
ceux des grenouilles. Ce n'est qu'au bout
de trois ou quatre ans que ces aniuiaux
sont en état de perpétuer leur espèce;
jusqu'à cette époque, ils sont presque
muets, les mâles même Le temps de
leurs amours est la fin d'avril.
Leur pairie, lélément qui les vit
naître , l'eau devient alors l'asyle des
deux sexes, et c'est-là qu'ils s'abaudon-
nent aux jouissances d'une union volup-
tueuse, et qu'ils donnent l'existence à
une nombreuse postérité. Tout autre
lieu ne pourroit leur être favorable et
seconder leurs projets.
Les raines ne vivent dans les bois que
pendant les saison chaudes ou tempe-
3 68 HISTOIRE NATURELLE
rées de l'année. L hiver lenr commande
la retraite. Elles se tapissent au fond des
eaux. , dans le limon des marécages , et
y demeurent engourdies jusqu'à l'arri-
vée du printemps. Dès le mois d'avril
ou (le mai, et sur-tout lorsque le temps
est à !a pluie, on commence à entendre
les cris rauques , forts et coupés des mâ-
les, qui gonflent alors beaucoup leur
gorge. Cette partie se rembrunit avec
r.-ige.
L-'accouplement des raines se fait,
à-peu-près , de la même manière que
celui des grenouilles : deux jours envi-
ron sufTisent à la femelle pour achever
sa ponte. 11 arrive quelquefois que le
mâle délaissant trop tôt sa compagne ,
les derniers œufs sont stériles.
Nous avons observé un changement de
couleurs dans les grenouilles qui se sont
accouplées. La même alléralion a lien
pour les raines; de rousses elles devien-
nent grisâtres , avec des taches rous-
ses, ensuite bleues, enfin vertes.
Torn .JT.
l'aa.ith).
LS IJ
De
1 . La Raïuc commune. 2 . La R . Licolore
DES RAINES. 1 %
Il faut, au moins, deux mois pour
que les jeunes raines soient parvenues à
avoir la forme qu'elles doivent conser-
ver toute leur vie. Cet instant arrivé ,
elles quittent leur berceau, et vont dans
les bois et les lieux ombragés.
La raine verte ou la commune peut
vivre aisément dans les maisons, en lui
fournissant une nourriture et une tem-
pérature convenables. Le cit. de Fran-
ce , amateur zélé d'histoire naturelle,
m'a communiqué sur cette espèce un
fait bien singulier qu'il a observé , en
nourrissant cliez lui ce reptile. Il avale
les peaux dont il se dépouille à chaque
mue.
La Raine verle ou commune,
Hyla viridis.
Elle est très-facile à reconnoître à sa
couleur d'un vert gai en dessus, et à une
ligne jaune bordée en dessous de violet,
laquelle ligne un peu crénelée en feston ,
«•
IJO HISTOIRE NATURELLE
se prolonge des lèvres sur les côtés du
corps, et forme un sinus sur les lombes.
Sa longueur est d'un pouce et demi.
Le dessous du corps est granulé, c'est-
à-dire couvert de petits grains rappro-
chés , et teint de jaunâtre très-pâle et de
rougeâtre.
Tous les doigts sont nn peu rouges
en dessus , séparés aux pieds antérieurs ,
et demi-palmés aux postérieurs.
On la trouve dans les parties méri-
dionales de l'Europe.
Le cit. Daudin a indiqué , dans son
Histoire naturelle des Quadrupèdes
ovipares, d'après Roesel , trois variétés
de la rainette commune, savoir : \°.La
rainette brunâtre ; 2°. La rainette cen-
drée-blanchâtre ; 3'. et la rainette d'un
hleu-uerdâtre clair.
La Raine à tapir er, Ilyla tinctorial
Le cit. Lacépède avoit regardé cette
espèce comme synonyme de ia raine
Torn .J/.
J^a{/ . j^jo
•«**
Doj'cue ael .
Ze f^llaùi iTcxilp .
1 . La 11 Allie a tapir er .
a . La R . a LanHoan •
3 . La R. livpoclioiidrialo
DES RAINES- 1 71
ronge ; mais nous pensons qu'elle en dif-
fère assez pour n'être pas confondue
avec elle. On peut facilement Teii dis^-
tinguer à son corps lisse, d'un brun rouge
foncé, ou d'un bleu ardoisé sombre, avec
deux lignes longitudinales d'un blanc
jaunâtre partant du front et se prolon-
geant jusqu'auprès de l'anus.
La longueur du corps est d'un pouce
ou environ. Cette raine est voisine, par
sa forme, de celle àbaudeau j le dessous
de son corps est remarquable par de pe-
tites taches nombreuses , rondes et en-
tourées d'une teinte plus pâle-, tous les
doigts sont entièrement dépourvus de
membranes.
Elle habite dans la Guiane et à Suri-
nam. Le savant et respectable Lacépè-
de a annoncé , dans son Histoire natu-
relle des Quadrupèdes ovipares, que
cette espèce sert à tapirer les perroquets
P' de l'Amérique en rouge ou en jaune; et
le citoj'^en Sonini a lui-même observé ce
fait pendant son séjour à Cayemie. Pour
17^ TÎÎSTOTÎ^E XATlTRELLcT
cette optratioii , les Américains arra-
chent les plumes Alertes des jeunes per-
roquets, etfrottent ensuite la peau avec
le sang de la rainette ; les plumes qui
renaissent sont alors rouges ou jaunes.
La Raine à bandeau , Hyla
frontalis.
Son caractère distinctif est d'avoir le
dessus du corps d'un brun rougeâtre,
orné d'un large bandeau blanc partant
du front , et prolongé sur les côtés anté-
rieurs du dos , et avec des petites ta-
ches arrondies , également blanches en
dessus des membres.
Sa longueur est d'un pouce et demi
au plus.
Sa tête est petite et un peu obtuse.
Outre les taches blanches indiquées ci-
dessus , on en voit une plus large et un
peu ovale sur la partie inférieure du dos.
Le dessous du corps est lisse et blan-
châtre.
2'om .JI-
-Pqç ■ 17^ •
*K
Dégrevé de/ .
Ifuher J'ci/7p \
La Kaine pa, pag. 6.),
)) qui ne sache nommer la salamandre
3) myrtil ; en Savoie une plupine , ,car
5) on la voit quand il pleut; au Maine
)) un sourd , car il semble qu'elle soit
)) sourde , et toutefois aucun ne sait que
3) c'est la salamandre ».
Ce reptile est en effet assez re'pandu
dans presque toutes les parties de la
France , où elle porte differens noms ;
et le peuple, qui les lui a imposés , ne se
doute guère que c'est de cet animal que
l 'on a dit, qu'il pouvoit vivre au milieu
des flammes et sur le brasier le plus ar-
dent. Aristote qui ne parle que très-peu
de la salamandre, rapporte que l'opinion
commune est qu'elle marche au travers
du feu, et qu'elle l'ëteint sur son passage.
Quelques auteurs nese sont pas conten-
tësd'une propriëtëdëjà si merveilleuse,
ror,i .JI.
Pqç .0p> /^ tf
JJej-eve c/el ■
Ze FiBain d'elle.
1 , La Salamandre terrestre
2 . Tja S . marbrée .
5 . La ^» • a erele .
f
DES SALAMANDRES. I(j5
ils ont ajouté que la salaniaudre vivoit
flans le feu comme dans son élément pro-
pre , et qïi'elle se nourrissoit de sa sub-
stance. Des représentations monstrueu-
ses de l'animal en faisoientun être aussi
extraordinaire que sa manière de vivre.
On le croyoit un animal fort redouta-
ble ; sa morsure donnoit, disoit-on, la
mort comme celle de la vipère; et quel-
ques auteurs graves n'ont pas craint d'é-
crire, qu'un homme mordu par la sala-
mandre , devoit , s'il A^ouloit conserver
quelque espoir de guérison, appeler au-
tant de médecins que le reptile a de ta-
ches.
Toutes ces erreurs, enfans d'une ima-
gination égarée, se sont transmises d'âge
en âge et ont composé, jusqu'au siècle
dernier, l'héritage bizarre de la crédu-
lité. Des hommes célèbres, ayant l'ha-
bitude des découvertes , n'ont pas dé-
daigné de travailler à dissiper ces préju-
gés : ils ont senti que détruire une er-
reur étoit l'équivalent de la promulga-
19^ HISTOTRE NATUP.ELLF,
tioTi d'une vérité. Tilinj^ius en Allema-
gne ; Perrault et Maupertuis en France,
ont démoirtré que si on a la barbarie de
jeter une salamandre au feu, elle y
résiste quelque temps, parce qu'il dé-
coule des glandes qui aboutissent à sa
peau une liqueur assez abondante , mais
qu'elle Huit par y être consumée.
L'empire du merveilleux a tant d'at-
traits et de puissance sur certains esprits,
qu'il n'a pas tenu à de prétendus obser-
vateurs de faire revivre , comme une
chose réellement existante , la fable jus-
tement proscrite, de l'inoombustibilité
de la salamandre. L'on a imprimé , en
1 789, dans plusieurs feuilles périodiques,
etparticulièrementdanslaBibliothèqne
physico-économique , recueil très-ré-
pandu, une lettre de M. Pothonier^ sur
ce sujet. Cet ancien consul de Rhodes ,
après s'être plaint avec beaucoup d'a-
mertume de l'incrédulité du siècle, et
avoir fait des reproches aux Naturalis-
tes, et nommément à rillusLre Lacé-
DES SALAMANDRES. 197
pède , d'avoir rejeté comme absurdes
les contes que les anciens ont débités ,
sans aucun égard pour ceux qui nous
les ont transmis , rapporte une anec-
dote , dont le but est de rétablir la sa-
lamandre dans son privilège de vivre
au milieu du feu, même le plus ardent.
(( J'étois , dit-il , occupé à écrire dans
)) mon cabinet, à l'île de Rliodes ; j'en-
)) tends tout-à-coup des cris exraordi-
^) naires dans ma cuisine-, j'y cours, et
)) je trouve le cuisinier tout effrayé,
)) qui me dit , dès qu'il m'apperçut,
)) que le diable étoit dans le feu : je re-
» garde, et je vois au milieu d'un feu
)) très-ardent , un petit animal , la
)> gueule béante et le gosier palpitant.
» Je l'examine, et après m'ètre assuré
)) que ce n'étoit pas une illusion, je
» prends les pinces pour le saisir \ à la
D) première tentative que je fais , cet
)) animal, qui avoit été immobile jus-
)) qu'àcet instant, c'est-à-dire, pendant
» xin intervalle de deux ou trois minu-
îf)8 HISTOIRE NATURELLE
)) tes, s'enfuit dans le coin de la clienii-
)) née; je lui coupai le petit bout de la
» queue . il se cacha dans un amas de
)) cendres cbaudes; je l'y poursuivis.
» Etant parvenu aie découvrir, je l'at-
» teignis d'un second coup sur le mi-
» lieu du corps, et je le saisis. C'étoit
5) une espèce de petit lézard, que j'en-
» fermai pour le conserver dans un bo-
)) cal rempli d'esprit-de-vin. J'ai fait
)) part, dans le temps , de ce phénomène
» à M. le comte de Buffon; ]ei lui ai
)) donné ma salamandre : il l'a trouvée.
)) différente de toutes celles qu'il avoit
)) déjà: il m'a beaucoup questionné sur
-» ce fait extraordinaire , et m'a dit qu'il
.1) ne raanqueroit pas d'en faire mention:
» il m'a demandé la permission de me
î) citer. On me reprochera sans doute de
)) n'avoir pas assez mis d'ordre, assez de
)) méthode dans cette observation ; mais
3) peu accoutumé à en faire de ce genre ,
5) je n'ai pas pensé d'abord à l'impor-
» lance dont elle pouvoit être )>.
DE s SALAMANDPuES. 19^
Il faut, en effet , que l'observateur
émerveillé ait mis beaucoup de désor-
dre dans son observation , et que son
imagination troublée l'ait trompe et sur
le temps que le reptile a passé dans le
feu , et sur son entière conservation.
Quelque importance que M- Potbonier
ait voulu donner à ce qu'il appelle son
expérience , en se targuant de l'atten-
tion que Buffon a , dit-il , apportée à
son récit , je me serois bien gardé d'en
faire mention , s'il n'étoit pas consigné
dans des recueils qui se trouvent en
beaucoup de mains, et si j e n'avois pas été
moi-même à-peu-près témoin de cette
prétendue merveille. Je passai à Rho-
des peu de jours après que M. Potlio-
nier , homme fort estimable , mais dune
ignorance complète en tout ce qui a
rapport à l'histoire naturelle, eut mis
sa salamandre dans l'esprit-de-vin. Il
s'empressa de me la montrer, eti! avoit
encore l'esprit si rempli du prodige
q^u'il avoit cru voir , il en parloit
200 HISTOIRE NATURELLE
avec tant d'enthousiasme et de pré-
vention^ que je ne voulus pas lui don-
ner le chagrin de le détromper et de
dissiper son illusion , qui l'empêchoit
d'appercevoir que les pattes, et quel-
ques places sur le corps d'un reptile
incombustible à ses yeux, étoient à de-
mi-gri liées.
La liqueur que la douleur occa-
sionnée par le feu, excite la salaman-
dre à jeter au-dehors , est blanchâtre ;
elle découle par une multitude de petits
irons ou de pores , la plupart visibles à
l'oeil, comme de petits points noirs,
dont la peau est criblée ; l'humidité
que ce suintement laiteux procnre à
la peau est suffisante pour éteindre quel-
ques petits charbons enflammés , de la
même manière qu'un linge mouillé les
éteindroit ; mais elle se tarit bientôt
et se dessèche sur un brasier , et l'ani-
mal , aussi bien que tout autre, fniit
j)ar y brûler.
Il est probable que les nombreux
DES SALAMANDRES. 201
mamelons dont la peau de la salamandre
est garnie , sont les réservoirs où cette
liqueur s'amasse et s'élabore j l'animal
peut la répandre à volonté , et c'est
toujours lorsqu'il est vivement affecté ;
en pressant son corps, on la fait couler
îivec assez d'abondance ; il a la faculté
de la faire jaillir lui-même à une assez
grande distance , et c'est le seul moyen
de défense qu'il ait à opposer aux atta-
ques de ses ennemis.
Mais cette défense est foible et peu
redoutable , au moins à l'égard de
l'homme et de presque tous les ani-
maux ; quoique l'humeur laiteuse qui
découle des pores de la peau de la sala-
mandre ait une odeur forte et péné-
trante ; quoiqu'elle soit même d'une
grande âcreté , ce n'est pas ^ il s'en faut
bien , un poison mortel, ainsi qu'on le
croyoit dans l'antiquité; et cette opi-
nion étoit tellement accréditée, que les
loix romaines prononçoient contre ce-
lui qui auroit fait manger à un autr«
Reptiles. II. 18
202 HISTOIRE NATURELLE
quelques parties d'une salamandre , la
peine dont elles frappoient les si-
caires et les empoisonneurs : cependant
l'homme n'éprouve aucun mal ni de la
liqueur , ni de la chair même de ce rep-
tile ; et l'on en a la preuve dans l'his-
toire que les éphëmërides des curieux
de la nature rapportent , d'une femme
qui , voulant se défaire de son mari, lui
fit manger une salamandre sans qu'il
en souffrît la plus légère incommodité.
Les expériences de Maupertuis prou-
vent aussi que ce reptile n'est pas plus
funeste à presque tous, les animaux ,
soit qu'on leur en fasse avaler les tron-
çons à l'instant qu'on les sépare de
l'animal vivant, soit qu'on leur donne
des alimens détrempés dans la liqueur
dont son corps se couvre , soit enfin
qu'on en introduise dans leurs veines.
Je ne pense pas néanmoins que l'on
soit jamais tenté de se servir des sala-
mandres comme aliment; et une pareille
nourriture , malgré les expériences que.
DES SALAMANDRES. 2o3
l'on en a faites , ne pourroit être sans
quelque danger.En effet, l'iiumeur dont
le corps de ces animaux est imprégné ,
a trop d'âcreté pour être avalé impu-
nément ; si l'on en met seulement une
goutte sur la langue , elle occasionne
une très-légère douleur à la vérité ,
mais l'éiDiderme ne laisse pas d'en être
offensé ; et , selon Martial , elle a la
propriété de faire tomber les cheveux.
Il paroît que les salamandres de l'Inde,
dont parle Fouclié d'Obsonville , dans
ses Essais philosophiques sur les
mœurs de divers animaux étrangers ,
soit d'une nature différente des nôtres ;
caFil assure que leur chair est agréable
au goût, qu'on la fait cuire avec des
épices , et que les consommés que l'on
en tire font d'excellens restaurans. Mais
il va tout lieu de présumer que ces pré-
tendues salamandres sont plutôt des es-
pèces de lézards.
J'ai dit que tous les animaux , à peu
d'exception près , n'avoient rien à
20i HISTOIRE NATURELLE
craindre de la salamandre , et cette res-
triction est devenue nécessaire , depuis
que M. Laurenti a éprouvé que l'im-
meur laiteuse de ce reptile donne la
mort aux lézards : ce naturaliste fit
inordre une salamandre par deux petits
lézards gris ; elle employoit les plus
grands efforts pour s'enfuir et éviter les
morsures de ces petits animaux ; mais
ne pouvant s'y soustraire , elle lança sa
liqueur dans la bouche de ses ennemis :
l'un mourut à l'instant même ; le se-
cond fut attaqué deux minutes après de
convulsions qui le firent périr : un autre
lézardjdontM.Laurenti enduisit la bou-
che avec la même liqueur, tomba éga-
lement en convulsions, puis en paraly-
sie d'un côté entier du corps ; symptô-
mes qui furent bientôt suivis de la mort.
JL'd morsure des salamandres terres-
tres passoit aussi pour être extrême-
ment dangereuse ; mais cette morsure
est. une chimère, aussi bien que le vc-
ïiin que l'on y croyoit attaché : le
DES S AL AMAN Dî^ ES. 2o5
naturel doux et timide de ces animaux
leur ôte toute volonté de se servir
de leurs dents pour se défendre; l'on a
beau les irriter , ils ne clierclient jamais
à mordre -, et en supposant que l'envie
leur en prît , ils ne le pourroient pas.
En effet, quoique leurs mâchoires soient
découpées par une rangée de petites
dents aiguës , ces dents sont si l'oibles
qu'elles sont hors d'état de pénétrer
dans la chair d'aucun animal ; elles se
dérangèrent plutôt que d'entamer la
cuisse d'un poulet déplumé, que Mau-
pertuis plaça de force dans la bouche
d'une salamandre et qu'il essaya vaine-
ment de faire mordre en serrant les
mâchoires du reptile ; il en appliqua
aussi les dents sur les lèvres et la lan-
gue d'un chien , sur la langue d'un coq
d'inde, et l'observateur ne vit point de
symptôme qui pût faire soupçonner la
présence d'aucune sorte de venin.
La salamandre terrestre est donc un
?inimal innocent ; doux, extrêmement
20G HISTOIRE NATURELLE
craintif, dont l'amonr du merveilleux
avoitfait mal-à-propos un être extraor-
dinaire par des qualités qui sembloient
tenir du prodige, et par l'efiProi qu'elle
inspiroit : ses sensations sont obtuses,
parce que les organes dont elles éma-
nent sont imparfaits. Quoique ses yeux
soient assez gros , la salamandre voit
mal ; aussi sa marche est-elle traînan-
te , et elle se met rarement en mouA^e-
ment. On ne voit point au-deliors d'o-
reilles apparentes -, l'on remarque seu-
lement de chaque côté , derrière les
yeux , un groupe de petits trous sem-
blables à des piqûres d'épingles , qui,
suivant toute probabilité , tiennent lieu
des organes extérieurs de l'ouïe ; et à
bien prendre , ces organes ne sont que
des rudimens informes, très-peu ]>ro-
pres à recevoir les sons. En écartant
les mâchoires et ouvrant la bouche de
la salamandre, si l'on ôtela peau et les
muscles adjaccns , on ne trouve aucun
vestige du tympan j cette partie du
DES SALAMANDRES. 207
crâne est épaisse, et c'est-là (jii'est ca-
ché l'organe acoustique, recouvert en
dessus et en dessous par une petite la-
me ; au-dessous est un vestibule assez
ample, et au-dessus paroissent les ca-
naux demi-circulaires. Les ouvertures
des narines sont très-petites, et annon-
cent que cet animal est aussi mal par-
tagé par l'odorat que par la faculté
d'ouïr. Une peau nue, tantôt sèclie,
tantôt enduite d'une humeur épaisse et
visqueuse , des pattes de crapaud , les
doigts mousses , dénués d'ongles pré-
servateurs et presque sans mouvement,
sont des moyens bien foibles de ressen-
tir les impressions des corps étrangers,
et rendent l'organe du toucher aussi
obtus que les autres : enfin , l^i sala-
mandre , presque sourde, voyant fort
mal , peu susceptible de recevoir des
sensations du dehors, est encore muette,
ou peu s'en faut.
C'est dans les lieux frais et humides
qu'elle fixe le séjour de son existence
208 HISTOIRE NATURELLE
triste et peu active : on la trouve dans
les caves oi!i règne l'iiumiditë, dans
les masures , les décombres et sous les
las de pierres amassées depuis long-
temps , au milieu des champs. J'ai ha-
bité pendant plusieurs années une cam-
pagne , dont la maison placée au fond
d'un vallon étroit étoit bâtie près des
bords de la Saône , vers la source de cette
rivière ; je n'ai vu nulle part plus de
salamandres terrestres ; elles se tenoient
dans les lieux que je viens d'indiquer,
mais jamais elles ne se rendoient dans
l'eau de la Saône , ni de quelques mar-
res environnantes pour y déposer leur
progéniture. Mes propres observations
sur ce sujet s'accordent parfaitement
avec celles de mon savant ami La-
treille, qui a publié tout récemment
tme excellente Histoire naturelle des
Salamandres , et je ne puis mieux faire
que de rapporter ici ce qu'il a écrit sur
riiabiUide que l'on asLippoijée ù la sala-
DES SALAMANDRES. 209
mandre terres Ire , de produire dans les
eaux.
« Les jeunes salamandres terrestres
ont-elles des branchies ? Voilà une ques-
tion que je mets encore au rang des pro-
blêmes, ou que je ne vois pas du moins
entièrement résolue.
)) DesNaturalistesduplusgrand poids
ont avancé qu'elles en avoient , que les
mères se rendoient à l'eau pour y don-
ner naissance à leurs foetus. Je me sou-
mettrois docilement à une telle asser-
tion, si je savois qu'elle ftit établie sur
un fait bien observé , et non sur une in-
duction tirée de l'analogie.
)) J'ai étudié les salamandres dans un
pays où la terrestre est très-commune.
Je n'en ai jamais rencontré soit d'adul-
tes , soit en état de larve, dans l'eau ou
sur ses bords. Elles vivent dans des
lieux frais et humides , mais souvent à
xine distance considérable des eaux sta-
gnantes. Elles habitent fréquemment
des masures dans l'intérieur des villes,
210 HISTOIRE NATURELLE
souvent même en familles assez nom-
breuses. Or , se rendre à un marais , à
un fossé , pour y clioisir le berceau de sa
postérité , me semble être pour elles ,
dans cette circonstance, un parti néces-
saire, et sujet à des difficultés insurmon-
tables. J'éprouve, je l'avoue , une gi^an-
de répugnance à croire la possibilité
d'une telle émigration. Nous avons vu
que la fécondation des œufs et la durée
de la ponte se faisant par intervalles as-
sez distans les uns des autres, prolon-
gent la durée des amours des salaman-
dres. Les mâles devront donc accom-
pagner les femelles dans leur voyage ; et
n'est-ce pas une autre difficulté ? Ce sera
sans doute aussi à la faveur des ténèbres
qu'ils exécuteront leur marche péril-
leuse; caria salamandre terrestre craint
la lumière du jour. Observez encore que
sa queue, conformée d'une autre ma-
nière que celle des Salaniandres aquati-
ques, lui refusera ses services lorsqu'il
sera question de nager. Mais quelles que
DES SALAMANDRES. 211
soient ces réflexions, je me soumettrai
avec la confiance la plus entière , dès
qu'un Naturaliste éclairé me dira : « J ai
)) vu la salamandre terrestre déposer ses
» œufs on ses fœtus dans le sein des
)) eaux. C'est un fait, et non une induc-
)) tion qui en a pris les formes et les cou-
j) leurs » .
)) Si les jeunes salamandres terrestres
ont des brancliies , je verrai ici une pré-
voyance de plus de l'Auteur de la Natu-
re ; il aura étendu sa sagesse conserva-
trice à tous les cas , à celui particuliè-
rement où l'objet de sa tendre sollicitude
viendroit à rencontrer une quantité
d'eau suffisante pour menacer ses jours.
Des branchies lui seroient , dans son
naufrage, une planclie salutaire quil'ai-
deroit à se sauver ( i ) )) .
(i) Histoire naturelle des Salamandres
de France , précédée cPuu tableau métho-
dique des autres reptiles indigènes , par
Vn. A. Latreille , pag. 19 et suiv.
1212 HISTOIRE NATURELLE
Quant à la manière dont la sala-
mandre terrestre se reproduit , les ob-
servateurs ne sont pas d'accord sur
ce point. Maupertuis trouva tout-à-îa-
fois des oeufs et des jjetits formes dans
le ventre d'une femelle. Un Natura-
liste publia en 1788, dans le Journal
de Normandie , des observations qui
confirment celles de Maupertuis. Après
avoir ouvert une salamandre femelle ,
l'observateur enleva le rectum , qui est
très-gros dans cette espèce de reptiles ,
et il découvrit deux grappes d'oeufs
d'un blanc jaunâtre, gros comme des
grains de coriandre , et les deux côtés
transparens d'une double matrice , rem-
plis de petits tous vivansj il y enavoit
sept dans le côté droit et huit dans le
côté gauclie ; ils y étoient roulés chacun
dans une enveloppe : à mesure que ces
petits étoient tirés de leur envelo])pe ,
ils restoientalongés , sans mouvement,
pendant une seconde ; mais au bout de
ee temps ils devenoient aussi vifs que
DES SALAMANDRES. 2i3
de petits poissons , et sautoient avec
beaucoup d'agilité : ces foetus ont
alors seize lignes de long et sont d'un
gris pointillé de noir ; leurs quatre
pattes sont détacliées et bien formées ;
et leur queue est garnie de nageoires
perpendiculaires dessus et dessous ,
comme la nageoire du têtard de la gre-
nouille , quand elle a quitté sa cou-
leur noire. I.e célèbre émule du Pljne
delà France, a rapporté dans son His-
toire naturelle des Quadrupèdes ovi-
pares , des observations analogues à
celles-ci , et qui lui avoient été adres-
sées par nn bénédictin j les foetus, sui-
vant ce dernier observateur , indépen-
damment d'une suite d'oeufs arrangés
en grappes , étoient renfermés et plies
en double dans plusieurs sacs oupoclies
remplis de sanie ; il y en avoit sept
ou liuit dans chacune de ces poches ;
ils n'avoient point de pieds ; leur forme
approchoit beaucoup de celle de petits
poissons , et ils étoient pourvus de
Reptiles. !!• ig
•^î4 HISTOIRE NATURELLE
brancliies ; leurs yeux etoient vifs et
saillans , et ils portoient deux sortes de
nageoires assez longues, du côté de la
tête , dont la grosseur n'avoit point de
proportion avec celle du corps ; ces pe-
tites salamandres , mises dans Teau,
nageoient fort bien et paroissoient être
dans l'élément qui leur convenoit.
D'autres pi-étendcnt avoir trouvé dans
le corps de la salamandre femelle une
cinquantaine de petits , ressemblant à
leurs parens, àlagraudeur près. C'est
à ces observations contradictoires, et
qui paroisscnt en appeler d'autres pour
fixer le degré de coufiance que chacune
d'elles mérite , que se réduisent nos
connoissances sur, la re23roduction des
salamandres terrestres ; et je n'ai placé
ici ces différentes remai'ques, qu'afiii
d'engager à les répéter, et de nieltre
sur la voieponr déterminer ce qu'elles
contiennent de vrai , de faux ou d'exa-
géré. Mais de quelque manière que se
DES SALAMANDRES. 21 5
fasse ]a reprodiiciion de la salama\idre ,
c'est un animal lies-fécond.
Pendant les froids de nos hivers , la
salamandre terrestre s'engourdit dans
lus crevasses des vieux murs, dans les
trous d'arbres creux , et même dans
les ouvertures de la terre ; la douce in-
liuence du printemps la tire de cet état
de torpeur, et lui fait ressentir le pen-
chant à sa reproduction , besoin im-
périeux , loi générale de la nature , qui ,
dans les êtres les plus froids , répand
un feu subit qui les étonne et les dé-
vore, et dont la triste et comme dis-
graciée salrariandre ressent toute l'ac-
tivité. Lorsqu'elle est en repos, elle
se replie souvent en spirale sur elle-
même , à la manière des serj^ens -, elle
ne sort ordinairement de son trou que
dans les temps pluvieux , parce que la
fraîcheur lui est agréable , ou peut-être
nécessaire , et que d'ailleurs (.^lie trouve
plus facilement alors les insectes et les
vers dont elle compose sa subsistance.
gs
'^l() HISTOIRE NATURELLE
Elle peut supporter long-temps la priva
lion de toute nourriture : si on la pion
dans l'eau, elle s'efforce d'élever au-
dessus de la surface ses narines pour
respirer ; quoiqu'elle ne recherche pas
elle-même les eaux , mais seulement ,
comme je l'ai dit plus haut , la fraî-
clieur et l'humidité : on la conserve
pendant plus de six mois dans de l'eau
de puits sans aucune nourriture , et
avec la seule attention de changer
assez souvent l'eau du vase dans lequel
on la mise.
C'est , du reste , un p.nimal dur et
vivace : il est difficile de le tuer j mais
si on place une salamandre sur un petit
monceau de sel , on la verra tourner ,
s'agiter et mourir enfin après avoir roulé
iontsoncorpsenspirale. Laniême chose
arrive, dit-on, si on la trempe dans
du vinaigre.
On trouve la salamandre terrestre ,
iion-sculcmcnt en France, mais encore
DES SALAMAï^DRES. 217
dans plusieurs autres contrées de l'Eu-
rope.
Elle a quatre doigts sëpare's aux pat-
tes de devant : les deux du milieu sont
les plus longs, et celui qui représente le
pouce n'est qu'un rudiment de doigt ;
les pieds postérieurs en ont cinq égale-
ment séparés et de grandeur différente.
Tous ces doigts sont dépourvus d'on-
gles , ainsi que je l'ai déjà remarqué.
La queue est petite, presque cylindri-
que , mais un peu comprimée sur les
côtés vers sa base , et toute couverte
d'anneaux. Un noir sombre et livide ,
tiqueté de jaune , couvre le dessus du
corps ; deux larges bandes jaunes qui
partent des côtés de la tête, et dont la
figure varie sur differens individus, s'é-
tendent parallèlement jusqu'à la nais-
sance de la queue; mais elles sont très-
rarement d'une seule pièce , et la ojQVi-
leur noire en interrompt le plus souvent
la continuité : cette même couleur
prend une teinte bleuâtre sur le ventre
21 8 HISTOIRE NATURELLE
qui , de même que les avitres parties du
reptile, est varié de taches jaunes plus
pâles sur les parties inférieures.
La Salamandre noire , Salamaii"
dra atra.
Celle-ci est entièrement noire , sans
aucune taclie jaune ni d'autre couleur :
elle est du double plus petite que la sa-
lamandre commune , et ses pieds et ses
doigts sont applatis et moins charnus.
Sur le derrière de la tête sont de petites
élévations oblongues et applaties. Le
cou est beaucoup plus étroit que la tête,
au lieu qu'il est à-peu-près de la même
grosseur dans l'espèce précédente ; en-
fin l'on voit une sorte de verrue , en
forme de nombril, sur chacune des
côtes.
Les Autrichiens appellent cette sala-
mandre lattermandl , et on la trouve
dans les cavernes et les ouvertures des
montagnes d'Etscher ; où l'on ne ren-
DES SALAMANDRES. 21 9
contre jamais la salamandre terrestre
ordinaire. Cette partie tilari té, ainsi que
les difFéreuces de formes ; plus décisives
que celles des couleurs , ont engagé
Laurentî à donner la salamandre de
cet article , comme une espèce dis-
tincte. Cette opinion m'a paru trop bien
fondée, pour ne pas la préférer à celle
de Gmelin et de Lacépède , qui n'ont
vu dans la salamandre noire , qu'une
variété de la salamandre terrestre.
Latirenti a soumis cette espèce aux
mêmes expériences que la précédente -,
et il a reconnu qu'elle n'a voit pas plus
de danger par sa morsure et la liqueur
laiteuse qui découle aussi de son corps.
Quant à la salamandre noire en des-
sus , et jaune en dessous , dont parle
Mathiole dans ses commentaires sur
Dioscoride j je pense , avec Lacépède,
que c'est u.ne simple variété de la sala-
mandre terrestre.
Il en est de même de la salamandre
d'un brun livide , sans aucune tache ,
220 KTSTOÏRE NATURELLE
et c[ue Gesiier rencontra clans les Alpes.
Lorsque ce naturaliste l'eut frappée , il
sortit de la plaie la même liqueur lai-
teuse dont le corps de la salamandre
terrestre est imprègne'. L'on ne peut
guère douter que cet animal ne soit
qu'une variété individuelle , quoique
Laurenti l'ait prise pour une espèce sé-
parée.
Le même auteur parle encore de
deux autres salamandres , qu'il distin-
gue en espèces différentes, et que Gme-
lin ne présente que comme des varié-
tés de la salamandre commune. Je me
rangerois plus volontiers à l'avis de
Laurenti , et je présnme que l'observa-
tion le confirmera. La première est la
salamandre blanche : elle est entière-
ment blanche , et la queue est à-peu-
près cylindrique. On l'a trouvée dans
le Padonan. La seconde est la petite
salamandre des environs de Vienne ,.
dont la couleur est brune , et la quene
un peu applatie sur les cotés. Elle vit
DES SALAMANDRES. 221
dans les brovissailles des vallons humi-
des et fangenx ; elle perce la vase de
plusieurs trous, et elle s'y enfonce lors-
qu'elle apperçoit quelque danger. L'on
doit remarquer qu'il n'y a point d'au-
tres salamandres dans Ja même contre'e;
ce qui fait conjecturer , avec beaucoup
de vraisemblance , que celle-ci est une
espèce particulière , ou du moins une
race constante.
La Salamandre marbrée , Triton
Gesnerû
C'est une des espèces de salamandres
aquatiques , que Lacépède a réunies
sous la dénomination de salamandre à
queue plate. Mais Latreille, après avoir
apporté dans l'examen de ces animaux,
dont l'âge et le sexe changent et les for-
mes et les couleurs , l'attention scru-
puleuse et l'esprit de discussion qui le
distinguent et le rendent un natura-
liste très-profond, a reconnu qu'il exis-
222 HISTOIRE NATURELLE
toit entre les salamandres aquatiques
des distinctions assez saillantes et assez
tranchées pour ne plus les confondre
les unes avec les autres.
Mais avant d'entrer dans les détails
qui concernent ces différentes espèces,
il convient de dire quelque chose des
salamandres aquatiques en général.
Si l'on a prétendu faussement que
la salamandre terrestre , fille de l'élé-
ment le plus actif, ne pouvoit être con-
sumée parles flammes, il est vrai que
les salamandres d'eau résistent aux plus
grands froids, et ne périssent ^^as même
au milieu des glaces dans lesquelles ces
reptiles se trouvent quelquefois pris et
enfermés. Cette position pénible, capa-
ble de donner la mort à presque tous les
animaux, ne fait, pour l'ordinaire,
qu'engourdir celui-ci ; et lorsque le so-
leil du piintemps vient dissoudre leur
prison , ils sortent de leur léthargie ,
seul effet qu'ils éprouvoient de l'excès
du froid ; et pleins de vie et des feux
DES SALAMANDRES. 223
intérieurs qui les portent vers leur pro-
pre reproduction , ils semblent ne plus
exister que pour donner la vie à une
nombreuse postérité.
Et que Ton ne croye pas que les sala-
mandres si froides , et en même temps
si insensibles à l'âpreté des frimats ,
soient des êtres indolens dans l'acte de
leur propagation ; ils y apportent tout
ce qui en fait les délices , ardeur et
amour ; les caresses , doux assortimens
à la chose , n'y sont point épargnées.
Le mâle commence par poursuivre la
femelle , et à la provoquer à des jouis-
sances mystérieuses. CeLle-ci fidt d'a-
bord , mais pour se laisser bientôt at-
teindre : des feintes, des agaceries se
succèdent • enfin la femelle se rend _, et
l'union a lieu. Mais cette union n'est
point intime -, il n'y a pas d'accouple-
mefft. réel, ni même de contact immé-
diat. Le mâle et la femelle s'approchent
de manière que la partie inférieure de
la tête du mâle touche la partie supé-
224 HISTOIRE NATURELLE
rieure de la tête de la femelle ; leurs
corps s'écartent l'un de l'autre j ils for-
ment donc un angle aigu^ dont le som-
met est au point de contact des deux
tètes. Dans cette position , le mâle re-
dresse et agite sa crête , ou , pour par-
ler plus exactement , le bord membra-
neux de son dos , attribut distinclif de
son sexe , rapproche son museau de ce -
lui de la femelle, comme pour lui don-
ner des baisers amoureux ; sa queue ,
en mouvement continuel, se contourne
en tout sens , et il la ramène de temps
en temps vers les flancs de la femelle ,
dont il frappe légèrement les flancs. Ce
sont -là les préludes de la volupté ;
bientôt le mâle fait jaillir en abondance
du cloaque commun à toutes ses déjec-
tions, partie qui éprouve à l'extérieur,
dans ces instans de crise amoureuse ,
un gonflement extraordinaire, llf li-
queur fécondante , blanclie et épaisse
qui , délayée dans l'eau , atteint les
organes correspondans de la femelle.
DES SALAMANDRES. 225
Toute J a fécondation consiste donc dans
ce jet de liqueur lancé à une petite dis-
tance et par intervalles • car le mâle ,
au bout de quelques instans de repos ,
re'jDète la même éjaculation.
Cette union si tenace se prolonge pen-
dant vingt jours, et quelquefois jus-
qu'à trente -, sa durée est nécessaire pour
la fécondation de tous les œufs que la
salamandre femelle peut produire.
Lorsque les œufs sont descendus près de
l'ouverture par laquelle ils doivent sor-
tir , les premiers jets de la liqueur sper-
matique du mâle , fécondent les pre-
miers œufs qu'ils rencontrent. La fe-
melle dépose bientôt ces premiers œufs ,
au nombre de cinq ou six , d'autres les
remplacent à l'extrémité de Voviductus,
le mâle les féconde encore , et ainsi de
suite ; jusqu'à ce que tous les œufs con-
tenus dans les ovaires , aient été impré-
gnés des principes de la vie. '
Dès que les œufs s'échappent du corps
de la femelle j ils tombent au fond de
Keptileti. II. 30
226 HISTOIRE NATURELLE
l'eau. Pendant les premiers jours, lenr
forme est celle de petites sphères alon-
gées : ils prennent ensuite celle d'un rein
ou d'un testicule de poulet; leur volu-
me continue de s'augmenter : l'on re-
marque en eux des mouvemens spon-
tanés assez vifs , auxquels succèdent des
instans de repos -, l'œuf prend les appa-
rences d'une petite salamandre : on en
découvre la queue, un rudiment de
vertèbres et de bras , les ouïes dans les-
quelles le sang circule, et deux petites
oleVations , qui sont les yeux. En con-
tinuant l'observation à l'aide d'une
loupe, on distingue nettement ^|uc la
salamandre naissante n'est pas envelop-
pée immédiatement par la glaire, mais
par un cercle transparent, qui est la
circonférence de l'amnios^ rempli de li-
queur dans laquelle nage le petit animal.
Plus long que le diamètre de ce cercle ,
il s'y tient dans une position arquée ;
mais lorsqu'il a pris tout l'accroisse-
ment que la nature lui a fixé dans cet
«ES SALAMANDRES. ^27
t'tat; il frappe vivement contre la mem-
brane de l'amnios , parvient à la rompre,
se dégage de toutes les entraves qui le re-
tenoient captif, et se jette dans l'eau ,
où il nage avec vitesse. C'est ordinai-
rement le onzième jour, à compter de
la ponte , que la jeune salamandre sort
de son enveloppe , et au bout de vingt-
deux ou de vingt-quatre jours, qu'elle
acquiert son entier développement.
Spallanzani à qui l'on doit la con-
noissance parfaite du mode de la fé-
condation des salamandres, a fait plu-
sieurs expériences pour féconder artifi-
ciellement leurs œufs, que l'on peut re-
garder en quelque sorte comnie des fœ-
tus , puisqu'ils croissent et changent de
forme , après avoir été déposés par la
femelle. Ce célèbre observateur imagina
d'abord d'ouvrir le ventre d'une sala-
mandre femelle, de mettre à nu ToW-
ductuSy et d'en arroser les œufs avec de
la liqueur spermatique du mâle ; mais
ce moyen ne réussit pas j tous les œufs
228 HISTOIRE NATURELLE
arrosés de cette façon se gâtèrent : il ne
réussit pas mieux en répandant de cette
même liqueur sur des œufs, à l'instant
où des femelles retenues isolées les met-
toient bas. Spallanzani prêt à abandon-
ner la fécondation artificielle des ani-
maux de ce genre , fit réflexion que
dans la fécondation naturelle , la li-
queur spermatique du mâle n'est point
lancée immédiatement , et ne s'intro-
duit dans les parties sexuelles de la fe-
melle qu'après s'être mêlée avec de l'eau :
en imitant la nature, il obtint le succès
qu'il desiroit. Au temps des amours,
l'on fait sortir aisément des œufs, en
pressant légèrement le ventre des sala-
mandres femelles. Spallanzani en eut
vingt-sept par ce moyen : il les plon-
gea dans l'eau après y avoir mêlé une
petite quantité de liqueur spermatique
d'un mâle ; et de ces vingt-sept œufs ,
il naquit dix salamandres.
Uu Naturaliste français, M. Dufay ,
a publié des observations non moin«
DES SALAMANDRES. 22g
importantes; sur l'organisation des sala-
mandres aquatiques : il a montré que ces
reptiles avoient des ouïes ou branchies,
dans leur première jeunesse; ces ouïes
sont recouvertes par tm opercule , au-
dessous duquel naît une houppe fran-
gée en forme de panache. Latreille a
crû reconnoitre que ce panache est conx-
posé de trois à quatre liges inégales,
et garnies , sur deux rangs , d'appendices
membraneuses et laciniées. Il vient une
époque où ces organes devenus inutiles
par le développement et l'accroissement
des sacs pulmonaires, ne reçoivent plus
de nourriture, disparoissent avec la
mue , et s'oblitèrent.
C'est sur les salamandres aquatiques,
que Spallanzani a découvert , et que
Bonnet a vérifié l'admirable propriété
de la régénération des membres coupés,
propriété plus réelle et en même temps
plus merveilleuse , que la prétendue fa-
culté de vivre dans le feu , attribuée
pendant des siècles à la salamandre
25o HTSTOIllE NATURELLE
terrestre. Il est inutile de prêter à la
nature les écarts de notre imagination ;
ses oeuvres sont toutes des prodiges ; ses
opérations une suite non intei-rompue
de miracles, et c'est l'outrager, que de
lui attribuer les rêveries et les petites
vues émanées de la sphère étroite de
nos idées.
Il scroit trop long de rapporter les
belles expériences que Bonnet a recueil-
lies dans des mémoires très-intéressans ,
au sujet de la reproduction des membres
des salamandres aquatiques, et si d'un
côté l'on admire la patiente et ingé-
nieuse sagacité du physicien, combien ,
de l'autre, n'est-on pas émerveillé des
ressources incommensurables de la na-
ture ! Il résulte de ces expériences , dont
on ne peut contester la vérité, que les
pattes et les pieds des salamandres , re-
tranchés de quelque manière que ce
soit, sont réparés sous le même nombre
de parties ou d'organes, particulière-
ment aux jeunes animaux ; et dans la
DÈS SALAMANDRES. 'j^l
saison des amours, au bout de trois mois;
que cette régénération ne consiste d'a-
bord qu'en un mamelon conique , qui
s'alonge et se divise ensuite , jusqu'à ce
qu'enfin toutes les parties qui rempla-
cent les anciennes, se soient complète-
ment développées ; que la queue se re-
produit par le moyen d'une peau qui
s'épaissit et se fortifie peu à peu ; qu'en-
fin les yeux même arrachés, se renouvel-
lent au bout d'un an.
Les salamandres aquatiques chan-
gent très-souvent de peau , sur-tout
pendant les chaleurs de l'été. Bonnet a
vu une salamandre de médiocre graiî-
deur, qui a mué onze fois depuis le
i4 juillet jusqu'au 7 de septembre. La
dépouille que ces animaux rejettent, est
blanchâtre, extrêmement fine et trans-
parente ] à la loupe , elle paroît un très-
joli tissu à réseaux , et semblable à de
la gaze. Onreconnoît que la salamandre
est prête à muer par une teinte blan-
châtre qui se répand sur son dos, comme
252 HISTOIRE NATURELLE
s'il étoit recouvert d'une toile d'ai-ai-
gnée. A l'ëpoque de la mue , cette peau
fine commence à se détacher du corps ;
la tête se dépouille la première -, quel-
quefois la peau que rejette la tête ^ for-
me autour du cou de l'animal une sorte
de collier ou de cravatte qui paroît être
de gaze ; d'autres fois elle s'ajuste sur sa
tête comme tme coiffe ou un capuchon.
L'entier dépouillement ne s'achève
qu'au bout d'un jour ou deux^ et même
qu'après trois jours ; l'animal ne patoît
point en souffrir j et il ne laisse ^as
d'aller et de venir au fond de l'eau, de
se jeter sur sa proie , et de la dévorer.
Quelquefois cependant ce change-
ment de peau devient dilhcile : dans ce
cas , l'animal a recours à divers moyen»
pour hâter l'opération. Bonnet a obser-
vé qu'il élève et abaisse alternative-
m&nt, et avec vitesse , le bras droit et
le bras gauche ■> la jambe droite et la
j a m 1)6 gauche ; qu'il se donne de légers
trémousscmens de tout le corps j qu©
DES SALAMANDRES. ^33
souvent il s'c lance d'un mouvement
brusque vers la surface de l'eau , pour
se précipiter au fond un moment après ;
qu'enfin il répète ces mêmes manoeu-
vres et ces mêmes tressaillemens d'impa-
tience pendant plus d'une demi-heure.
Lorsque la dépouille est rejetée en
très-grande partie , et que pour ache-
ver de s'en débarrasser, la salamandre
s'élève avec vitesse vers la surface de
l'eau , elle semble nager au milieu d'un
petit nuage que n'imite pas mal ^ pur
sa blancheur, sa finesse et sa demi-
transparence , la dépouille qui l'enve-
loppe et flotte autour d'elle.
M. Dufay a vu que la mue n'é toit point
toujours sans accident pour la salaman-
dre aquatique ; il leur reste quelquefois
à l'extrémité d'une patte un lambeau
de la dépouille dont elle ne peut se dé-
faire. Ce fragment de Fancienue peau
se corrompt , et fait tomber la patte en
putréfaction-, mais cette privation d'un
des membres principaux,neparoitpas
234 HISTOIRE NATURFLI.E
afFeclei- beaucoup la salamandre, et elle
n'a pas l'air de s'en porter plus mal.
Quoique l'on ait distingué les sala-
mandres en terrestres et en aquati-
ques , ces dernières n'ont pas un tel
besoin d'eau qu'elles ne puissent en sor-
tir sans inconvénient : ce sont de vrais
amphibies , qui vivent également dans
l'eau et sur la terre, mais néanmoins
plus habituellement dans l'eau : elles
ont , comme les salamandres terrestres ,
la faculté de faire jaillir des pores dont
leur peau est criblée, une liqueur acre
et laiteuse , dont les propriétés sont les
mêmes; elles ont aussi le même excès
de vitalité qui leur fait suppoi'ter de
fort longs jeunes , et de cruelles muti-
lations qui ne semblent pas les fairs
beaucoup souffrir. Bonnet venoit de
couper les deux pieds antérieurs d'une
salamandre ; il sortit un filet de sang,
plus gros qu'une soie de cochon, et qui
jaillit près de deux minutes sans inter-
ruption : non-seulement le reptile ue
DES SALAMANDRES. 2^5
parut point ajttbibli par l'opération ni
par la perte de son sang , mais à peine un
quart-d'heure fut-il écoulé, qu'il avala
coup sur coup deux vers de terre.
Les salamandres aquatiques ont beau-
coup de voracité , mais elles ne s'atta-
chent qu'aux proies vivantes ; elles dé-
daignent les cadavres : les insectes com-
posent le fond de leur subsistance, elles
aiment particidièrement les vers de
terre : quoique leurs màclioires soient
garnies d'un grand nombre de petites
dents, elles ne paroissent pas mâcher,
et elles ne font qu'avaler ; il est très-
vraisemblable néanmoins que cette
quantité de dents , à la vérité très foi-
bles , ne leur sont pas absolument inu-
tiles , sur-tout pour retenir la proie
qui fait effort pour s'échapper; mais
leurs ^ieds antérieurs, sortes de mains
assez bien articulées et flexibles, ne
leur servent pas pour saisir les insectes
ouïes vers, les porter à la bouche ou
25S HISTOIRE NATURELLE
les retenir ; les salamandres n'en l'ont
usage que pour nager.
Ces reptiles ne poursuivent pas leur
proie ; ils ne la saisissent que quand ils
l'ont rencontrée dans leur chemin , ou
qu'ils en sont fort près ; leurs yeux se
fixent d'abord sur elle , et bientôt ils se
jettent dessus la bouche ouverte : dès
qu'ils l'ont saisie , ils la laissent rare-
ment échapper : en avalant un ver un
peu gros _, ils sont deux ou trois mi-
nutes avant d'en venir à bout ; on les
voit se donner, de petites secousses de
tout le corps, et prolonger ces efforts
de déglutition pendant deux ou trois
minutes. « Un jour, dit Bonnet , qu'une
3) grande salamandre venoit d'avaler ,
3) en ma présence , un gros ver de terre ,
3) je lui en servis un second de j^lus de
5) quatre pouces de longueur et gros à
3) proportion : elle le saisit aussi-tôt et
3) l'avala presqu'en entier , en sorte qu'il
» n'en restoithors'de sa bouche qu'une
» portion d'environ une ou deux lignes ;
DES SALAMANDRES. 25;
» mais quelques instans après , elle
)) rejeta le ver en entier par un mou-
)) veulent subit : cela fut répété deux
» fois y et chaque fois le ver ressor-
)) tit bien vivant du corps de la sa-
i) lamandre )).
Après ces généralités au sujet des
salamandres aquatiques, je reviens à
l'espèce qui fait Tobjet particulier de
cet article : la longueur ordinaire de
son corps est de cinq pouces et demi -,
il est en dessus d'un vert plus ou moins
foncé ou d'un cendré bleuâtre , avec
des taches sur la tête , sur le dos , et des
marbrures sur les côtés , d'un brun
rougeâtre -, le dessous du corps est d'un
rouge obscur , pointillé de blanc ; la
queue est tachetée de noir en dessus ,
et de brun noirâtre en dessous •, une
bande d'un blanc luisant s'étend sur les
côtés j le mâle porte de la tête au bout
de la queue une membrane en forma
de crête dentelée; qui manque à la fe-
nielle ; celle-ci se distingue encore par
Reptiles. II. al
238 HISTOIRE NATURELLE
la teinte plus livide et moins pointillëe
de sa gorge , une ligne orangée qui
règne le long du dos , et la couleur
blanchâtre du dessous de sa queue.
Les organes de la vénération du mâle
consistent, suivant les observations de
Xiatreille , en deux pièces creusées en
cuilleron , contigues à un des bouts et
«'écartant ensuite , renfermant une
pièce charnue , plate , presque trian-
gulaire et percée à son extrémité. Une
fente longitudinale, dont les deux lè-
vres renflées ont plusieurs rangs de tu^
bercules : tel est l'appareil qui carac-
térise le sexe de la femelle. { Histoire
naturelle des Salamandres de France. )
L'on trouve communément cette
espèce de salamandre dans le midi
de la France; on la rencontre aussi,
mais plus rarement , aux environs de
Paris : elle s'éloigne de l'eau assez fi é-
quemment , et se traîne avec peine et
hauteur dans les endroits battus; l'Iiu-
mcui" laiteuse qui découle de sa pca«
DES SALAMANDRES. :239
ïui fait contracter une humeur assez
fétide.
La Salamandre à crête. GROSSBi
Salamandre noire de DufaY
[Mémoires de V Académie des
Sciences),
Quoique d'autres espèces de sala-
mandres aient le dos hérissé d'une crête
membraneuse comme déchiquetée ,
celle-ci , ou pour parler plus exacte-
ment , le mâle de celle-ci a cet attribut
plus saillant que le mâle des autres es-
pèces à crête j en sorte que la dénomi-
nation de salamandre à crête paroît
devoir lui appartenir plus spécialement :
d'un autre côté , cette dénomination a
été employée récemment par Ltitreille
et par Schneider, naturaliste allemand,
qui a donné, comme le premier, une
excellente histoire des salamandres ; et
la continuelle versatilité des noms est
xuides obstacles les plus rebutans qus
24o HISTOIRE NATUP..ELLE
l'on rencontre dans l'étude de la science
de ]a Nature.
La peau de cette salamandre est noi-
re ; sur ses flancs sont de très - petits
points blancs ; tout le dessous du corps
est d'un jaune orangé, avec des taches
arrondies, noires et nombreuses', une
bande argentée parcourt toute la lon-
gueur de la queue en dessous : la crête
membraneuse du mâle a deux lignes
de largeur ; elle s'étend depuis le mi-
lieu de la tête , entre les deux yeux ,
jusqu'à l'extrémité de la queue; son
bord est dentelé comme celui d'une
scie , à l'exception de la partie qui cou-
vre la queue , et qui est plus étroite et
rarement dentelée.
Jacobasus , professeur de l'Univer-
sité de Copenliague , a publié la des-
cription anatomique de cette espèce de
Salamandre , et voici ce qu'il a observé :
Le péritoine est marqueté de petits
points noirâtres ; il s'étend jusqu'à la
région des pieds de devtint , et sert à
DES SALAMANDRES. 24l
séparer iion-senlemeiitle cliapliragme ,
mais encore le cœur , les poumons et
les viscères de l'abdomen.
L'œsophage , comme dans les gre-
nouilles , s'avance beaucoup au-delà
dn gosier , environne le palais et s'é-
tend dans tonte la circonférence de la
mâchoire inférieure.
L'estomac n'est point incliné du côté
gauche comme dans les autres ani-
maux -, mais il descend en droite ligne
depuis l'œsophage.
La rate est oblongue et noirâtre.
Le foie , qui est rouge et d'une gros-
seur considérable, est divisé en quatre
lobes j il s'élejid sur l'estomac et sur
une partie des intestins , et il couvre
le poumon droit.
La vésicule du fiel est d'un bleu
pâle.
Deux petits sacs clairs^ transparens
et propres à recevoir l'air , composent
Ves poumons; ces sacs s'étendent le long
du conduit alimentaire, depuis le com-
242 HISTOIRE N\TURELUÎ
îiiencement de l'oesophage jusqu'aux
ovaires.
Le coeur est blaiicliâtre et tacheté
de petits points noirs , comme dans le
crapaud.
Aux reins , qui sont obiongs , sont
attachés de petits sacs remplis d'une
matière huileuse.
L'ovaire est double , de même que
clans le lézard commun, la gi^enonille
et le serpent : le fœtus paroît comme
une substance blanche , marquée dans
le milieu de petits points noirâtres.
Les trompes de fallope s'élèvent, en
serpentant, jusqu'à la région des pieds
de devant, et se joignent par l'une et
l'autre extrémité.
Les mâles ont quatre grands testi-
Gules; les uns exactement ronds , leâ
autres en forme de poire : à ces quatre
testicules sont attachés plusieurs autres
testicules plus petits , qui sont peut-
être les épididymes. Daus la sala-
Hiandre , comme dans la grenouille, les
Tonv . JL-
^a^ . 2,^3
D&reve^ tùZ,
tToïirdoTV Jculo ■
i.La Salauiandre des anarais .
2 . X a S . a c cixL tAU"" e .
3 . La S . p oiaitillee .
4- • La S. palmipéd-o •
DES s ALAM INDRES, 24^
testicules ont de petits sacs aclhcrcir, ,
pleins d'une matière liuileiisc et pareils
à ceux des reins.
Du reste , la salamandre à crête a
quatre à cinq pouces de longueur ; elle
est fort commune dans plusieurs parties
de l'Europe , et particulièrement en
France et en Allemagne.
La Salamandre des marais ,
Lcicerta palusUls, LiN-'
Le nom que l'on a donne' à cette es-
pèce indique les lieux oii elle se tioiive ;
c-est dans les eaux stagnantes de plu-
sieurs conti^ées de l'Europe qu'elle fait
sa demeure liabituelle.
Sa longueur n'excèds guère trois
pouces : elle est en dessus d'un brun
foncé , et en dessous d\in blanc jau-
nâtre, qui prend une teinte orangée à
la gorge , et sous les pattes et la queue ;
de petits points blanchâtres sont semés
sur les flancs , où Ton remarque aussï
244 HISTOIRE NATUIIELLE
iiiie ligne noire qui s'étend de chaque
côté depuis le cou jusques vers i'extré-
mité de la queue ; et nombreux traits
noirâtres sillonnent la gorge.
Le mâle de cette espèce n'a point de
crête y on remarque seulement une
petite élévation membraneuse qui com-
ïîience au milieu du dos , et augmente
insensiblement de hauteur sur la queue ;
le dos de la femelle est un peu dépri-
mé , et a de chaque côté luie espèce
d'arête.
Le sexe et l'âge apportent de nom-
bre nses disparités dans les couleurs des
dilTérens individ us de cette espèce ; en
sorte que l'on seroit souvent tenté de
prendre ces variétés pour des sujets
d'espèces différentes.
Mais Laurenti décrit une salaman-
dre de la Martinique , qu'il regarde
comme une variété de notre salaman-
dre des marais , produite par la diffé-
rence des climats. Les connoissaiices ac-
quises à son sujet sont iiisLifîisaates pour
DES SALAMANDRES. 245
dccidcr si elle n'est pas une espèce dis-
tincte. Quoiqu'il eu soit , cette sala-
mandre des marais d'Amérique a trois
lois plus de grosseur que celle d'Eu-
rope , et ses flancs sont parsemés de
points noirs , distribués sans aucun or-
dre. Laiirenti a vu une dépouille de
cette salamandre dans le cabinet d'his-
toire naturelle à Turin.
La Salamandre à ceinture^ Triton
Salamand, iAJurfhani, IjAUR.
Le trait le plus saillant de la robe de
cette salaniandrcest une bande de points
alternativement blancs et noirs ;, qui
s'étendant d'un bout à l'autre sur cha-
cun des côtés du corps ^ forme une es-
pèce de ceinture. Le dessus de la tête et
le dos sont d'un vert noirâtre , avee
quelques marbrures d'une teinte plus
foncée ; celle des flancs est moins som-
bre ; la gorge et le ventre sont jaunes ,
aussi bien ^ue les lèvres et les pieds ,
246 HISTOIRE NATURELLE
mais ces dernières parties sont pointil-
lées de noir. La queue porte aussi des
points de la même couleur ', mais ils
sont , pour l'ordinaire , disposés sur
deux lignes.
Mon savant ami Latreille a observé
que le mâle de cette espèce n'a pour
crête qu'nn feuillet très-court ^ entre-
coupé de noir et de jaune -, que les cô-
tés de la queue sont divisés par une
bande longitudinale d'un blanc luisant,
mais peu prononcé , et qoe les organes
sexuels ont des taches noires. La femelle
a l'arête du dos,comnie le bord supérieur
de la queue , d'un jaune très-foible.
La longueur ordinaire de cette sala-
mandre est d'environ trois pouces :
c'est une espèce commune en France ,
en Allemagne, et dans d'autres pays de
l'Europe.
DES SALAMANDRES. 24/
La Salamandre pointillée, Triton
Parisinus, Laurenti. >
Son corps est brun ou plutôt jaunâ-
tre , et tout couvert de taclies noires ;
la tête est rayée de lignes, qui prenant
naissance au cou, se réunissent au-des-
sus des narines ; la tranche inrérieuro
de la queue porte une bande blancliâ-
tre sur un fond d'un rouge vif.
Toute la longueur du dos est mar-
quée à son milieu, par une arête qui
s'élève assez sur le dos du mâle pour y
former une crête distincte , qui s'étend
aussi sur la queue. Cette crête a des ta-
ches et des dentelures.
L'on trouve communément cette sa-
lamandre dans les eaux croupissante»
^ l'Europe.
248 HISTOIRE NATURELLE
La Salamandre paliiîipède,
JLcicerta aquatlca» LilN.
M. de Razoumowsky adccritle pre«
mier cette espèce de salamandre dans
son Histoire naturelle du Jorat ; il l'a
appelée salamandre suisse ; mais com-
me elle se trouve en plusieurs antres
pays que la Suisse , qu'elle est très-com-
mune dans les contrées méridionales de
la France , et qu'on la rencontre même ,
mais assez rarement , aux environs de
Paris , j'ai mieux aimé lui conserver la
dénomination caractéristique de pal-
mipède que Latieille lui a donnée dans
son beau Mémoire sur l'iiistoiie natu-
relle des salamandres de France. Une
conformation particulière au mâle de
cette espèce , est d'avoir les cinq doigts
des pieds de derrière unis par une mem-
brane noirâtre , comme les doigts des
autres animaux à pieds palmés. Mais il
paroît que celte membiane ; qui est
DES s ALAMAiVD RES. 249
évasée en angle aigu entre chaque doigt
ne dure pas autant que l'animal Ini-
niême , et qu'elle s'oblitère avec l'âge ;
et c'est sans doute cette dernière cir-
constance qui a fait omettre à M. Lin-
nceus le caractère des pieds palmés
dans sa description du lézard aquati-
que , laquelle a tant de rapports à celle
de la salamandre palmipède , que l'on
ne peut douter que toutes deux ne
s'appliquent au même reptile.
Du reste , la salamandre palmipède
ressemble beaucoup à la salamandre
pointillée ; mais elle est constamment
plus petite, n'aj^ant ordinairement que
deux pouces et demi de longueur. Lue
raie noire, commençant de chaque cùté
de la tête an bout du museau , passe pur
les yeux, et se termine au cou; les yeux
sont vifs et leur iris est doré la cou-
leur de la partie supérieure du corps et
des flancs est un vert d'olive brun, avec
des taches plus foncées en dessus , et
«ne bande d'un blanc jaunâtre , parsen
Reptiles. II. 23
25o HISTOIRE NATURELLE
me de taches noires , et de petites pns-
tu] es blanches sur les côtés du corps , de
la poitrine et du cou. Le dessous du
corps est blanchâtre , avec une bande
jaunâtre au milieu du ventre , et quel-
ques petites taches noires et clair-se-
mëes. La queue plate et comprimée
verticalement est blanche sur ses bords ,
et jaunâtre dans son milieu : il y a de
chaque côté un rang de taches noires
suj" la partie jaunâtre.
Indépendamment de la membrane
qui joint les doigts des pattes postérieu-
res du mâle, il a encore d'autres attri-
buts distinctifs de son sexe. Le bord
supérieur de sa queue est légèrement
arqué ; cette partie se termine brus-
quement en un petit filet cylindrique ,
saillant d'environ trois lignes hors de
la partie plate de la queue. La l'orme
de son corps est anguleuse , son dos est
applati , et deux lignes élevées et sail-
huites , prenant leur origine h l'extré-
mité du museaU; passent au-dessus des
DES SALAMANDRES. 25l
yeux, et se prolongent des deux côtés div
dos jusqu'à la naissance de la queue.
M. de RazoLimowsky dit qu'il a com-
mencé à voir assez fréquemment la sa-
lamandre palmipède , aussi bien que la
salamandre à crête , qu'il nomme la
salamandre aquatique , vers le milieu
de mars , au pays de Vaud , dans le bas-
sin de la fontaine de Veruens , où sans
doute leurs oeufs avoient été entraînés
par l'eau courante ; ce qui, ajoute ce
Naturaliste , contredit ce qu'avance
M. de Lacépède au sujet de la sala)nan-
dre aquatique ( c'est la salamandre à
queue plate de Lacépède ) , qu'on ne la
rencontre presque jamais dans les eaux
courantes.
Latreille a observé des ouïes ou bran-
cliies aux jeunes salamandres de cette
espèce, et il a trouvé leur estomac rem-
pli de petits buccins.
252 HISTOIRE NATURELLE
La Salamandre à points blancs ,
Lacerta punctata. Lin.
Deux lignes de points blancs, qui
se réunissent en une seule sur la queue ,
s'étendent le long du dos de cette sala-
mandre , dont la couleur générale est
un brun sombre ; sa queue est C3'lin-
drique et de moyenne grosseur ) et ses
pieds de devant n'ont que quatre doigts.
Catcsby a décrit cette espèce; que l'on
trouve à la Caroline.
La Salamandre à quatre raies ,
Laceria quadrllineata. Lin.
L'on tK>uve encore dans l'Amérique
septentrionale, une espèce de salaman-
dre , dont le corps est rayé sur sa lon-
gueur de quatre lignes jaunes : elle a la
queue longue et cylindrique ; quatre
doigts aux pieds de devant, et quelque
apparence d'ongles à tous les doigts.
Tom.U.
^a^ ■ ^à3
De^ftfe. cieZ-
tJourdan Jcu^ .
X .La Salaxnaxiàre des IMoirts Allegaaiis
a .l).... Après tout , je n'ai jamais vu
)) de créature dont j'aie plus désiré de
)) connoître la véritable nature ».
Depuis l'époque où cotte lettre a été
écrite , M. Linn^eus a classé la sirène à
la suite des amphibies nageurs ( amplii-
hia nantes ) , et en a fait un nouvel
ordre sous la dénomination d^amp/iibia
meantes ; ordre qui n'est composé que
d'un seul genre ; et ce genre, que d'une
seule espèce. L'on est à -peu-près cer-
tain à présent , que les sirènes ne chan-
gent point de forme , et que , par con-
séquent , ce ne sont point des larves
de lézards ni d'aucun autre animal.
Ces observations nouvelles confirment
pleinement le sentiment de M. Lin-
ïiaeus, et détruit l'opinion de Camper,
qui avoit fait un poisson de la sirène ; et
celle de Gmelin , qui , dans sa nouvelle
édition duS5'tême deLinuseus, a plac©
Reptiles. IL ?à
262 HISTOIRE NATURELLE
ce reptile au rang des murènes, sous la
désignation de murœna siren.
La forme de son corps approche assez
de celle de l'anguille ou du serpent :
une membrane adipeuse sans rayons,
et semblable à celle de l'anguille , s'étend
le long de la queue \ la tête a aussi quel-
cjue ressemblance avec celle de ce pois-
son , mais elle est plus comprimée. Les
yeux sont petits, peu apparens, et dans
la même position que ceux de l'an-
guille. L'a bouche est petite, à propor-
tion du corps , et le palais , de même
que le dedans de la mâchoire inférieure,
est garni de plusieurs rangs de petites
dents aiguës. La peau noirâtre est com-
me chagrinée , et couverte de petites
écailles de forme et de grandeur diffé-
rentes sur les diverses parties du corps
où elles sont appliquées- deux lignesdis-
tinctes, formées de petits traits blancs,
s'étendent sur les côtés du corps depuis
les pieds jusqu'à la queue. Les pieds
Tl E LA S I E. È N E. 2^5
sont placés en avant, et divises en qua-
tre. doigts munis d'ongles.
lies parties intérieures de la sirène
ont été observées par Cuvier , savant
anatomiste : il a vu i°. que la langue
est osseuse , et porte, comme celle des
poissons , de chaque côté, quatre osse-
lets demi-circulaires , pour soutenir les
branchies ouïes ouïes qui sont bien ap-
parentes au-deliors ; a°. qu'au milieu de
cette langue de poisson est un vrai la-
rynx de reptile, qui descend dans des
poumons très-longs , et semblables à
ceux des salamandres ; 3'^. que le reste
des intestins ressemble aussi beaucoup
à ceux des reptiles ; 4°. qu'enfin cet
animal est presque le seul qui soit vrai-
ment amphibie , puisqu'il a en même
temps les organes propres à respirer
l'eau , et ceux propres à respirer l'air.
On le trouve à la Caroline , dans les
lieux marécageux , sur les bords des
ipares , et sous les troncs des vieux ar-
bres qui sont inclinés au-dessus de
Z6i AVERTISSEMENT,
l'eau. Les naturels de la Caroline l'ap-
pellent mud-iguana. Sa longueur or-
dinaire est de trente à quarante pouces.
AVERTISSEMENT.
Nous terminons ce second volume
par la description de quelques espèces
de lézards, notamment le sheltopusik
du cit. Lacépède, omis par inadvertan-
ce ; et par un tableau métliodique de
tous les reptiles que nous avons fait con-
ïioître. L'illustre naturaliste que je viens
de citer ayant donné un tableau sem-
blable pour tousles reptiles dont il a fait
une mention spéciale , nous avons cru
devoirsuivre son exemple. Cela est d'au-
tant plus nécessaire , que la description
des espèces n'étant pas précédée d'une
phrase spécifique, de ce signalement
qui vous peint, en peu de mots, les traits
les plus essentiels de l'objet, il faiidroit
«mployer beaucoup de tenijis pour ar-»
AVERTISSEMENT. 2-65
VT ver à la connoissance d'une espèce qne
ion clierciieroit à déterminer. On aime
d'ailleurs à voir d'un coup d'œil l'en-
semble d\ui travail j ou le juge plus ai-
sément, et on le grave mieux dans la
mémoire.
Nous donnerons à la fin de l'histoire
des serpens qui forment noire seconde
division , un second tableau relatif a
cette partie. Si tous les reptiles dont
nous avons parlé nous avoient passe
sous les yeux. ; si nous avions pu bien
examiner et comparer avec beaucoup
d'attention les espèces , sur-tout celles
qui se rapproclien,t les unes avec les au-
tres , nous aurions pu espérer d'offrir
aux Naturalistes de bons caiactères
spécifiques. Mais^nous ne cesserons de le
répéter j. nous n'avons étudié ici qu'un
très-pe ti t nombre d'obj e ts. Nous n'avon s
va que trop souvent par les yeux des
autres : et qu'est-ce que méditer la na-
îui'e dans des livides ? J'a^vois îieurense-
nieat un avantage inappréciable : celui
û6G HISTOIRE NATURELLE
de jouir des travaux du cit. Lacépède*
C'est un nom qui se retrouve à chaque
page dans cette histoire , et encore pins
dans mon souvenir.
Le Lézard Tête-rouge, Lacerta
erytrocejjliala.
Ce lézard a un pied un pouce onze li-
gnes , et quelquefois trois fois plus de
longueur totale. La queue en fait un
peu plus de la moitié : il est d'un vert
très-foncé , mêlé de brun , avec une por-
tion du dessus de la tête , les côtés et
ceux du cou rouges. La gorge est blan-
che et la poitrine noire. Le dos a plu-
sieurs raies noires transversales et on-
dées. Les côtés du corps ont une bande
longitudinale , formée aussi de plusieurs
lignes noires transversales Le ventre
est rubané de noir , de bleu et de blan-
châtre. Le dessus de la tête a ses écail-
les plus grandes que celles du dos. h^s,
DE L'IGUANE CORNU. aï)/
cuisses ont une ligne de tubercules , de
même que plusieurs espèces de lézards*
Le lézard tête-rouge se trouve à l'île
de Saint-Christophe, où il avoit été ob-
servé par Badier.
L'Iguane cornu , Iguana cornutcu
On retrouve dans ce reptile , que le
cit. Lacépède nomme le lézard cornu ,
la grandeur , les proportions du corps ,
celles des pattes et de la queue, la forme
des écailles et la crête dorsale de Tigua-
ne vulgaire. Sa tête est conformée de
même que la sienne ; on y voit jusqu'aux
tubercules gros, élevés etpojutus qu'elle
a sur les côtés. Les dents offrent aussi
plusieurs petites pointes. Mais l'iguane
cornu a le goitre plus petit que l'au-
tre espèce , et dépourvu de crête. On re-
marque en outre, sur le dessus de sa
tête , entre les narines et les yeux , qua-
tre tubercules d'une consistance dure,
et derrière lesquels s'élève une corne
2^8 • HISTOIRE NATURELLE
osseuse, conique, revêtue d'une écaiile?
cl'une seule pièce. L'individu qui fait
partie de la collection du Muséum d'His-
toire naturelle de Paris, a trois pieds ,
sept pouces de longueur, depuis la tête
jusqu'au bout de la queue. La corne est
haute de six lignes.
On dit que cet iguane est foi't com-
mun à Saint-Domingue.
Le Slellion Quetz-yialeo , Stelllo
Qiieiz -paléo»
Le nom spécifique de ce lézard est celui
q ui 1 ui a é té don né par les h ab i ta n s d u Bré-
sil. Ce reptile a environ un pied et demi
de longueur totale. Le corps est gris en
dessus et blanciiâtre en dessous. Sa tète-
est applatie par-dessus, comprimée sur
îes côtés, d'une forme approcliant de la-
triangulaire, et couverte de petites écail.
îes. Chaque mâclioire a plus de trente
dents, qui diminuent de grandeiu' en
approchant du museau. Les écailles du
DU STELLTON, &C. 269
3os et du dessus desj ambes sout encore
plus peliLos que celles de !a tête, et font
paroître la peau chagrinée. La petitesse
de ses écailles v«înpérieures distingue ce
steliion du cordvle , avec lequel il a
des rapports par la conformation de sa
queue, qui est d'un brun très-foncé, et
revêtue d'écaillés très-grandes,carinées,
très-pointues , disposées par verticilles
larges et fort distinctes.. Celles du ven-
tre et du dessous des pattes postérieu-
res sont un peu plus grandes , mais bien
moins que dans le cordyle , où elles for-
ment , suivant le cit. Lacépède, des
demi-anneaux. Sur la s nrface extérieure
des jambes de derrière , sur une par-
tie de celles de devant, et le long des
reins, sont répandus difFérens tubercu-
les inéiaux, et dont quelqnes-uns très*
durs. Les cuisses en ont plus de quinze
percés à leur extrémité en dessous.
T'^oyez la figure de ce reptile dans
Séba, vol. 1 ,pl. 97, fig. 4 j c'estic cordyle
du Brésil de Laurent!
S/f' HISTOIRE NATURELLE
Nous observerons ici , à l'égard cTn
genre stellion , c[ue parmi les caractères
que nous lui avons assignés, il en est
un qui doit être modifié ; celui qui est
près du défaut de petites plaques sous
le ventre , ou d'écaillés plus grandes
que les autres. Quelques espèces, ayant
d'ailleurs le port et le faciès des repti-
les de ce genre, s'en éloignent un peu
cependant, et se rapprochent des lézards
par les écailles du ventre. Il faudroit
peut- être les séparer. XiC cordyle seroit
notamment dans ce cas.
Nous avons terminé l'histoire des
sauriens par des observations sur les
lézards bipède et apode de Linnée, ob-
servations qui nous avoientété commu-
niquées par le cit. Daudin , el qui nous
avoient engagés à regarder le genre sliel-
lopusik du cit. Lacépède ( L. Apus
Lin. éd. Gmel. ), comme établi sur des
caractères douteux. Les organes sexuels
DU SHELTOPUSIK. 2/1
du mâle, saillans dans de certaines cir-
constances , ponvoient très-bien avoir
été pris pour de véritables pattes, et le
sheltopusik ne seroit qu'un anguis place
hors de rang. Mais Pallas ayant examiné
ce reptile avec attention , ayant dit que
ses pieds , dont on est tenté de mettre eit
problème l'existence ou la nature , sont
couverts d'écaillés , qu'ils ont deux esr
pèces de doigts , nous pensons anjour-
u liui qu'il seroit déraisonnable de conir-
battre de telles observations avec des
3 aisonnemens et des probabilités , et
qu' ilfaut conserver le genre sbeltopusik.
il succédera immédiatement à celui de
bipède.
SHELTOPUSiK , Sheltopusik^
Caractères génériques. Point de pattes de
devant , deiix po^téiieuies très-petites ;
corps fort alongè.
Les habitans du désert de Naryn,
près du Volga , ont appelé sheltcpunih
2/2 HISTOIRE NATURELLE
le reptile qni fait le sujet de ce genre. Le
cit. Lace'pède lui aj^aut conservé cette
de'nomination , quoique vicieuse , par-
ce qu'elie est déjà appliquée à un autre
reptile, et qu'elle est un peu barbare,
nous l'adopterons aussi pour ne pas
brouiller sans cesse les noms.
M. Pallas a déciit avec beaucoup do
détails , dans les nouveaux Mémoires de
l'Académie des sciences de Pétersbourff
(1774 ), le sheltopusik, auquel je donne
le nom trivial de didactyle. Ce saurien
se rapproche du bipède cannelé par le
défaut de deux pattes ; mais dans celui-
ci , ce sont les postérieures qui man-
quent, et dans celui-là ce sont celles de
devant. Le coips est également fort
alongé, semblable à celui d'un serpent,
couvert par-tout d'écaillés imbriquées,
im peu festonnées , et dont les inférieu-
res ne })aroissent pas plus grandes. La^
tête est grande, plus épaisse que le corps^
couverte en dessus de grandes écaiiles,
*vec les paupières mobiles et des ou-
DU SHELTOPUSIK. 273
vertares pour les oreilles. Le museau
est obtus ; les narines sont bien ouver-
tes ; les mâchoires sont arme'es de peti-
tes dents , et les bords ont des ëcailles
nn peu pi us grandes que celles qui les
a voisinent.
On voit près de l'anus deux petits
pieds, défendus par quatre eGailles , et
dont le bout se divise en deux doigts
aigus.
Le Sbeltopusik didaclyle ,
Sheltojjusih didactylus*
I>e corps a depuis le bout du musean
jusqu'à l'anus, un pied six pouces de
longueur, et la queue a deux pieds qua-
tre pouces. Sa couleur est d un jaune
pâle , assez uniforme. Il a , de chaque
côté , une espèce de ride ou de sillon
longitudinal.
Ce reptile habite plus particulière-
ment les vallées ombragées et où l'herbe
est abondante. Il va à la cjiasse despe-
Reptiles. II. ok
SX74 HISTOIRE NATURELLE
tits lézards, du gris sur-tout. Il se caclie
parmi les arbrisseaux , et s'enfuit dès
qu'on s'approche de lui.
L'éditeur du Système de la nature de
liinnée , Gmelin , appelle cette espèce ,
lacerta apus.
La Grenonille écailleuse, Rana
squarnosa»
Nous devons la connoissance de ce sin-
gulier quadrupède ovipare à M. Wall-
baum. Il l'a placé parmi les grenouilles;
mais j'avoue que jusqu'à ce que je l'aie
examiné de mes propres yeux , ou jus-
qu'à ce qu'il ait été observé avec une
très-grande attention, j'aurai toujours
quelques doutes dans mon esprit sur
le placement naturel de ce reptile
ou sur ses caractères. Quoi qu'il en
soit , la grenouille écailleuse est en-
viron de la grandeur de la grenouille
commune ; elle a deux pouces neuf li-
DE LA GRENOUILLE, &C. QyS
gnes de longueur depuis le bout du mu-
seau jusqu'à l'anus ; sa couleur est grise>
marbrée et tachetée en divers endroits,
de brun et de marron foncé. Les taclies
forment par places , particulièrement
sur le dos, des lignes en zigzag. La peau
est plissée sur les côtés et sous la gorge ;
mais un caractère bien singulier , et qui
a fait donner à ce reptile le nom spéci-
fique qu'il porte , est la présence d'une
suite nombreuse de très-petites écailles
à demi-transparentes , ayant chacune
un sillon longitudinal , imbriquées et
disposées sur quatre rangs , formant ,
par leur réunion , une bande qui part
des reins, et gagnant le dessus des épau-
les , entoure par- devant le dos du rep-
tile. Ces pièces ne sont pas des tu-
bercules j mais de véritables écailles.
M. Wallbaum en a vu aussi sur la
patte gauche de derrière. L'animal étoit
altéré , et il présume que les autres pat-
tes en avoient aussi. Les pieds de de°.
^jS HISTOIRE NATURELLE , &c.
vant avoient quatre doigts à demi-rëa-
nis par une membrane , et les pieds de
derrière cinq , entièrement palmés.
On ignore quel est le lieu natal dç c©
reptile.
TABLEAU METHODIQUE
DES REPTILES.
■ ■ -■ — .1 — ■ I ■- ,- ■■■■ là^
prï:mière division.
QUADUUPÈBES OVIPARES.
Corps pouvvLL de pattes.
PREMIÈRE SECTION.
Doigts des ptitles oiigtiiculés.
PREMIER GENRE.
TORTUE.
Corps revêtu d'une ou de deux pièces eu
forme de bouclier.
PREMIÈRE F A M I L 1, E.
LES TORTUES DE MER.
Pieds eu relevées dans leur mi-
lieu ; les autres très-unies et lisses au
centre.
11. La Tortue des Indes.
Carapace relevée antérieui'ement ,
avec lui gros tubercule sur chacune des
trois écailles du devant du disque.
Rem. Je faisobserver queSchœpflPne
décrit cette espèce que d'après une £,«
DES REPTILES. sSi
gnre, et qu'il pourroit fort bien y avoir
erreur dans les caractères.
12. La Tortue vermillon.
Carapace à écailles variées de diffi>*-
rentes couleurs; une protubérance d'un
rouge vermillon ; mélangé de jaunâtre
sur la tête.
13. La Tortue Matamata.
Tête toujours saillante,avec plusieurs
{ippendices inégaux , et prolongée en
trompe; carapace ovale , à écailles; cel-
les du disque beaucoup plus grandes ,
avec une arête longitudinale , et des ri-
des rayonnées ; queue nue et sans dé-
fense à son extrémité.
i4. La Tortue Scorpion.
Tètea3rant sur le front nne pean cal-
leuse et trilobée ; carapace à écailles ,
dont celles du disque ayant une arête ;
une pointe dure et osseuse au bout de la
queue.
2b'2 TABLEAU METHODIQUE
i5. La Tortue a petites raies.
Corps et carapace marqués de petites
raies jaunes-, écailles brunes, très-unies;
treize sur le disque , dont les latérales
carrées , et les dorsales hexagones ,
vingt-quatre à vingt- cinq à la circou-
lérence; plastron d'un jaune uniforme,
à charnière ; queue très-courte.
16. La Tortue jaune.
Corps et carapace verts très-pointil-
lés de jaune; treize lames au disque j
vingt-cinq à la circonférence-, queue de
la longueur de la moitié de la carapace.
Plastron terminé postérieurement par
une ligne droite.
17. La Tortue ronde.
Carapace ronde, à écailles unies , par-
semées de petites taches rousses; treize
écailles au disque ;, vingt-trois à la cir-
conférence ; museau terminé en pointe
forte et aiguë; queue très-courte.
18. La Tortue ponctuée.
Carapace ovale, lisse, noirâtre, mou-
DES UEPTILES» 283
chelée de jaune; treize écailles au dis-
que , vingt-ciuq à la circonférence;
plastron panaché de noir, de brun et
de jaunâtre ; son bord antérieur de ni-
veau avec celui de la couverture supé-
rieure.
Voyez l'article de la Tortue ronde, de
même que pour laTortue mouchetée de
Schneider.
19. La Tortue eoue.j3eu?e.
Carapace noire , à écailles striées dans
leur contour , et pointillées au centre ;
treize au disque, dont les dorsales rele-
vées en crête ; vingt-cinq à la circonfé-
rence ; queue de la longueur de la moitié
de la carapace ; plastron terminé posté-
rieurement par une ligne droite.
20. La Tortue a trois carènes.
Corps noirâtre -, côtés delà tête et des-
sous des mâchoires taclietés de blanc j
carapace ovale, à trois carènes longitu-
dinales; écailles striées dans leur con-
tour,iuégales et à points élevés dans leur
284 TABLEAU METHODIQUE
centre; treize au disque, vingt-trois à
la circonférence.
iii. La Tortue rotjssatrf..
Carapace ronde, d'un roux marron ;
écailles minces , très-unies au centre ;
treize au discjue , vingt-quatre à la cir-
conférence.
22. La Tortue odorante.
Tête brune , avec des lignes jaunes j
menton ayant des tubercules jaunes, en
forme de barbillons -, carapace d'un brun
noir , à écailles très-lisses , excepté cel-
les du dos , qui sont carinées ; treize au
ilisque , presque hexagones ; vingt-trois
à la circonférence , dont les postérieures
beaucoup plus grandes.
Voyez la Tortue rougeâtre.
23. La Tortue réticulaire.
Corps mélangé de brun , de noir et de
jaunâtre; caparace peu convexe, plus
large à sa partie postérieure, légèrement
raboteuse , d'un brun rayé en divers
sens de petites lignes jaunes, treize la-
t
DES REPTILES. 285
mes au disque , vingt-cinq environ à la
circonférence; plastron sans cliarnière,
ou sans articulations.
24. La Tortue courte-queue.
Carapace presque ronde, à écailles
dures, comme recouvertes de callosités^
larges , striées à leur bord , pointilîées
au centre; son bord antérieur écliancï"é )
queue très-courte.
Rem. Scliœpff donne à cette espèce
la dénomination àe prisonnier e.JuB. cara-
pace est, suivant lui, ovale , fortement
et éiïalement convexe , d'un bai fonce
avec des taches et des lignes jaunes ; ses
écailles sont très-striées; celles du dos
ont une arête ; le disque en a treize , et
la circonférence vingt-cinq; le plastron
est à cîiarnières.
25. La Tortue terrap^î^e.
Rem. Le cit. Lacépède n'a pas vu
cette espèce, et les caractères qu'on lui
assigne sont trop vagnes pour la distin-
i^uer.
K-eptllee. lU ^5
£86 TÂSLEAU MÉTHODIQUE
La terrapine de Scliœpif a la carapa-
ce oblongiie , applatie , à écailles (l'un
brun cendré, très-striées-, le disque en a
treize , dont les antérieures du dos ca-
rinées; la circonférence vingt-cinç[.
26. La Tortue rougeatre.
Corps brun ; côtés de la tête et mi-
lieu de ceux de la carapacs jaunâtres ;
carapace ovale, à écailles lisses j treize
sur le disque, rangée du milieu ayant
celles de devant triangulaires, les autres
irrégulières. Plastron à charnière.
Rem. Nous décrivons à son article, et
d'après Scliœpff , une tortue voisine de
celle-ci ; maisqui en diffère en ce que les
lames dudos ont une petite arête, et que
le plastron n'a pas de mou vemcntpropre.
Nous présumons que cette tortue doit
être rapportée à l'espèce que nous noni-
mons odorante.
' - r- y.
27. La Tortue a boîte.
Carapace très-b.ombëe j disque de
c^uatorze écailles»
DES REPTILES. 287
28. La TOKTUE PEINTE.
Carapace obloiigue , très-lisse et peu
convexe-, écailles d'un brun noirâtre, sé-
pare'espar deslignesjaunes ; treize lames
an disque, beaucoup plus grandes, et
s;ms taches ; vingt-cinq à la circonfé-
rence , ayant des lignes noirâtres en-
tremêlées de jaune.
29. La TOETUE CEJ^DEÉE.
Carapace ovale, applatie, avec une
arètc sur le dos , jaunâtre ainsi que les
sutures ; quinze écailles au disque ,
vingt-quatre à, la circonférence.
3o. La Tortue a lignes concen tri-
ques.
Carapace ovale , éch ancrée en devant^
sinuée postérieurement; treize lames
verdâtres, marquées de trois à quatre
lignes, irrégulières dans leur contour ;
lames dorsales , relevées fortement en
carène longitudinale ; vingt-cinq à la
circonférence. Plastron d'un jaune sale ^
échancré aux deux bouts , presqu'ausss
288 TABLEAU MÉTHODIQUE
long que la carapace ; queue courte.
Voyez la Tortue courte-queue.
3i. La Tortue raboteuse.
Corps blancliâtre , marbré de lignes
noires ; museau prominent ; carapace
orbiculaire, large , à écailles du dos re-
levées en carène, les autres lisses j queue
courte.
32. La Tortue écrite.
Carapace très-applatie^ronde,avec des
lignes brunes, formant des marbrures
ou des caractères d'écriture ; écaille du
milieu du dos ayant une arête ; vingt-
quatre écailles, ayant chacune en des-
sous une tache brune à la circonié-
rence.
Voyez l'article précédent. Cette cs-
^- pèce a beaucoup de rapports avec la tor-
tue vermillon , nom spécifique qu'il
faut substituer à celui de marbrée j tom.
1 , pag. 1 5 1 .
^"5, La Tortue a casque.
Deux espèces de cirrhes à la mâchoire
DES REPTILES. 28g
inférieure ; carapace ovale ; treize la-
mes , àUxin cendré livide , pointillé de
noir, striées légèrement dans leur con-
tour, et ayant des points élevés, alon-
gés au centre , sur le disque j celles du
milieu du dos en carène ; vingt-quatre
écailles à la circonférence , lisses , avec
les bords blancs et les sutures noires.
34. La Tortue a verrues.
Carapace ovale , à écailles inégales ;
celles de la circonférence au nombre de
vingt-cinq , séparées les unes des autres
par des écliancrures ou des sinus qui
font paroître le contom- crénelé; plas-
tron échancré et crénelé postérienre-
ment.
55. La Tortue carrelée.
Carapace oblongue, plus étroite en
devant; à écailles élevées , presque car-
rées, sillonnées dans leur contour, pla-
nes et d'un brun fauve au centre ; dis-
que composé de treize lames , et circon-
férence de vingt-ciuq , doïit la deraiièrc
290 TABLEAU METHODIQUE
Qii la pUis près de la queue très-large
et jaunâtre *, plastron jaunâtre , strié ,
ecliancré à son extrémité postérieure.
36. La Tortue dentelée.
Carapace ayant un peu la forme d^^ll
cœur; écailles hexagones, d'un blanc
sale, relevées par des points saillans ;
celles des bords dentelées.
37. La Tortue serpentine.
Carapace presque (lexible, à écailles
chargées dérides inégaies et couvergei -
tes] cinq écbuncrures ])rofondes an bo: d
postérieur. Plastron étroit, disposé en
forme de croix.
38. La Tortue chagrinée.
Carapace ronde , cartilagineuse sur
ses bords; disque paroissant détaché,
osseux, parsemé d'un grand nombre de
points, et divisé en vingt-trois pièces
îiues et sans écailles; plastron cartilag I-
DES REPTILES. 2^1
09. La Tortue molle.
Carapace ovale , cartilagineuse, ex-
cepté le milieu du disque, sans divisions
et sans écailles; de faux doigts, et trois
ongles à chaque pied j plastron cartila-
gineux.
4o. La Tortue a rec.
Carapace ronde, cartilagineuse; sans
divisions et sans écailles , doscariné; des
stries obliques, formées de points éle-
vés ; plastron cartilagineux *, de faux
doigts , et trois ongles à chaque pied.
r>92 TABLEAU METHODIQUE
I r GENRE.
CROCODILE.
Quatre pattes très-apparentes et de gran-
deur relative ; corps couvert d'écaillés ,
dont les supérieures et les inférieures
plus grandes, en forme de petites pla-
ques ; langue courte ; pattes postérieures
palmées.
1. Le Crocodile du Nil.
Des dents saillantes à la mâchoire in-
férieure, et point reçues dans les genci-
ves de la supérieure ; tubercules peu
nombreux sur le cou.
Rapportez-y le crocodile noir comme
variété.
2. Le Cayman.
Toutes les dents de la mâchoire infé-
rieure reçues dans les gencives de la su-
périeure j tubercules du cou fort nom-
breux.
DES REPTILES. SgS
Le cxocoàWe fouette-queue n'en est
probablement qu'une variété.
3. Le Gavial.
Museau étroit et fort alongé, en for-
me de bec.
III'' GENRE.
LÉZARD.
Quatre pattes très -apparentes et de gran-
deur relative ; doigts libres , alongés et
inégaux; corps couvert de petites écailles;
celles du dessous du ventre disposées en
petites plaques alignées ; langue longue,
bifuvquée.
1. Le LÉZARD DRAGONE.
Corps couvert d'écaillés dures, osseu-
ses , avec une arête , des tubercules en
forme de crête sur le dos et sur la q^ieue^
qui est comprimée.
2. Le LÉZARD TUPINAMBIS.
Corps d'un brun noirâtre , avec un
très-grand nombre de petites taches^
294 TABLEAU MÉTHODIQUE
dont pliisieurs disposées en raies et en
petits yeux ; museau fascié de blanc et
de noir. Pattes mouclietées; écailles pe-
tites; queue comprimée.
Ilern. Le tupinambis d'Afrique , dé-
crit par le cit. Lacépède , me paroît
djjTérer spécifiquement du tupinambis
d'Amérique, Ses taches forment des
bandes nombreuses, transverses et très-
distinctes ; la queue a sur-tout beau-
coup de fascies ; les écailles sont entou-
rées d'un cercle de petits grains ; le des-
sous du ventre offre même des caractè-
res différens.
3. Le LÉZARD AMEIVA.
Vert ou grisâtre , nuancé •, écailles
fort petites : celles du cou ne formant
point une espèce de collier.
4. Le Lf.zaud galonné.
Bleu; huit à neuf baudes blanches et
longitudinales sur le dos ; queue longue
çt maibrce.
DES REPTILES. 295
5- Le LÉZARD téguixin.
Bleuâtre, avec des bandes d'un gria
sombre, et plusieurs points blancs, ova-^
les et cpars ; cou ayant des taches plus
foncées; queue fort longue»
6. Le LÉZARD GRIS»
Cendré brun, tacheté de noir; une
espèce de collier formé par des écailles
plus grandes.
7. Le Lézard vert.
Vert , avec des marbrures noires ,
avec des points blancs , souvent même
on forme d'veux dans d'autres ; une es-
pèce de collier formé par des écailles plus
grandes.
llem. Cette espèce offre un grand
nombre de variétés.
8. Le LÉZARD TILIGUr.RTA.
Vert parsemé de taches noires , ou
brun ; queue verticillée et une fois plus
longue que le corps ; écailles abdomina-
les , au nombre de quatre-vingt.
^9^ TABLEAU MÉTHODIQUE
g. Le LÉZARD véloce.
Cendré , avec cinq raies longitudina-
les plus pâles , et des points bruns en
dessus; côtés taclietés de noir et pointil-
lés de bleuâtre; une espèce de collier
formé par des écailles plus grandes.
Hem. N'est-ce pas une des variétés
du lézard vert qui se trouve en France ?
10. Le LÉZARD VERDELET.
D'un vert clair en dessus, et d'un vert
jaune en dessous ; queue très-longue.
11. Le LÉZARD TETE BLEUE.
Corps fascié de jaunâtre , de brun et
de bleu; tête bleue.
12. Le LÉZARD A QUEUE BLEUE.
Brun avec cinq raies longitudinales
et jaunâtres sur le dos; queue bleue»
13. Le LÉZARD A SIX RAIES.
Six lignes blanches sur le dos ; queue
longue et verti cillée.
Fç^yez le Léz^d galoiiuéi
DES REPTILES. 297
14. Le LÉZARD DU DÉSERT.
Noir en dessus, blanc en dessous*; six
lignes sui" le dos , un peu en zigzag , et
des points entremêlés, blancs; queue
verticille'e , de la longueur du corps.
15. Le LÉZARD REMBRUNI.
Dos d'un bi;un pale ; les flancs plus
foncés, avec une bande longitudinale
grisâtre -, des petites taches ëparsesj
écailles lisses.
16. Le LÉZARD A MUSEAU POINTU.
D'un vert glauque en dessus, avec
des bandes noires, nombreuses, trans-
verses ; des taches en forme d'yeux-, un
collier formé d'écaillés plus grandes;
queue amincie brusquement en pointe.
17. Le LÉZARD EXANTHEME.
Deux lignes noires près de chaque
oeil ; des taches blanches arrondies sur
le dessus du corps, et des bandes brunes
sur le ventre; écailles parsemées de petit»
grains ou inégales.
Reptiles. II. aê'
2^S TABLEAU MÉTHODIQUE
18. Le LÉZARD TÊTE ROUGE.
D'un vert foncé , mêlé de brun , avec
la gorge blanche et la poitrine noire ;
une portion de la tête et le cou sur le«
côtés ^ rouges; dos rayé.
I V° GENRE.
IGUANE.
t^uatre pattes très-apparentes , et de gran-
deur relative; doigts libres , longs , iné-
gaux , non opposés ; corps comprimé ;
langue courte, entière ; une espèce de
goitre dilatable sous la gorge.
1. L'Iguane vulgaire.
Des écailles relevées en forme dô
crête sous la gorge , sur la tête , et tout
le long du dos j usqu'au bout de la queue.
2. L'Iguane cornu.
Une élévation en forme de corne sur
îa tête ; une crête sur le dos.
S. L'Iguane basilic.
Tête surmontée d'un capiiclion3 une
DES REPTILES, '2iJ(J
crête sur le dos , et dont plusieurs dea
pointes sont réunies par une membrane*
4. L'Iguane galéote.
Une crête composée d'écailleslancéo:-
lées et piquantes sur la partie antérieur©
du dos j tête plus large et épineuse
postérieurement ; queue trois fois plus
longue que le corps.
5. L'Iguane agame*
Une crête épineuse sur le dos , et des
écailles aussi épineuses et dirigées en
av^ant ; queue mince^ un peu plus lon-
gue que le corps.
6. L'Iguane umbre.
Une callosité sur l'occiput ; nuqut>
■tin peu en crête ; trois stries sur le dos.,
7. L'Iguane marbré.
Goitre petit ^ avec un petit pli, légè-»
rement denté en scie ; dos lisse j queuvî
trois fois plus longue que le corps.
8. L'Iguane eourchu.
Tête grosse , avec une saillie pointuo
Soo TABLEAU MÉTHODIQUE
derrière chat|ue œil ; un gros tubercule
sur le bout du museau j une crête très-
petite sur le dos.
9. L'Iguane sourcilleux.
Tête courte , grosse , saillante en des-
sus y couverte d'écaillés redressées ;
sourcils fort saiîJans ; nuque et dos
garnis d'une crête dentée.
.10. L'ICrUANE A BANDES.
D'un brun foncé en dessus, avec
quatre bandes d'un bleu plus foible
transversales ; queue trois fois plus Ion-
gue que le corps.
11. L'Iguane RouGE-GORGE.
Gris verdatre en dessus , mélangé ,
et ayant un rang de petites taches bru-
nes le long du dos ; queue mince et arti-
culée j doigts lobés.
12. L'Iguane larges doigts.
Museau très -délié; membrane du
goitre sans dentelures ; queue deux fois
plus longue que le corps , comme divi-
DES REPTILES. ^Olj
sce en plusieurs portions , forme'es cha-
cune de cinq anneaux ; l'avant-derriicre
articulation de chaque doigt plus large
que les autres.
V GENRE,
DRAGON.
Quatre pattes très-apparentes et de gran-^
deur relative j doigts libres , alongés et
inégaux ; langue courte ; deux espèces
d'ailes, une de chaque côté du corps.
1. Le Dragon volant.
Corps brun , parsemé de taches blan-
ches, avec des teintes et des raies bleues j
trois poches dilatables sous la gorge ,
dont celle du milieu plus longue.
So2 TABLEAU ]\IETH01>IQUE
y I' G E N R E. ,
CAMÉLÉON.
Quatre pattes très -apparentes et de gvan«
deur relative ; doigts réunis en deux pa-
quets , opposés; langue vermjforrne, ter-
minée par un tubercule spongieux ; yeux
grands , recouverts , n'ayant qu'une pe-
tite ouverture ; corps comprimé } queuo
prenante.
1. Le Caméléon commun.
Museau entier ; une saillie pyrauii-
dale sur l'occiput.
a. Le Caméléon fourchu.
Museau avancé , avec deux proloa-
gemens comprimés au bout ; dessus de
la tête applati , avec le contour de la
dépression dentelé.
3. Le Caméléon d'Afrique.
Noir ; un boiiclier sur la tête , aveç^
une petite carène blanche..
DES REPTILES. 3o3
4. Le Caméléon kain.
Côtés du corps blenâlrcs, avec dévissa
lignes tirant sur le jaune.
V I I^ GENRE.
S T E L L I O N.
Quatre pattes très-apparentes et de graîî;'
deur relative ; doigts libres , inégaux ,
grêles et non opposés; corps applati »
garni d'écaillés, celles du dessous du ven-
tre de la grandeur des autres ou guère
plus grandes ; langue courte et entière 5
queue grosse et hérissée de pointes.
ï. I^e Stellion commun.
Corps marbré; couvert de tubercnks
et de picjuaus.
2. Le Stellion Cordyle.
Ecailles du dessous du ventre dispo-
sées en bandes ; celles des flancs ayant
une arête, et celles de la queue formant
des anneaux larges et festonnés ; et tc^-
ïninées en poiiitcs longues.
^o4 TABLEAU MÉTHODIQUE
3. JL.e Stellion orbiculaire.
Corps arrondi; sommet de la tête et
dos garnis d'aspérités; queue mo3'^ennc.
4. Le Stellion plissé.
Occiput ayant nne callosité, mie ver-
rue près de chaque oreille , et d'autres
sur les côtés du cou , dont le dessous est
plissé ; queue à peine verticillée ^ une
fois plus longue que le corps.
5. Le Stellion courte-queue.
Ecailles du corps très-petites et rudes;
queue de moitié plus courte que le corps,
et dont les anneaux à écailles pointues
redressées seulement en dessus ; une
tache rayonnée sur le front , et des
bandes sur la partie supérieure du corps.
6. Le Stellion hélioscope.
Tète hérissée de callosités ; un pli
sous la gorge; écailles de la queue im-
briquées; corps moucheté.
7. Le Stellion hexagone.
Ecailles du dessus du corps carinées
DES REPTILES. 3o5
et piquantes ; queue hexagone une fois
et demie plus longue que le corps.
8. Le Stellion azuré.
D'un bleu d'azur en dessus ; queue
courte , verticillée , et dont les écailles
sont redressées et pointues.
g. Le Stellion nègre.
Ecailles du dessus du corps rLomboï-
daleset d'un noir foncé ; une tache blan-
che et large à chaque côté du cou.
10. Le Stellton goutteux.
Bords de la mâchoire inférieure d'un
jaune vif, rayé de noir -, un gros tuber-
cule écailleux, rude, à chaque articula-
tion des phalanges.
11. Le Stellion pelluma.
Corps bigarré en dessus ; queue de
longueur moyenne , verticillée j à écail-
les rhomboïdales.
Rem. Cette espèce est très-peu con-
nue, comme tous les animaux qui sont
dans Moliua.
3o6 TABLEAU MÉTHODIQUE
1 2. Le Stellion de l'Oural.
D'un cendré roussâtre en dessus, aveo
des rides petites et raboteuses; tête gros-
se , arrondie , avec un pli sous la gorge y
queue fasciée de noirâtre»
i3. Le Stellion ondulé.
Dessus du corps gris, ondulé de brun ;>
à écailles ayant une carène piquante ;
queue de longueur moyenne, à onze
arêtes ou côtes.
i4. Le Stellion sillonné.
Dos strié ",_queue de longueur mo3'en-
lie, avec deux arêtes en dessus.
DES ÏIEPTILES. 3of
V I I r GENRE,
GECKO.
Quatre pattes très-apparentes et de gran-*
(leur relative ; doigts libres , presqu'é-
gaux , dilatés latéralement , garnis en.
dessous de lames imbriquées , et termi-
nés par un ongle peu apparent ; point
de paupières 5 langue courte et un peu
échrancrée.
î. Le Gecko glanduleux.
Des tubercules glanduleux et alignés
aux cuisses postérieures.
!2. Le Gecko de Mauritanie.
D'un grisâtre en dessus assez uni-*
forme ; beaucoup de tubercules , dont
quelques-uns groupés j queue courte,
grosse et conique.
3. Le Gecko fouette -queues.
Une crête sur le dos ; queue s'élargis»
sant vers la pointe j peau légèrement
chagrinée^
5o8 TABLEAU MÉTHODIQUE
Rem. N'est-ce pas plutôt une sala--
mandre ?
4. Le Gecko tête - plate.
Corps hérissé d'aspérités , avec uue
membrane frangée de chaque côté, près
des flancs ; tête plate ; queue en forme
de rame.
5. Le Gecko sputateur.
D'un gris mélangé de brun en dessus;
quatre bandes noires et transversales
sur la tête et sur le dos ; queue annelée ;
doigts terminés par une petite plaque
écailleuse.
6. Le Gecko turc.
Gris , parsemé irrégulièrement de
points, de petites taches roussâtres et
de verrues ; queue de longueur moyen-
ne , un peu verticillée.
7. Le Gecko a queue turbinée.
Blanchâtre, taclieté de brun, à ver-
rues peti tes , égales et très-rapprochées j
oreilles coucaves; queue turbinée , ou
courte et conique.
DES REPTILES. 009
8. Le Gecko a bande elanche.
Jaunâtre , avec quelques verrues;
une bande blanche et fourchue sur le
dos ; queue mince , longue et fasciée.
9. Le Gecko a oreilles.
Une crête demi-orbiculaire à chaque
coin de la bouche ; doigts du milieu den-
tés en scie.
I X^ G E N R K
S C I N Q U E,
Quatre pattes apparentes et courtes, doigts
libres; corps alongé , couvert par-tout
d'écaillés égales, imbriquées et arrondies
sur leurs bords ; cou de la largeur de la
tête 5 langue courte , un peu échancrée.
1. Le SciMQUE COMMUN.
D'un roux blanchâtre , comme ar-
genté en dessus , avec des bandes brunes
sur le dos -, mâchoire supérieure avan-
çant au-delà de l'inférieure 5 queue
courte et comprimée.
Reptiles. II. ay
5io TABLEiVU MÉTHODIQUE
2. Le SriNQUE Maboyga.
Mâclioirès de longueur égale ; queue
courte.
5. Le SciNQUE DORÉ.
D'un gris argenté , taclieté ; mâclioi-
rès de longueur égale-, queue plus lon-
gue cjue le corps.
4. Le SciNQTJE TlI.lGUGU.
Noirâtre eu dessus , avec des grou-
pes nombreux de points noirs; queue
de longueur moyenne et conique 3 doigts
bordés.
5. Le Sci>jQ,uE Algire.
Brun en dessus , avec deux raies jau-
nes de chaque côté-, queue ^erticillée,
un peu plus longue que le corps.
6. Le SciNQUE A CIN(i RAIES.
D'un brun noirâtre en dessus , avec
cinq raies blanclies^ dont celle du mi-
lieu fourchue près du cou; queue de
longueur moyenne.
DES REPTILES. 3ll
7. Le SciI\Q.UE ENSANGLANTÉ.
Brun en dessus , avec plusieurs raies
blanches sur la tête et sur le don; un
pli sous le cou ; queue verticillée , cen-
drée en dessus , rouge en dessous ; blan-
châtre à l'extrémité.
8. Le SciNQUE OCELLÉ.
Gris verdàtre en dessus , avec de pe-
tites taches brunes , cerclées de blanc ;
queue courte et mince.
q. Le SciNQUE interponctué.
Deux lignes jaunes sur le dos , avec
des points noirs parsemés dans l'inter-
valle ; plusieurs rangées longi tvidinales
de points bruns sur les côtés ; queue
mince, longue et ponctuée.
10. Le SciNQUE HAÏIBAT.
Une rangée de verrues sur les bras ;
queue longue et à écailles imbri-
quées.
Kern, Cette espèce n'est presque pas
connue.
OI2 TABLEAU METÎIODÎQÎJE
11. Le SciNQUE SÉPIFORME.
Verdâtre obscur; dos plat; des points
calleux sur les jambes postérieures ,
derrière les cuisses ; queue courte.
X^ GENRE.
C H A L C ï D E.
Quatre pattes à peine apparentes, très-
courtes, foibles , ayant dans quelques-
uns moins de cinq doigts ; corps fort
alongé , presque cylindrique, rampant ;
langue courte , échancrée.
1. Le Chalcide seps.
D'un gris livide en-dessus, avec deux
raiesd'une teinte plusclaire, et bordées
de noir sur le dos ; écailles ne formant
point d'anneaux; trois doigts à chaque
pied ; queue courte.
2. Le CriALCIDE JAUNATRE.
Ecailles disposées en rangées circu-
laires ; trois doigts à chaque pied , queue
longue.
■n E s p. K P T î L E S. 3ï3
3. Le Chalcide serpentin.
Cinq doigts à cliaque pied j cendré
on bai en dessus, avec quinze on vingt
raies brnnes.
4. Le Chalcide pentadactyle.
Cinq doigts à chaque pied ; queue
Ion.q;ne.
5. Le Chalcide aj^guin.
Pieds subulës , à doigts nuls ou peu
distincts \ corps et qneue verticiilés.
X P GENRE.
BIPEDE.
Point (le paltes postérieures ; les antérieu-
res très-petites , et dont les doigts sont
onguiculés j corps iort alongé ; c;ylin-
drique.
1. Le BtpÈDE CANNELE,
Ecailles du dessus du corps for-
mant des demi-anneaux , séparés par
«n sillon qui s'étend depuis la lête jus-
Ol4 TABLEAU METHODIQUE
qu'à l'anus -, queue à anneaux complets.
Remarques. Nous n'avions point
fait d'abord le genre sJieltopusik du ci-
toyen Lacëpède, parce que les réfle-
xions dn citoyen Daudin nous avoient
portes à croire que ces reptiles pour-
roient bien être des anguis mâles, dont
les organes sexuels anroient été pris
pour des pieds. Mais nous jx^nsons au-
jouid'hui que ce genre doit être con-
servé. ( Voyez le Supplément qui pré-
cède ce tablt au. j Ses caractères seront:
point de pattes de devant ; deux pos-
térieures très - petites / corps fort
ilonfTê.
Nous appellerons l'espèce décrite par
Pallas 5 le sheltopusik didactyle :
il est d'un jaune pâle , avec une ride ou
sillon longitudinal de chaque côté du
corps.
P E s il E F T I L E S. 3l5^
SECONDE SECTION.
Doigts des pattes dépourvus d'ongles ;
peau sans écailles.
X I r GENRE.
C R A P A U D.
Corps court , ramassé, aoiivent très-vaba-
teux , sans queue postérieure ; point do
pelotte visqueuse au bout des doigrs j
pattes postérieures de la longueur du
corps , ou le dépassant très-peu.
1. Le Crapaud commun.
Parotides larges et saillantes ; corps
©endré ou d'un cendré jaunâtre en des-
sus , blanchâtre en dessous ; des ver-
rues d'un rouge obscur ; pieds posté-
rieurs demi-palmés.
2. Le Crapaud de Roeseb.
Corps verdâtre en dessus, parsemé'
de verrues noirâtres j pieds postérieurs
palmés*
3lG TABLEAU MÉTHODIQUE
3. Le Crapaud brun.
Corps presque lisse , d'nn brun jau--
îiâtre ou grisâtre , avec des taches plus
foncées et noirâtres sur leur bord ; une
raie sur le milieu du dos , formée par
le défaut de taches ; pieds postérieurs
demi-palmés , avec une saillie imitant
un sixième doigt.
4. Le Crapaud sonnant.
D'un gris obscur et parsemé de ver-
rues en dessus ; d'un jaune orangé, mar-
bré de bleuâtre en dessous ; pieds pos-
térieurs demi-palmés.
5. Le Crapaud accoucheur.
D'un cendré verdàtre, tubercule, mar-
qué de petites taches brunes en dessus,
blanchâtres en-dessous, parotides point
ou peu saillantes ; pieds postérieurs
légèrement demi-palmés.
6. Le Crapaud calamité.
, Parotides saillantes, olivâtres, avec
des verrues iiombi^euses d'un brun
roux en dessus ^ une ligne jaune sur 1©
DES REPTILES. ^l/
milieu du dos ; pieds postérieurs demi-
palmés quelquefois.
7. Le Crapaud vert.
D'un blanc livide , marbré de vert ,
avec des verrues rouges en dessus ; pieds
postérieurs légèrement demi-palmés.
8. Le Crapaud cornu.
Corps d'un vcrdâtre sale , avec des
verrues ou des aspérités en forme d'é-
pines en dessus ; une proéminence coni-
que et pointue au-dessus de chaque oeil j
pieds postérieurs demi-palmés.
9. Le Crapaud perlé.
Un pli élevé au-dessus des yeux ;
trois rangées d'épines ou de pointes lon-
gitudinales , et placées sur la moitié an-
térieure du corps; pieds postérieurs de-
mipalmés.
10. Le Crapaud bossu.
Corps fort trapu , d'un blanc jaunâ-
tre, avec des points roussâtres en des-
sus • tête petite ; bouche étroite ^ une
«^l8 TABLE \U MÉTHODIQUE
large ligne jaune et dentée au milieu
du dos -, pieds postérieurs paroissant
avoir six doigts^ etpresc[u'entièrement
libres.
11. Le Crapaud PIPA.
Corps large , applati , raboteux , oli-
vâire foncé , avec de petites tachesrous-
sâtres en dessus ; tête courte , aussi large
que le corps ; un appendice coriace ,
crénelé à chaque angle de l'ouverture
de la bouche; doigts antérieurs termi-
nés chacun par quatre petites pointes ;
pieds postérieurs palmés.
3 2. Le Crapaud ventru.
Corps fort trapu, d'un brun sombre^
avec quelques verrues en dessus , blan-
châtre, avec des taches noirâtres en
dessous ; tête petite ; pieds courts j les
postérieurs à peine demi-palmés.
i3. Le Crapaud demi - luné.
Noirâtre et verruqueux en dessus,
avec une tache blanche et ronde der-
rière les parotides , et une autre tache
DES REPTILES. 019
blanclie, en croissant, derrière le tym-
pan; pieds postérieurs demi palmés.
i4. Le Crapaud criard.
D'un brun foncé sur le dos et pâle
sur les côtés , avec des taches d'un brun
foncé et des verrues, blancliâtre et gra-
nulé en dessous ; verrues latérales poin-
tues 5 parotides saillantes , avec une
tache d'un brun foncé en dessus , bord
supérieur de l'orbite des yeux élevé et
verruqueux j pieds postérieurs demi-
palmés.
i5. Le Crapaud de Panama.
D'un cendré jaunâtre en dessus , avec
des verrues plus foncées et un peu vio-
lettes à leur sommet; d'un blanc jau-
nâtre en dessous ; parotides très-dis-
tinctes et prolongées en pointe sur les
flancs ; pattes courtes , demi-palmées.
16. Le Crapaud agua.
Corps et tête très-épais , variés de
diverses couleurs j avec de gros tuber-
320 TABLEAU MÉTHODIQUE
cules disposés entre des rides , en dessus;
paupière supérieure , saillante et garnie
de verrues j parotides très-grosses; pieds
postérieurs demi -palmés.
17. Le Crapaud a taches jaunes.
Corps oblong , d'un gris jaunâtre à
petites taches, et des verrues en dessus ;
parotides très-grosses ; pieds postérieurs
demi -palmés.
18. Le Crapaud a pustules bleues.
Corps d'un bleu brun en dessus ,
avec une rangée longitudinale de ver-
rues bleues de chaque côte ; pieds pos-
térieurs palmés ; membres fasciés de
noir et de bleu.
ig. Le Crapaud kude.
D'un gris jaunâtre clair ; verrues
épineuses; front et lèvres bordés d'une
ligne noire ; parotides grosses et poin-
tillécs de noir ; pieds postérieurs parois-
sant avoir six doigts séparés.
DES REPTILES. 321
20. Le Crapaud goitreux.
D'un gris bien clair, avec plusieurs
taches noirâtres, et de petits, tubercules
en dessus ; tête pointue ; gosier goi-
treux ; doigts des pieds séparés.
XII r GENRE.
GRENOUILLE.
Corps obîong et sans queue postérieure ;
point de pelotte visqueuse au bout des
doigts ; pattes postérieures une demi—
■ fois au moins plus longues que le corps,
1. La Grenouille commune.
Corps vert ou d'un vert jaunâtre en
dessus , avec des taches noires et trois
raies jaunes.
2. La Grenouille rousse.
Rousse ou jaunâtre en dessus; une
tache noire de chaque côté de la tête j
cuisses rayées de brun.
Ecptiles. II. aS
H22 TABLEAU METHODIQUE
3. La Grenouille mugissante.
Verdâtre en dessus , parsemée de ta-
ches noires irrëgulières, avecune bande
longihtidinale et jaunâtre au milieu du
dos.
4. La Grenouille grognante.
Corps brun et noir en dessus, d'un
blanc tacîié de brun en dessous ; les en-
virons de la bouclie et lèvres jaunes j
des bandes noirâtres sur les membres.
5. La Grenouille ocellée.
Corps d'un cendré sale en dessus,
avec des taches rondes et brunes , en-
tourées d'un cercle jaunâtre en forme
d'yeux ; doigts séparés.
6. La Grenouille criarde.
Corps d\ui cendré obscur , parsemé
de points noirs , et légèrement tubercu-
leux \ en dessus d'un blanc argenté ,
tacheté de brun en dessous ; lèvre su-
périeure d'un vert obscur ;. membres
iasciés de brun.
DES REPTILES. 323
^y. La Grenouille galonnée.
Corps criiri gris rougeâtre en dessus,
avec des petites taches arrondies d'un
brun noirâtre , et cinq lignes jaunâtres,
longitudinales et saillantes.
8. La Grenouille rougette.
Corps d'un rouge couleur de rouille
en dessus , avec une ligne plus foncée
sur le dos , et deux sur les flancs -, une
tache blanchâtre , triangulaire sur le
front ; dessous blanchâtre , avec des ta-
ches tirant sur le roux -, membres fas-
ciés de brun foncé ; pieds postérieurs
légèrement demi-palmés.
9. La Grenouille tachetée.
Corps d'un brun rouge en dessus ,
avec trois taches d'un vert clair sur la
tête , et deux autres de même couleur,
arrondies aux épaules , une à chaque ;
doigts séparés.
10. La Grenouille Jackie.
Dessus du corps verdâtre, lisse, avec
des marbrures d'un brun rouge ; des-
5:a4 TABLEAU MÉTHODIQUE
SOUS blancliâtre , avec quelcjues lignos
roussâtres et oblic[nes sur les cuisses j
pieds postérieurs palmés.
Obs. La greuouille écailleuse est une
espèce imaginaire.
X I V^ GENRE.
RAINE.
Corps ordinairement lisse en dessus , sans
queue postérieure; une pelotte visqueuse
placée sur un empattement au bout des
doigts ; pattes postérieures fort longues.
1 . La Raine terte.
Verte en dessus , avec une ligne
jaune bordée de violet de chaque côté.
2. La Raine a tapirer.
D'un brun rouge foncé ou d'un bleu
ardoisé sombre en dessus, avec deux
lignes jaunâtres, partant du front et se
prolongeant jusqu'à l'anus.
3. La Raine a bandeau.
Dessus du corps d'un brun rougrâ-
Ire j avec une bande bJ anche frontaîe^
i)ES REPTILES. 5^5
prolongée sur les côtés antérieurs dn
dos y de petites taches arrondies et blan-
ches sur le dessus des membres.
4. La Raine patte-d'oie.
Dessus d'un rougeàtre pâle , avec des
marbrures plus foncées et des bandes
bifides sur les membres j pieds palmés.
5. La Raine btcoloee.
Dessus d'un bleu d'azur ; dessoiîs
d'un jaunâtre pâle , avec des taches
blanches , entourées d'un cercle violet;
doigts séparés.
6. La Raine réticulaire.
Dessus d'un rougeàtre pâle ^ mar-
bré de larges bandes longitudinales pi us
foncées, pointilléesde rouge ; quelques
tubercules sur les flancs ; pieds posté-
rienrs demi-palmés.
7. La Raine rouge.
Dessus d'un brun rouge , avec «ne
ligne d'un cendré pâle de chaque cô-
té ; et des taches arrondies et blan-
326 TABLEAU MÉTHODIQUE
cliâtrcs sur les cuisses ; pattes postc-
rieures demi-palmées.
8. La Raine hypochondriale.
Dessus d'un gris bleuâtre, avec les
flancs et les côtés des membres rayés de
brun sur un fond gris ; doigts séparés.
9. La Raiisie lactée.
D'un blanc de lait uniforme, avec
une ligne brunâtre de chaque côté du
museaaj pieds postérieurs palmés.
îO. La Raine bi-rayée.
Dessus d'un vert brun , avec deux
lignes blanches parallèles, longitiidi-
nales, un peu arquées , sur le dos j pieds
postérieurs demi-palmés.
11. La Raine flanc -rayé.
D'un vert clair endessus et d'un vert
blanchâtre en dessous •, une ligne jau-
nâtre, droite, sur les côtés de la tète.,
dti corps et des membres.
12. La Raine eÉmorale.
Verte endessus, avec de petits points
DES REPTILES. 52'/
bruns sur le dos , et environ sept taches
jaunes sur chaque cuisse.
i3. La Raine squiîielle.
D'un vert obscur en dessus , avec des
points bruns , et deux rangées de taches
de même couleur sur le dos , de chaque
côté ; fesses jaunes ; pieds postérieurs
demi-palmés.
i4. L.a Raine bigarrée.
Brune en dessus , avec des taches
vertes dentelées, et des bandes de même
couleur sur les membres j pieds posté-
rieurs demi-palmés.
j5. La Raine marbrée.
D'un cendré jaunâtre , marbré de
rongeâtre en dessus , et tachetée de noi-
râtre en dessous -, pieds palmes j quel-
ques tubercules sur les flancs.
16. La Raine beuglante.
Dessus d'un cendré blanchâtre , avec
des bandes d'un brun rouge , larges j
transverses ; lèvres et côté extérieur
des membres bordés d'une ligne blaii-
S^8 TABLEAU MÉTHODIQUE
châtre ; une raie brane sur le milieu et
le long du dos j pattes postérieures de-
mi-palmées.
3 7. La Raine a verrues.
Dessus rougeâtre , parsemé de ver-
rues écartées ) pieds postérieurs demi-
palmés.
18. La Raine oculaire.
33'tin gris argenté, finement poin-
lillé de brun , avec une bande assez
large , se prolongeant des yeux jusqu'au
milieu du front; pieds postérieurs de-
mi-palmés.
X V^ GENRE.
SALAMANDRE.
Corps terminé par une queue ; quatre
pattes.
1. La Salamandre terrestre.
Plus de trois doigts à chaque pie :1 ,
corps noirâtre , à grandes tacîîesjatiiics ,
queue arrondie et épaisse.
DES REPTILES. 32g
2. La Salamandre marbrée.
Plus de trois doigts à cliaque pied ;
corps vert en dessus , marbré de brun ,
avec une crête sur le dos dans les mâ-
les ; dessous rougeâtre , pointillé de
blanc; queue très-comprimée.
3. La Salamandre a crête.
Plus de trois doigts à chaque pied ;
corps varié de noirâtre et de vert foncé
en dessus, d'un jaune orangé, avec des
taclies noires en dessous; une crête sur
le dos dans les mâles; queue très-com-
primée.
4. La Salamandre des marais.
D'un bran foncé en dessus , avec une
ligne noirâtre de chaque côté , tout le
long du corps; son dessous blancliâtre ,
avec une teinte orangée dans quelques
espèces.
5. La Salamandre ceinturée.
Dessus d'un gris verdàtre ou jaunâ-
tre , avec des points noirs de chaque
^3o TABLEAU MÉTHODIQUE
côte y disposés en bande j dessous sa-
frané et sans taches.
6. La Salamandre pointillée.
Brun verdâlre ou jaunâtre, tacîielé
de noir ; tête rayée ; une bande blan-
châtre sur un fond d'un rouge vif à la
tranche inféi'ieure de la queue.
Une crête grande, tachetée et dente-
lée sur le dos , dans les mâles.
7. La Salamandre palmipède.
D'un gris verdâtre , tacheté de noi-
râtre en dessus , blanchâtre , presque
sans taches en dessous -, pieds posté-
rieurs palmés , et queue terminée par
un filet dans les mâles.
8. La Salamandre a points blancs.
D'un brun sombre , avec deux lignes
de points blancs se réunissant en une
seule à la queue ; queue cylindrique.
N'est-ce pas plutôt un lézard?
9. La Salamandre a quatre raies.
Corps rayé de qu;itre lignes jaunes ;
queue longue et cylindrique.
DES REPTILES. 35 1
Rem. Je présume que ce reptile n'ap-
partient pas à cet ordre.
10. La Salamandre des momts Al-
léganis.
Brune , avec une teinte plus claire
en dessus.
11. La Salamandre Sarroubé.
Jaune tigré de vert ; un double rang
d'écailles sous le cou j doigts garnis de
chaque côté d'une membrane, terminés
par un ongle , cjuatre aux pattes posté-
rieures.
Rem. Je respecte beaucoup l'autorité
du cit. Lacépède -, mais j'avoue que je
ne place ici ce reptile qu'avec une ex-
trême répugnance. Ses caractères con-
tredisent tous ceux de cet ordre , et je
suis convaincu que cette prétendue sa-
lamandre est un gecko.
12. La Salamandre trois-doigts.
Trois doigts aux pieds de devant , et
quatre à ceux de derrière ; d'un brun
foncé , queue longue.
352 TABLEAU MÉTHODIQUE, Sec
Hem. J'ai quelques doutes sur le pla-
cement de ce reptile. Cette queue lon-
gue 5 et qui se replie à volonté , n'est
pas ordinaire dans les salamandres ;
mais sur-tout la présence des côtes l'eii.
éloigne singulièrement.
X V^ GENRE.
SIRENE.
Corps alongé et revêtu de petites écail-
les (i) ; deux pieds à doigts garnis d'on-
gles ; des poumons et des ouïes.
1. La SiRIlNE LACERTINE.
Noirâtre , avec doux lignes de traits
blancs le long des côtés du corps.
(i) Suivant EUis , et ce que je ne crois
pas,
FIN DU T O M r SECOND.
iii